Photo : Imani Clovis

Femmes, Sexisme et Littérature de Voyage

Original English version published on Matador Network.

Je suis ce qu’ils appellent une “autrice de voyage”, ou travel writer en anglais. Figurez-vous bien ce terme. Pour une femme, écrire ouvertement et sous un nom de plume féminin, voyager seule en conservant l’apparence d’une femme, ne représente qu’un progrès sociétal très récent. Mais il y a encore du chemin à faire. Tout d’abord, tout ceci demeure très largement un “first-world privilege”. Ensuite, il s’agit d’un milieu professionnel dans lequel genre et genre littéraire sont encore en étroite interaction.

L’autrice Hailey Hirst cite sans difficulté des articles publiés dans The Telegraph, Outside, et Matador Network, pour démontrer à quel point les femmes sont sous-représentées dans la littérature de voyage, plus particulièrement dans les listes de must-read que l’on voit régulièrement fleurir sur le net. Comme le dit Hirst,

“Les hommes semblent dominer la littérature de voyage… ou tout du moins la pop culture qui lui est rattachée.”

La liste publiée dans Outside, par exemple, cite 25 livres. Il n’inclut que deux livres écrits par des femmes : un ouvrage d’Alexandra David-Neel (1927 !) et un autre de Beryl Markham (1942) — qui, accordez-moi le plaisir de le souligner, est décrite par l’auteur de la liste comme “charmante”.

Mais je plaide aussi coupable. Sur mon blog, j’ai publié deux listes similaires. Les deux listes, de quatre ouvrages chacune, n’incluent que des livres écrits par des hommes. Lorsque j’ai réalisé cela un beau matin, je me suis dit que c’était sacrément ironique de la part de quelqu’un qui se prétend féministe, sur toutes les pages de son blog, et en majuscules, s’il-vous-plaît.

Dans son article publié dans le magazine New Republic, Gwyneth Kelly est quant à elle excédée par la dominance de grands noms masculins à chaque fois que l’on parle de “grande” littérature de voyage : Bryson, Cahill, Theroux, Wilson, Krakauer. Voilà qui pèse son poids en testostérone sur nos étagères. Si vous ouvrez n’importe quel volume de la série The Best American Travel Writing, vous remarquerez le nombre très limité d’autrices de voyage à avoir été incluses dans ces anthologies. Seulement 5 des 17 volumes ont été confiés à une éditrice plutôt qu’à un éditeur. Et ça inclut Elizabeth Gilbert, autrice du best-seller Eat, Pray, Love. Tous les autres volumes ont été édités par des hommes. Bill Bryson, auteur de Promenons-Nous dans les Bois, et Paul Theroux en ont édité deux chacun.

Alors si je feuillette sur ma tablette les derniers articles publiés sur des magazines en ligne tels que Matador Network, je note immédiatement un nombre bien plus important d’autrices de voyage qu’il n’y en a sur mes étagères. Suis-je la seule à me faire la remarque ? Les maisons d’édition traditionnelles restent apparemment un territoire masculin, tandis que l’édition électronique a été bien plus prompte à donner sa place à un plus grand nombre d’autrices. Ce constat met une claque à l’idée reçue selon laquelle la littérature de voyage comprendrait plus d’auteurs que d’autrices. Les maisons d’édition traditionnelles pourraient me rétorquer, et sans doute en toute sincérité, qu’elles fondent leur choix de textes sur leur qualité, et non sur le genre de celui ou celle qui les a écrits. Mais nous vivons hélas dans un monde genré. Et en tant qu’avide lectrice de ce genre littéraire, j’ai en maintes occasions pu remarquer la grande fréquence d’expressions genrées, de cooptation genrée, de critiques genrées, de croyances en un genre littéraire intrinsèquement genré. Et l’auriez-vous cru ? Les femmes sont souvent les vecteurs les plus redoutables des critiques à l’égard de leur propre genre.

