De Stockholm à Bangalore — l’innovation ailleurs.. et autrement

Deux fois par an, 50 Partners s’envole à la rencontre de nouveaux écosystèmes. Les échanges avec les startups, investisseurs et autres acteurs locaux de l’innovation permettent de s’inspirer et de mieux comprendre les tendances mondiales.

Retour sur les deux voyages exceptionnels de 2016

Mars 2016 — Stockholm : les joyaux cachés du royaume de la tech

Article original publié sur le site des Echos Business en avril 2016.

L’équipe de 50 Partners est revenue impressionnée par l’écosystème suédois, qui compte le plus grand nombre de « licornes » par habitant, après la Silicon Valley.

Stockholm semble solidement armée pour produire des success stories. Le pays compte tout simplement le plus grand nombre de « licornes » par habitant, après la Silicon Valley. Ces stars sont Skype, Spotify (vient d’annoncer une levée de d’un milliard de dollars en dette), King, Mojang, Avito, Klarna etc. La tendance ne semble pas faiblir avec de sérieux prétendants à la relève : TrueCaller (une application de gestion de carnet d’adresse aux plus de 100 millions d’utilisateurs), KNC Miner (un datacenter dans le cercle arctique qui produit des Bitcoins), FishBrain (le plus grand réseau social de pêcheurs au monde), iZettle Business Hacks (qui transforme votre smartphone en terminal de paiement), Tictail (plateforme pour ecommercants). Les planètes seraient-elles parfaitement alignées pour faire de cet écosystème l’un des plus prometteurs d’Europe … et du monde ?

Un terreau fertile pour la consommation et l’entrepreneuriat

L’économie et le système social suédois sont connus pour leur stabilité, créant un terreau fertile pour la consommation (notamment de nouveaux produits ou services) mais aussi pour l’entrepreneuriat. Le gouvernement soutient activement la création d’entreprise en proposant de nombreux prêts et subventions aux entrepreneurs — notamment à travers le dispositif ALMI, l’équivalent de notre BPI- et en menant des programmes de sensibilisation dans les écoles. Enfin les réussites passées d’entrepreneurs inspirent largement les jeunes : plus de 50% envisagent de créer leur société après leurs études. Coté talents, la Suède n’est pas en reste. Les excellentes écoles qui formaient les ingénieurs des historiques industriels (Volvo, Ericsson etc), produisent aujourd’hui une main d’œuvre précieuse pour les sociétés technologiques. L’un des principaux atouts de l’écosystème réside dans son orientation internationale. Le marché local étant limité à 10 million d’habitants, les entrepreneurs se structurent dès l’origine pour viser le marché mondial, permettant un développement bien plus rapide qu’ailleurs.

Les clés du financement à la suédoise

Si les réseaux de Business angels semblent encore mal structurés, ils laissent la place à des investisseurs privés internationaux, comme Jeremy Y. qui avoue passer de plus en plus de temps à Stockholm, au détriment New York, Londres, et Singapour. Les levées de 500.000 à 1,5 millions d’euros se font souvent auprès de fonds d’entrepreneurs. Bengt Häger, Partner chez Moor Capital, intervient parfois même dès la création, comme pour Acast (plateforme de podcast, avec aujourd’hui plus de 30 millions d’écoutes par mois) ou comme Universal Avenue (force de vente supplétive crowdsourcée, considérée comme l’un prochains succès possible). Enfin, représentant du capital investissement suédois, nous rencontrons Marta Sjögren chez Northzone, VC majeur de la région avec près de 800 milliards de dollars sous gestion. Peu de pépites leur échappent, à l’instar de Spotify, Avito, Klarna ou iZettle. Les investisseurs étrangers les plus reconnus comme Sequoia Capital, Index Ventures, Accel Partners ou Balderton co-investissent de plus en plus avec les VC suédois, dès confirmant le dynamisme de la région.

Spécialités et tendances scandinaves

Parmi les spécialités des entrepreneurs suédois, on compte l’Entertainment, avec en particulier le Gaming (CandyCrush, MineCraft), et la musique (Spotify, SoundCloud) ; ou encore la Fintech et les nouveaux moyens de paiements : Klarna, valorisée à plus de 2 milliards de dollars, ou encore iZettle, une solution de paiement innovante qui enregistre plus de 1.000 nouveaux marchands par jour dans le monde. On note également un savoir-faire autour des technologies Peer-to-peer (Kazaa, Joost, Skype) dont on peut imaginer une dérivée dans le crowdsourcing. Nous rencontrons d’ailleurs plusieurs projets passionnants dans ce secteur : Toborrow (plateforme de prêts pour entreprise par les particuliers), Instabridge (wifi gratuit en crowdsourcing), Universal Avenue (force de vente supplétive crowdsourcée) …

Toborrow, plateforme de prêts pour entreprise par les particuliers.

