Vaincre le dédale de Visa

Les 12 Travaux d’Immigratix — 01/12

Disclaimer : cette série d’articles traite des conditions d’obtentions des visas américains sous l’angle d’un travailleur du digital désireux d’immigrer aux Etats-Unis. Il est le reflet d’une expérience personnelle, et ne peut être considéré comme un conseil légal. Chaque histoire migratoire est propre à chacun, et doit faire l’objet d’une consultation avec un avocat.
- Introduction : Ces choses que l’on ne vous dit pas

Ca y est, vous vous êtes décidé. Vous aimez la France, vous bossez dans le web, mais vous allez partir.

Vous ne supportez plus d’être à 6 mois, 10 mois, de décalage avec ce Web qui, d’outre-Atlantique, pèse de tout son poids dans la balance. Vous ne croyez plus à la blague de l’auto-entrepreneuriat, refusez d’enchaîner les stages ou les CDD à cause de la crise. Vous voulez partir. Compter pour quelque chose. Vous aussi faire partie de ceux qui changent le monde.

De France, surtout en ce moment, il n’est pas difficile d’imaginer que l’herbe est plus verte ailleurs.

Je salue votre courage. Prendre la décision de quitter son comfort, sa famille, ses amis, en un mot : ses repères, est la première étape d’une longue série qui testera votre patience, vos limites, et mettra à l’épreuve votre envie d’immigrer.

Visas temporaires et niveau d’études

Les visas se basent principalement sur deux critères : votre champ d’expertise, et votre niveau d’études.

La réalité, et sa force de pesanteur, va vous forcer à revoir à la baisse vos projets dès leur formation : votre immigration passe par un visa temporaire. En effet, les visas d’études ou de travail impliquent que vous êtes présents pour un temps déterminé. Vous apprenez un savoir-faire que vous emporterez avec vous, dans votre pays d’origine, une fois le visa expiré.

En tout cas, sur le papier. Nous verrons dans un prochain article que la réalité est bien plus flexible.

Il existe pas moins de 85 visas temporaires et non-migratoires pour les Etats-Unis. Heureusement, 6 uniquement correspondent à la réalité du marché du web.

Les différents types de visas que vous pouvez obtenir en fonction de votre niveau de diplôme

Le problème franco-français des écoles privées

Si vous avez fait vos études à l’Ecole Multimédia, aux Gobelins, à SupdeWeb, etc. vous connaissez certainement la question de la reconnaissance de votre diplôme.

En effet, l’Etat impose des critères qui ne correspondent pas à la réalité perpétuellement mouvante du web, empêchant ainsi le Ministère de l’Education de délivrer des diplômes universitaires aux écoles privées.

Spécificité française, le web n’est pas reconnu comme une majeure diplômante mais comme un métier spécialisé. Cela déplace alors le problème au Ministère du Travail qui, lui, délivre des certifications inscrites au Registre National des Certifications Professionnelles (RNCP)…où sont inscrits les CAP et les autres Bac Pro. Pas étonnant donc que cela ne soit pas reconnu outre-Atlantique.

Cela n’est pas perdu pour autant : l’United States Citizenship and Immigration Services (USCIS), votre principal interlocuteur après votre avocat, estime que 4 ans d’expérience dans votre domaine équivalent à une année en Master.

Si, comme moi, vous avez obtenu votre diplôme avant la réforme LMD, sachez également que le DEUG n’est également pas reconnu. Il vous faudra jouer sur l’équivalence professionnelle.

Les visas de travail

Votre planche de salut pour immigrer aux Etats-Unis sera certainement un visa de travailleur spécialisé, le web aux US étant considéré comme faisant partie d’une branche spécialisée, au même titre que les ingénieurs, et le marché étant en pénurie de main d’oeuvre.

Le visa H1-B

C’est le visa de travail le plus utilisé, ce qui lui donne le désavantage d’être pris d’assaut et de créer des situations d’embouteillages résultant chaque année, depuis 2012, en des loteries de traitement aléatoire des dossiers de candidature.

En 2016, 236 000 non-Américains ont candidaté pour seulement 65 000 visas délivrés (source : CNN Money).

Malgré tout, il reste un des sésames indispensables pour accéder à la première autorisation officielle de travail.