Photo : Andrew Milko

Dans son introduction au volume de 2006 de l’anthologie The Best American Travel Writing, Tim Cahill a attiré mon attention lorsqu’il parle de barbershop reading (les lectures que l’on a quand on attend chez le barbier). Il explique que dans les années 1970, les récits d’aventure, et non simplement de voyage, étaient considérés comme un genre littéraire à part entière. Il explique comment les éditeurs de magazines faisaient tout, à l’époque, pour cibler une audience exclusivement masculine. Cahill le déplore, et ajoute comme pour enfoncer le clou que “Kira Salak prouve [dans le présent volume] que l’aventure n’est pas le domaine exclusif des hommes.” (Notez sa formulation : Salak le prouve, dans ce volume.) J’ai aussi remarqué la façon dont Cahill concentre ses efforts sur la définition de ce qu’est la littérature de voyage, de ce qu’elle recouvre très exactement. C’est cet effort-là, justement, que Kelly critique chez Theroux, et je dois dire qu’en tant qu’autrice de voyage en herbe, j’ai aussi du mal avec ça.

Cahill et Theroux ont tous les deux — avec les meilleures intentions, j’en suis persuadée — débattu de la différence qui existe entre deux types de littérature de voyage : (a) La “vraie” littérature de voyage (c’est moi qui emploie ce mot), qui est celle des faits objectifs détaillés avec expertise, ou, pour paraphraser Cahill, l’art de raconter une histoire avec la précision d’un “journalisme de haut niveau”. (b) La “fausse” littérature de voyage (mon mot à moi encore une fois), plus subjective, plus centrée sur le Moi, plus focalisée sur le voyage intérieur qui découle du voyage. Je suis en désaccord avec cette distinction entre deux genres littéraires, mais mon opinion personnelle importe peu. Ce qui me semble crucial en revanche, c’est la façon dont cette distinction a pu nourrir l’idée selon laquelle les autrices de voyage versent plus volontiers dans la subjectivité ou, pour reprendre les mots de Jessa Crispin, dans le “psychodrame”.

Le titre de l’article lui-même n’augure rien de bon : Comment ne pas être Elizabeth Gilbert. Crispin y détaille sa critique au sujet de ce qu’elle perçoit comme une équation “genre = genre littéraire”.

“[Gilbert] s’intéresse plus aux détails de sa récente rupture qu’à ce qui se passe dans le pays où elle se trouve…”

A l’instar de Gwyneth Kelly, Crispin argumente : “nous n’avons plus besoin que des hommes viennent nous expliquer ce qui se passe à l’autre bout du monde…” Mais elle pense aussi que des femmes comme Gilbert, ou comme Cheryl Strayed dans Wild, ont un style d’écriture dicté par leur genre. Pour elle, la subjectivité qui imprègne leurs récits est en fait “moins transgressive qu’elle n’est régressive” ou, dit plus franchement :

“… pas plus que nous n’avons encore besoin de femmes pour nous dire que nous avons le droit d’avoir une vie en-dehors du mariage et de la famille.”

En lisant ces lignes, je me suis dit : “En fait, Jessa, je crois que si, malheureusement.” Les autrices de voyage qui finissent sur les étagères de la pop culture sont rares. Et il se trouve que celles qui y parviennent (notamment Gilbert, Strayed, ou Mary Morris) ont pour point commun d’avoir livré des récits où leur vie personnelle était au centre de ce qui les a poussé à prendre la route. Ce point justement est extrêmement “genré” aux yeux de Crispin. Peut-être même qu’il est dicté par une société sexiste où l’on s’attend à ce que les hommes livrent des récits descriptifs et analytiques tandis que les femmes devront nous dire ce qu’elles ont ressenti — de la même manière que l’on attend des hommes qu’ils soient fort et les femmes vulnérables, que l’on attend des hommes qu’ils soient entreprenants et les femmes plutôt discrètes. Je suis d’accord avec Crispin : oui, c’est bien ça qu’attend la société. Mais je ne crois pas qu’il soit juste de blâmer les autrices de voyage d’écrire ce qu’elles ressentent lorsqu’elles voyagent. Je pense au contraire qu’il est injuste qu’on ne lise pas plus de récits où des hommes “s’intéresse[nt] aux détails de [leur] récente rupture”, où ils nous diraient qu’ils “[ont] le droit d’avoir une vie en-dehors du mariage et de la famille.” Où ils nous diraient ce qu’ils ont ressenti sur la PCT (le Chemin des Crêtes du Pacifique suivi par Cheryl Strayed), plutôt que de nous donner une description détaillée de cette lumière matinale glacée qui inondait alors la Sierra — lumière matinale qui a certainement déclenché en eux des sentiments sur lesquels ils n’écriront pas, parce que la société ne s’attend pas à ce que leur Moi masculin s’épanche sur le papier.

