Le Kurdistan irakien au centre de la tourmente diplomatique

A une semaine du référendum d’indépendance du Kurdistan irakien, tous les regards convergent vers Erbil. Surtout ceux des chancelleries étrangères. La situation semble évoluer d’heure en heure. Cette consultation, annoncée pourtant depuis le mois de Juin 2017, est désormais au centre de toutes les préoccupations. Les uns après les autres, les pays de la région se positionnent. Côté occidental, les Etats-Unis et leurs principaux alliés redoublent d’efforts afin de convaincre Massoud Barzani et le GRK (Gouvernement régional du Kurdistan) de reporter ce référendum. Etat des lieux.

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Le président kurde irakien Massoud Barzani , lors d’une assemblée à Kirkouk, le 12 septembre 2017 Marwan IBRAHIM/AFP

Premier partenaire économique du GRK, avec des échanges estimés annuellement à 15 milliards de dollars, Ankara semble perdre patience. Ce lundi 18 Septembre, des manœuvres militaires turques ont été observées à la frontière entre la Turquie et le Kurdistan irakien. Recep Tayyip Erdogan, qui semble passablement agacé par l’obstination de Massoud Barzani a déclaré qu’il allait rencontrer le Premier Ministre irakien Haider Al-Abadi dans les plus brefs délais.

“ Quand vous vous trouvez dans le pétrin, vous frappez à notre porte, et nous vous aidons. Mais quand il s’agit de se séparer de l’Irak, vous faites ça unilatéralement.”

Recep Tayyip Erdoğan, président de la République de Turquie

Les relations entre la Turquie et le gouvernement du Kurdistan irakien semblent se dégrader considérablement. Si Mevlut Cavusoglu, le ministre des affaires étrangères turc a rencontré ce 18 Septembre son homologue kurde Falah Mustafa à New York dans une atmosphère cordiale, la tension entre ces deux pays jusqu’alors partenaires semble avoir atteint son paroxysme.

Fermeture de frontière iranienne.

Le secrétaire général du haut conseil de sécurité iranien a annoncé que si l’indépendance du Kurdistan était proclamée, la frontière qui sépare l’Iran de l’Irak serait immédiatement fermée. La République islamique est le deuxième partenaire économique du Kurdistan irakien, avec 7 milliards de dollars d’échanges annuels.

“Les accords sur les frontières n’ont de valeur qu’avec le gouvernement central de l’Irak”

Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranien.

L’Iran, qui compte une importante minorité kurde, martèle depuis plusieurs semaines son opposition au référendum d’indépendance. Une sécession de la région kurde d’Irak marquerait ainsi la fin des accords sécuritaires et militaires entre l’Iran et la région du Kurdistan.

Israël a été le premier état a soutenir officiellement ce référendum. L’état hébreu, qui entretient des relations discrètes avec Erbil depuis le début des années 60, s’est positionné en tant que soutien des kurdes. Un nouvel État kurde pourrait devenir un appui de taille dans un Moyen-Orient qui lui est hostile.

« Israël et les pays de l’ouest s’intéressent beaucoup à l’établissement de l’État du Kurdistan. Je pense que le temps est venu pour les États-Unis de soutenir ce processus »

Ayelet Shaked, ministre de la justice israélienne.

Erbil serait en prime un partenaire économique de premier choix pour Tel Aviv, le Kurdistan possédant des ressources qui manquent cruellement à Israël.

Riyadh, toujours empêtré dans une crise diplomatique avec le Qatar, a fait savoir que le royaume d’Arabie Saoudite jouerait la médiation entre les différentes parties. La diplomatie saoudienne travaillerait actuellement à trouver des solutions qu’elle présentera rapidement à Massoud Barzani. Ce dernier s’est dit ouvert au dialogue.

Nouri al-Maliki, vice-président irakien, a comparé l’indépendance du Kurdistan irakien à la création d’un “deuxième Israël”. Déclaration qui a fait sortir de ses gonds le vice-président du Parlement kurde, Jaafar Aimenky.

“Israël n’a pas tué autant d’Arabes que Nouri al-Maliki pendant toutes ses années au pouvoir”.

Jaafar Aimenky, vice-président du Parlement kurde.

La Cour suprême irakienne a annoncé qu’elle suspendait le scrutin prévu au Kurdistan lundi prochain, après deux votes du Parlement fédéral. La suspension court « jusqu’à ce qu’elle examine les plaintes qu’elle a reçues, affirmant que cette consultation est anticonstitutionnelle ».

Haider al- Abadi, a répété à plusieurs reprises être prêt au dialogue avec Massoud Barzani. Ce qui ne l’a pas empêché de hausser le ton, en envisageant notamment une intervention militaire en cas de menace. Une délégation kurde se rendra ce mardi à Bagdad.

Les Etats-Unis, s’ils étaient clairement opposés à l’indépendance du Kurdistan jusqu’alors, redoublent d’efforts pour convaincre leur allié kurde de repousser cette consultation. Officiellement, la raison invoquée par Washington est que ce processus d’autodétermination nuirait inévitablement à l’efficacité de la lutte contre l’ Organisation Etat islamique, qui reste pour eux la priorité absolue.

Le ministre de la défense britannique, Michael Falon, s’est rendu à Erbil ce lundi 18 Septembre. “ Nous sommes attachés à l’intégrité de l’Irak ”, avait-t-il déclaré en préambule de sa rencontre avec Massoud Barzani. Lui aussi s’est engagé à tout faire pour convaincre le président du GRK que le report du référendum était la meilleure des options.

Jusqu’alors passablement silencieux sur ce sujet, le chef de la diplomatie française s’est à lui aussi exprimé, depuis New-York:

“Il y a dans la Constitution irakienne des éléments très importants sur l’autonomie. Ils doivent être respectés, validés et sécurisés, dans le cadre du dialogue entre Bagdad et le Kurdistan. Il nous semble que toute autre initiative serait inopportune”.

Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères.

Le Gouvernement Régional du Kurdistan semble acculé de toutes parts. Secoué par d’importantes crises internes, il sait qu’il joue également sa survie politique. Ce référendum est plébiscité conjointement par le PDK (Parti démocratique du Kurdistan) et par son principal rival, l’UPK (Union Patriotique du Kurdistan), qui sont les deux partis historiques les plus puissants du Kurdistan irakien. A contrario, les partis Gorran et Komel se sont positionnés contre sa tenue, bien que favorables à l’indépendance du Kurdistan.

Massoud Barzani, qui a déjà achevé son mandat depuis 2015, a entre ses mains l’avenir de la région. Ces dernières semaines, il a martelé que le résultat de ce référendum n’engendrerait pas de déclaration unilatérale d’indépendance, mais qu’il marquerait le point de départ de négociations avec Bagdad. Le gouvernement irakien, lui ne donne pas l’impression d’être prêt à négocier quoi ce soit.

Définitivement, les prochaines heures vont être cruciales.

Freelance journalist. Work Stateless nations, minorities & refugees

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