De grands groupes impliqués dans l’écosystème

Pour comprendre l’implication des grands groupes dans l’écosystème d’innovation, nous échangeons avec deux industriels majeurs historiques. H&M — Bjorn Magnusson dirige H&M CO:LAB, une entité qui assure la collaboration avec les start-up et parfois même leur financement. Cette activité tient particulièrement à cœur au CEO, fils du fondateur d’Hennes&Mauritz, géant de la distribution, qui entend bien profiter des nouvelles technologies pour poursuivre son extraordinaire développement. Schibsted — si ce groupe de presse né en 1839 est Norvégien, une grande partie de son activité est aujourd’hui basée à Stockholm. Le groupe a su prendre le virage du digital et devenir leader sur internet : 7 des 10 premiers sites web suédois lui appartiennent. Dans les bureaux de Schibsted Growth, on nous explique que la société a su regrouper et motiver de nombreux intrapreneurs qui innovent pour rassembler de nouvelles audiences. Nous visitons enfin SUP46, le principal hub d’entrepreneurs de Stockholm, avec plus de 50 Startups résidentes, de très nombreux évènements et plus de 30.000 visiteurs annuels. Plusieurs accélérateurs proposent également des programmes de qualité. Il ne reste aucun moyen aux entrepreneurs suédois de se sentir seuls …

Sup46, le principal hub d’entrepreneurs de Stockholm.

Stockholm semble donc rassembler tous les ingrédients du succès d’un écosystème d’innovation. Nul doute que cette nation de grands entrepreneurs n’a pas fini de donner naissance à leurs successeurs dans le domaine des nouvelles technologies et continuera à s’imposer parmi les régions les plus innovantes au monde.

Novembre 2016 : Bangalore

Article original publié sur le site des Echos Entrepreneurs en décembre 2016

Si la croissance économique de l’Inde est encore timide (PIB de 2 milliards de dollars comme la France, contre 10 milliards pour la Chine), il semble bien que ce pays, en passe de devenir le plus peuplé de la planète, ait sérieusement pris le virage de la révolution des nouvelles technologies. Métropole de 11 millions d’habitants, Bangalore est rapidement devenue le principal hub d’innovation technologique du pays. La ville est entrée l’année dernière dans le cercle des 20 meilleurs écosystèmes d’innovation au monde, en intégrant la 15ème place du classement Compass. Elle compte aujourd’hui 5 des 8 licornes indiennes, ces start-up valorisées plus d’un milliard de dollars.

Une myriade de talents et de success stories

Bangalore a d’abord été un gigantesque centre de sous-traitance informatique pour les éditeurs logiciels du monde entier, consolidant ainsi une expertise précieuse de développement informatique. Ces mêmes ingénieurs sont aujourd’hui les dirigeants de prometteuses entreprises innovantes. Les talents sont donc nombreux et encore abordables avec un salaire moyen des développeurs de 25.000 dollars par an, contre 125.000 dans la Silicon Valley. Navet Tewari, cofondateur de la régie publicitaire mobile independante InMobi, explique ainsi qu’il a déménagé la société de Mumbai à Bangalore pour accéder aux meilleurs talents techniques du pays.

L’exemple des fondateurs de Flipkart est également évocateur. Sachin Bansal et Binny Bansal étaient ingénieurs logiciels chez Amazon. L’idée leur est alors venue de lancer une solution e-commerce encore plus adaptée au marché indien. Neuf ans plus tard, Flipkart est devenu le premier vendeur en ligne du pays (loin devant Amazon) avec 100 millions de clients, 33.000 employés et une valorisation de 15 milliards de dollars. De nombreux projets connaissent des croissances exponentielles sur cet immense marché. On peut citer d’autres licornes comme Ola (concurrent d’Uber créée en 2010, valorisée 5 milliards de dollars) ou Inmobi (régie publicitaire mobile créée en 2007, valorisée 1 milliard de dollars), mais aussi de futures success stories comme Freshdesk (support client en SAAS) ou Bookmyshow (ticketing).