Et n’est-ce pas parce que les règles qui régissent les codes de genre ont jusqu’à présent été définies par les hommes, par voie de cooptation genrée et par l’usage d’un langage genré ?

Photo : Christian Joudrey

Prenons une situation de voyage spécifique. Will Ferguson et Mary Morris ont tous les deux eu l’occasion dans leurs textes de décrire une scène dans laquelle ils rencontrent une femme. Dans les deux cas, cette femme, pour des raisons culturelles, personnelles, vit une vie sur laquelle un homme exerce un grand contrôle — en tous cas selon nos standards de privilégiées / d’occidentales / de blanches. Regardons de plus près ce que chacun d’eux a décidé d’écrire au sujet de cette scène.

Ferguson, dans Hokkaido Highway Blues, est assis dans le salon d’un couple japonais, où les rôles respectifs du mari et de la femme sont strictement codifiés. En tant qu’invité, il ne brise pas ces codes sociétaux : il ne cherche pas à aider la femme ou à parler de choses personnelles avec elle, et il a d’ailleurs tout à fait raison de ne pas le faire. Mais il trouve le moyen de mettre une touche d’humour dans sa description, humour que je trouve, en tant que femme et selon ses propres mots à lui, un peu “insensible” :

“Mme Migita débarrassa la table de tout le désordre et des débris que nous y avions laissé, et son mari et moi nous mîmes à notre aise, comme deux seigneurs féodaux. Ca peut paraître sexiste et politiquement incorrect — et ça l’est — mais j’avais appris depuis longtemps qu’offrir mon aide, ou pire, insister, n’aurait fait qu’humilier Mme Migita.”

Morris, dans Nothing to Declare, est quant à elle assise dans son salon avec Lupe, sa voisine mexicaine, mère célibataire vivant dans une grande pauvreté. Lupe prend Morris comme confidente. Elle lui parle des parents qu’elle n’a jamais connus, en laissant sous-entendre que sa mère est probablement morte très jeune. Soyons honnêtes : Morris reçoit ici des confidences que Ferguson n’était pas en position de recevoir à cause de codes sociétaux genrés dont il n’est pas responsable. Mais Morris dédie quand même trois pages entières à la scène, et nous raconte comment, en son for intérieur, alors qu’elle écoute Lupe, elle essaie en silence de reconstituer ce qui est arrivé à la mère de Lupe après son accouchement :

“Elle ne nourrit l’enfant qu’une fois. Puis, elle la déposa devant la porte d’une vieille femme et l’y laissa. C’est après cela qu’elle disparut. Peut-être s’est-elle laissée emporter par les eaux rapides de la rivière. Mais je pense plutôt qu’elle est partie errer dans la sierra, où elle se cache encore à ce jour. Elle était une femme invisible et il était facile pour elle de disparaître. Une femme sans substance, la femme que les gens ne voyaient pas.”

En tant qu’autrice et lectrice de récits de voyage, j’aurais adoré lire un paragraphe signé “Will Ferguson” où l’auteur nous en aurait dit plus au sujet de Mme Migita, son langage corporel, ce que l’on pouvait lire dans son regard. Mais tout ce que nous apprend sa description de la scène, c’est que lui et Monsieur Migita se mirent “à l’aise, comme deux seigneurs féodaux”.

Je sais bien que les livres sont publiés pour être lus. Les éditeurs de Wild et de Nothing to Declare ont probablement ciblé une audience essentiellement féminine lors de la publication. C’est pourquoi j’ai été d’autant plus estomaquée lorsque j’ai lu les critiques que des lectrices ont laissé à leur sujet sur le site de critiques littéraires Goodreads. Mary Morris dans Nothing To Declare est décrite comme “vaniteuse”, un “bien piètre modèle à suivre pour les femmes” tout occupée à “se regarder le nombril”. Mais les mots utilisés pour décrire Cheryl Strayed étaient bien plus personnels et m’ont choquée en tant que femme, autrice de voyage et féministe. Alors que son mari, qu’elle a quitté juste avant de s’engager sur la PCT, est décrit par les lectrices comme “un mec bien”, “un vrai saint” (euh, sérieusement ?), “un homme vraiment merveilleux”, Strayed est décrite comme “une trouduc’ égocentrique”, “une féminazie en carton [dont] les principes moraux sont à revoir” (“Doux Jésus !” me suis-je mentalement exclamée en lisant ça). Mais ce n’est pas la pire critique que j’ai lue. La pire critique, la voici :