Vous devez être sponsorisé par un employeur américain. Ce qui, virtuellement, rend impossible toute recherche depuis le sol français. En effet, l’USCIS demande aux entreprises de se porter garante pour vous, et de payer des frais administratifs élevés. Cela implique une certaine confiance, et donc, au minimum, un rapport de visu entre vous et votre prochain patron.

A savoir également qu’en Juin 2016, la Cour Suprême a rendu une décision négative à la proposition de réforme de l’Immigration du Président Obama qui aurait pourtant permis une élévation du quota à 195 000.

Durée du visa : 3 ans
Avantages : renouvelable une fois, vous arrivez avec un travail en poche
Désavantages : soumis à quota, traitement aléatoire des dossiers depuis 2012, lié à votre patron pendant un an minimum, 3 mois pour trouver un nouveau patron si vous perdez votre emploi, non renouvelable après 6 ans
Permet une immigration permanente possible : Non

Date de candidature : 1er Avril de chaque année
Durée de traitement du dossier : entre 3 et 6 mois
Date minimum de début de votre travail : Octobre de la même année
Coût du visa : entre $2575 et $8550 payés par l’employeur (source)

Le visa O

Le visa O est certainement le plus difficile à obtenir. En effet, il est délivré “aux travailleurs étrangers ayant démontré des aptitudes exceptionnelles dans des domaines artistiques, scientifiques, ou éducatifs (…) et étant reconnus nationalement ou internationalement.” (USCIS).

Sur le papier, il suffit de démontrer que vous êtes reconnus comme référence dans votre domaine. Le travail de votre avocat sera de vendre un bon storytelling.

Ainsi, si vous avez travaillé sur des projets internationaux, ou avec des entreprises connues dans le monde entier, si vous avez reçu des awards physiques ou digitaux (tels que ceux délivrés sur Awwwards, par exemple), si vous avez donné des conférences (d’autant plus si vous avez été filmés), si votre profil a fait l’objet de parution (même digitale) d’articles, si vous en avez écrit, ou publié un livre, et si votre salaire moyen est supérieur au salaire de vos pairs de manière significative, vous pouvez être éligible au visa.

Contrairement au visa H1-B, il n’est pas soumis à quota, et, bien que soutenu (et non sponsorisé) par des employeurs américains, vous n’êtes pas pieds et poings liés à un patron. Dans ce cas, vous êtes directement sponsorisé par l’Etat Américain, ce qui explique sa difficulté d’obtention.

Durée : 3 à 5 ans initiaux, n’est pas limité en durée 
Avantages : n’est pas soumis à quota, renouvelable après l’expiration, vous arrivez avec des potentiels employeurs
Désavantages : dossier lourd, coûteux, difficile d’obtention
Permet une immigration permanente possible : Oui

Date de candidature : n’importe quand
Durée de traitement du dossier : entre 3 et 6 mois
Date minimum de début de votre travail : dès l’obtention de votre visa
Coût du visa : entre $5115 et $6340 payés par vous, selon les frais de votre avocat (environ $615 de frais administratif inclus +$4500 d’avocat)

Le visa L-1

Ce visa, appelé visa de transfert, permet de transférer un employé français vers une succursale américaine. Les conditions à remplir sont les suivantes : vous devez occuper depuis plus d’un an un poste primordial au sein de votre société, au titre de manager, cadre supérieur, ou démontrer que la société ne peut fonctionner sans vous.

Vous pouvez également contourner le problème si vous êtes freelance non autoentrepreneur, en SARL par exemple. C’est un peu plus compliqué, mais c’est jouable.

Durée : 5 à 7 ans
Avantages : n’est pas soumis à quota, vous n’avez pas besoin de sponsors, vous êtes libres de rechercher des clients, de signer des contrats, c’est le seul visa qui permet à l’époux(se) de travailler
Désavantages : non renouvelable, vous ne pouvez pas travailler pour un autre patron
Permet une immigration permanente possible : Oui

Date de candidature : n’importe quand
Durée de traitement du dossier : entre 3 et 6 mois
Date minimum de début de votre travail : dès l’obtention de votre visa
Coût du visa : entre $2875 (environ $375 de frais administratif inclus +$2500 d’avocat) et $6350 payés par l’entreprise, selon les frais de l’avocat

Les visas d’études

Même s’il n’est pas autorisé de l’envisager sous cet angle, nombre de visa d’études sont souvent utilisés comme des visa de secours pour qui cherche à trouver une solution en attendant de pouvoir rebondir. Cela permet d’ailleurs souvent de combler les lacunes des équivalences de diplômes européens non reconnus aux US.