3 milliards de dollars de fonds disponibles

L’accès aux capitaux ne semble pas un obstacle pour les entrepreneurs indiens. Deepak Natraj, investisseur chez Aarin Capital, évoque plus de 3 milliards de dollars de fonds disponibles pour les jeunes sociétés technologiques. Le classement Compass place ainsi Bangalore en 6ème position mondiale quant à l’accès au financement. On trouve aussi bien des fonds locaux comme Kalaari Capital ou Helion Ventures que des investisseurs internationaux comme Accel Partners ou Sequoia Capital, tous disposants de moyens très conséquents, entre 300 et 600 millions de dollars.

A l’instar des écosystèmes plus matures, les entrepreneurs de 1ere génération qui ont connu le succès commencent à soutenir significativement les nouveaux entrepreneurs. Les fondateurs de Flipkart figurent parmi les angels les plus actifs du pays, aux cotés de Vijay Shekhar Sharma (PayTM), Deepinder Goyal (Zomato) ou encore Kunal Bahl (SnapDeal).

Secteurs porteurs

Les fonds successifs d’Accel Partners présentent des intérêts marqués sur le e-commerce et la santé (Fonds II), les marketplaces, le software B2B et les marques online (fonds III), la fintech, la logistique et les services hyperlocaux (fonds IV). L’innovation touche des secteurs variés : de nombreux projets accompagnent l’essor du e-commerce, de la logistique aux solutions de paiements. Shabari Raje, fondatrice de Findmeashoe, témoigne de cette dynamique. Sa société développe une technologie de scan permettant aux clients de trouver la taille exacte de chaussure adaptée à leur morphologie, et donc de réduire les taux de retours de 60 %. L’entreprise a ouvert un second bureau dans la Silicon Valley et vient de lever des fonds.

Dans un pays où près de la moitié de la population a moins de 25 ans, l’éducation est un sujet majeur. L’Edtech (ou nouvelles technologies liées à l’éducation) ambitionne de soutenir un système qui ne parvient pas à répondre aux besoins de la population. Deepak Iyer a fondé Admission Table dans le but de permettre aux étudiants de trouver l’établissement le plus adapté pour chacun. Ce WhatsApp de l’éducation a rapidement été soutenu par 500 Startups, Microsoft et le fonds indien Aarin capital.

L’Intelligence Artificielle semble également un domaine d’expertise notable pour l’Inde. Les 169 startups d’AI recensées dans le pays en font le troisième écosystème mondial derrière les USA (1.170) et le Royaume Uni (188) selon l’étude Zinnov.

Un lieu stratégique pour les grands groupes
Si les entreprises traditionnelles et industrielles ne semblent pas très impliquées dans l’écosystème d’innovation indien, les groupes technologiques perçoivent l’importance d’un solide engagement. Microsoft a ouvert son accélérateur depuis 4 ans et offre un soutien précieux aux projets technologiques : bureau, mentoring, technologie, contacts business, etc. De même, le premier bureau mondial d’Oracle à expérimenter une offre d’incubateur corporate est celui de Bangalore.

Faiblesses d’un écosystème encore récent

Bala Srinivasa, partner chez Kalaari Capital, un fonds de plus de 600 millions de dollars présent depuis 10 ans à Bangalore, regrette également les faibles options de sorties (cessions auprès d’industriels, ou introduction en bourse) pour les sociétés financées. Seules 55 sorties étaient ainsi répertoriées en 2015. Il constate également que les fondateurs de start-up sont encore très jeunes (en majorité entre 22 et 28 ans) et manquent d’expérience, élément pourtant critique dans l’évaluation des projets pour un investisseur. Les grandes conférences comme nous en connaissons en Europe se développent rapidement et permettent de fédérer et éduquer une nouvelle génération d’entrepreneurs. Nous avons d’ailleurs eu la chance de participer à la World Startup Expo, qui a rassemblé fin novembre des entrepreneurs tech de toute l’Inde, et d’y intervenir pour témoigner de la structure de notre écosystème français.

Plus globalement le pays manque d’infrastructures qui permettent le déploiement de nouveaux services. Les services logistiques insuffisants ont convaincu Flipkart de développer sa propre solution de livraison. Aujourd’hui, plus de 20.000 employés de cette société sont dédiés à la logistique. La couverture Internet haut débit et les réseaux de télécommunication limités freinent la pénétration des nouveaux services online (35 % d’utilisateurs Internet contre 50 % en Chine et plus de 85 % dans les pays développés). Le taux de bancarisation reste faible (53 % contre 80 % en Chine et 99 % au Royaume Uni) et limite les options de paiement. Les principaux sites de e-commerce proposent d’ailleurs des solutions Cash-on-Delivery pour atteindre le plus de clients possible.

Quelques images #50PINDIA

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