“Mais le message qu’elle veut vraiment que vous reteniez de sa prétendue incroyable expérience d’un changement total de personnalité grâce à la PCT, c’est qu’elle est indiciblement sexy, et que rien qui ne soit pourvu d’un pénis ne peut lui résister. Sa chaudasserie sans bornes devient un thème tellement important que j’ai commencé à éclater de rire à chaque fois qu’elle décrivait un autre homme exprimant son attirance pour sa dégaine irrésistible de randonneuse. J’ai beaucoup ri, ô lecteur. J’ai beaucoup ri. Ne vous inquiétez donc pas pour elle. Le peu de gens qui n’avaient pas envie de la prendre avec leur bâtons de randonnée lui vouaient aussi un culte, pour des raisons qu’elle parvient toujours à trouver.”

Voilà ce que l’on appelle, à mon humble avis, un parfait exemple de “slut-shaming”. Jessa Crispin peut donc aller se rhabiller avec sa confiante affirmation : celle selon laquelle les autrices de voyage n’ont pas besoin de nous dire “que nous avons le droit d’avoir une vie en-dehors du mariage et de la famille.

Photo : Joao Silva

Donc si je la fais brève, nous avons deux camps opposés. D’un côté, des autrices de voyage qui ont connu le succès mais qui sont critiquées parce qu’elle “écrivent comme des femmes”. De l’autre, des auteurs de voyage qui ont aussi connu le succès et dont le style d’écriture et les choix langagiers suggèrent qu’il existe un accord tacite dans le milieu : qu’il existe une “vraie” littérature de voyage et qu’elle est un genre littéraire dominé par les hommes. Cet accord tacite est probablement davantage le résultat d’un sexisme systémique, que d’un sexisme individuellement exprimé par ces auteurs de voyage. En fait, mon point de vue est que la qualité de leurs textes est aussi victime de la situation.

Parfois ça se sent juste dans le choix d’un mot. Cahill, dans The Best American Travel Writing 2006, écrit dans introduction que ce volume met un point d’honneur a inclure des personnes des deux genres. Mais à un moment donné, il explique que les séminaires et ateliers sont souvent l’occasion pour les auteurs (et autrices) de se réunir pour se dire à quel point ils se font “financièrement sodomiser” par les éditeurs. (Il y a tant à dire sur ce choix lexical ! Mais je préfère me taire.) Je ne suis simplement pas sûre de l’effet produit sur les lecteurs et les lectrices si une femme avait formulé les choses de cette manière. En fait, je ne suis pas sûre que cette formulation lui serait venue à l’esprit de toutes façons. Mettez-moi un doigt si j’ai tort.

Bon, allez, Cahill voulait certainement faire de l’humour, et ça m’a effectivement fait rire. Le recours à l’humour permet de garder votre audience alerte. Il devrait bien sûr se faire avec parcimonie et inclure une pointe de sarcasme ou d’auto-dérision. Parfois cependant, on a l’impression que l’auteur n’a pas bien pesé ses mots avant de les utiliser. Prenez Beauty Tips for Moose Jaw de Will Ferguson par exemple. Ce livre décrit l’équipée de l’auteur d’ouest en est à travers le Canada. Certes, j’y ai appris plein de faits intéressants, objectifs, analytiques, descriptifs sur le Canada. Mais dire que j’ai aussi grincé des dents à plusieurs reprises est un euphémisme. Le titre du bouquin est celui d’un chapitre où Ferguson va dans un spa à Moose Jaw, dans la province du Saskatchewan. En découvrant qu’un homme va s’occuper de sa séance de réflexologie, Ferguson exprime avec humour sa déception, qui s’étale en petites blagues sur deux (très longues) pages.

“Si quelqu’un doit me patouiller les pieds, je préférerais que ça ne porte pas de moustache.”

(Ma pensée de lectrice : Oui, parce que les femmes sont tellement plus douées pour ça.)

“J’ai commencé à subtilement suggérer que j’étais marié. A une femme.”

(Oui, parce qu’il ne faudrait surtout pas que quelqu’un se mette dans la tête que tu es gay.)

“Ca fait partie du peu d’avantages qu’il nous reste à être des hommes : les rides autour de nos yeux nous donnent un air de distinction, et non de vieillesse.”