Le visa J-1

Ce visa a de multiples possibilités, avec cependant une seule et même visée : vous former professionnellement, afin que vous repartiez avec des compétences à faire fructifier dans votre pays d’origine.

Dans la myriade de possibilités qu’il propose, deux nous intéressent particulièrement : le J-1 Intern, et le J-1 Trainee.

Le J-1 Intern s’adresse aux juniors qui, soit sont en cours d’études dans leur pays d’origine, soit on reçu un diplôme, et veulent effectuer un stage dans une entreprise américaine (HEC ou l’ESCEN l’utilisent souvent). Ils peuvent candidater si le début de leur stage est dans moins de 12 mois.

Le J-1 Trainee s’adresse aux diplômés et certifiés professionnels qui ont minimum 1 an d’expérience dans leur domaine, ou aux professionnels ayant minimum 5 ans d’expérience, qui veulent se perfectionner dans un domaine (par exemple, de la VFX en motion design qui ne serait pas disponible en France).

C’est le seul visa qui ne requiert pas d’avocat.

Vous devrez passer par un institut agréé par le gouvernement américain. En France, il s’agit de Parenthèse, qui s’occupe de toute les démarches excepté vous trouver une entreprise.

Durée maximale : 12 mois pour un Intern, 18 mois pour un Trainee
Avantages : n’est pas soumis à quota, vous n’avez pas besoin d’avocat, Parenthèse s’occupe du suivi de votre dossier
Désavantages : non renouvelable, Parenthèse ne s’occupe pas de vous trouver un patron, vous avez 1 mois pour trouver une solution après l’expiration de votre visa
Permet une immigration permanente possible : Non

Date de candidature : n’importe quand
Durée de traitement du dossier : entre 1 et 3 mois
Date minimum de début de votre arrivée : jusqu’à un mois avant le début de la formation
Coût du visa : en fonction de la durée de votre stage, entre 1081€ (1 à 3 mois + 156€ de frais administratifs) et 2136€ (14 mois + frais administratifs + premium processing)

Le visa F-1

Visa du dernier recours, il s’agit du visa étudiant par excellence, dont l’obtention est plus aisée comparée aux précédent visas. Il vous faut devoir être accepté par une Université ou une Ecole Américaine, et donc, bien évidemment payer les frais de scolarité à 5 chiffres. Toutefois, de nombreuses universités ont des bourses et des aides pour les étudiants étrangers.

Attention cependant : si vous souhaitez candidater au visa F-1, vous n’avez pas le droit de voyager en ESTA. Autrement dit, vous devez impérativement candidater depuis la France.

Durée : le temps de vos études
Avantages : n’est pas soumis à quota, renouvelable, bourses aux études, coût faible des frais administratifs du visa
Désavantages : coût des études, vous n’avez pas le droit de voyager avec l’ESTA, vous ne pouvez travailler qu’à mi-temps, et généralement, sur le campus, vous avez 2 mois pour trouver un travail après l’expiration de votre visa
Permet une immigration permanente possible : Non

Date de candidature : n’importe quand, généralement autour des dates de rentrée universitaire
Durée de traitement du dossier : entre 1 semaine et 1 mois
Date minimum de début de votre arrivée : jusqu’à un mois avant le début des cours
Coût du visa : $360

Conclusion

Le chemin vers l’American Dream est tortueux, semé d’embûches. Comprendre comment les visas fonctionnent est la première d’une longue série d’étapes. En effet, nous verrons dans la deuxième partie, que les verrous sont nombreux avant d’obtenir un visa.

Immigrer requiert d’avoir une stratégie flexible, et un mental d’acier. C’est la raison pour laquelle comprendre ce qui sous-tend la législation américaine vous permettra d’avoir en main les outils pour y arriver.

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