(J’ai lu ce bouquin il y a plus de 8 mois et je sais toujours exactement à quel page du bouquin je peux trouver ces tristes lignes.)

Peut-être que certaines des lectrices de cet article me qualifieront de féminazie. Mais je crois que nous devons tou.te.s nous pencher sur le fait que le maniement des mots et de l’humour n’étaient ici pas entièrement étrangers à notre présente discussion sur le genre dans la littérature de voyage. L’euphémisme est volontaire.

Photo : Jake Melara

Il est clair que tout le monde, lecteurs, auteurs et éditeurs des deux genres ont un rôle à jouer dans la promotion de l’égalité de genres dans la littérature de voyage en tant que genre littéraire.

Ce qui est tout aussi clair en revanche c’est que tout ce que je viens de discuter pourrait recevoir un hashtag peu flatteur sur les réseaux sociaux : #FirstWorldProblems (traduction approximative : “petites misères d’occidentaux”).

Il n’y a pas un seul bouquin ou auteur que j’ai cité ici que n’appartienne pas à ma propre aire culturelle. Qu’en est-il donc des femmes qui vivent dans des régions du monde où leur talent d’écriture a de très faibles chances de se retrouver un jour sur les étagères de la visibilité, pour de complexes raisons culturelles, financières, ou personnelles ? En termes de solutions, j’ai plusieurs mots-clés qui me viennent en tête. Pour les maisons d’édition : “communication” (entre maisons locales et maisons internationales plus visibles). Pour le lectorat : “discussions, commentaires, critiques” (attention cependant aux croyances et à la cooptation genrées !) et “collection” (si vous avez un blog, écrivez des posts thématiques, faites des listes de bouquins à lire, créez un tag si vous êtes sur Medium). Pour les auteurs et les autrices, “inspiration” (glissez des citations, des commentaires, des mentions dans vos propres textes) et “traduction” (proposez votre aide pour traduire un texte dans votre propre langue pour que davantage de personnes puissent lire ce texte dans le monde et ainsi mieux connaître l’autrice).

“La littérature de voyage écrite par les femmes est bien autre chose que des récits au sujet de lieux où l’on peut aller — elle est le témoignage de ce que c’est, que d’être une femme devant faire face à un lieu qui lui est étranger.” Leyla, sur Women-on-the-Road.com.

De façon plus générale, je crois que nous, auteurs et autrices, devons briser cette distinction entre écriture “journalistique” et écriture “subjective”. Nous devons (ré)-ouvrir la littérature de voyage à la folle diversité des raisons pour lesquelles les gens voyagent. Ca inclut le besoin de faire un pèlerinage intérieur, pratique immémoriale dans l’histoire des êtres humains. La littérature de voyage ne devrait pas véhiculer l’idée qu’il existe une vraie façon de voyager.

Photo : Imani Clovis

Le voyage vous change à coeur. Pour moi, séparer la description des lieux du voyage intérieur, garder l’une publique et l’autre privé n’est pas du tout une pratique “progressiste”. Ce schisme dans le genre (littéraire) résulte peut-être de la professionnalisation du milieu. Il est peut-être le symptôme des médias que nous utilisons pour publier nos textes. On nous demande des textes toujours plus courts, avec des titres attirant les clics, avec des astuces pratiques, parce qu’aujourd’hui tout le monde peut voyager, et notre lectorat ne rêvassera pas en lisant nos textes : il voudra suivre nos pas.

Quand bien même, les voyages intérieurs torturés ne devraient pas être le seul domaine des femmes, comme les récits d’aventures hyper techniques ne devraient pas être le seul domaine des hommes. La société devrait attendre des deux genres qu’ils s’expriment personnellement sur ces deux versants indissociables du voyage.

Nous voyageons, nous écrivons et nous lisons sur le voyage parce que nous voulons échapper aux limites imposées par les codes et les frontières, y compris les codes et les frontières de genre. C’est exactement ce qui par le passé a fait de la littérature de voyage quelque chose de transgressif pour les femmes. Dans mon monde à moi, c’est ce qui aujourd’hui devrait rendre la littérature de voyage transgressive pour les deux genres.

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C.I.D
alias CARRIE SPEAKING,
Autrice de voyage, Blogueuse.
Visitez mon blog @
http://carriespeaking.com


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