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Cette fois, l’année en fait trop. Ils ont tourné dans ma rue, celle de mon enfance, de mon centre originel du monde. Il y avait un avis aux habitants de la montée de mon immeuble, quand je suis passé devant, il y a un an pile. Collée contre la porte vitrée de « mon » entrée, qui n’a pas changé, avec sa longue barre cuivrée qu’il faut pousser pour entrer…

Le quartier non plus n’a pas bougé, avec ses arcades, son canal, son square, et le petit balcon de la fille d’en face, au septième, que je cherche encore dans le champ restreint de mon œil-caméra, comme si elle pouvait y apparaître.

Mon décor de toujours, dont le réalisateur du Tueur du lac, série diffusée à partir de ce lundi soir, 6 novembre, sur TF1, a peut-être gardé quelques plans, au final, je ne sais pas, je ne verrai pas et je ne veux pas savoir, l’important n’est pas là, l’important, c’est cette émotion de « voir » ces lieux, où j’ai tant rêvé, connaître leur moment de notoriété. Comme si sa moindre image attrapée au vol était porteuse d’une histoire parallèle à celle de ce « tueur » qui ne m’intéresse pas. La mienne, gamin, ado, la mienne avant Paris. La mienne à venir, à laquelle je me préparais avant que Mai 68 ne s’immisce jusqu’ici.

Je reste ce rêve, celui qui ne se remet jamais de ses pèlerinages entre ces trois pâtés d’immeuble, puis vers le « Pont des amours », puis le long du lac jusqu’à la « grande plage », ou bien du côté du Palais de l’Isle, et des Vieux Quartiers, où je retrouvais Denis, le guitariste des Swifts, dans le magasin de son père, je connais ces chemins les yeux fermés, Isabelle à mes côtés, et je me refais mon film. Le tueur du lac n’aura pas mes souvenirs.

Noël se lève de plus en plus tôt, à la télévision. Dès la fin des vacances de la Toussaint. Ainsi, depuis ce lundi 6 novembre, TF1 et M6 ont lancé leurs téléfilms de Noël l’après-midi. L’an dernier, c’était à la mi-novembre. En 2015, c’était en décembre.

Fictions quotidiennes qui s’appellent Un Noël paradisiaque, Une Mission pour Noël ou Monsieur Miracle. Les téléspectateurs adorent ça. La pub aussi.

Dehors, cela dit, dans les grandes surfaces, on a vu apparaître les premiers jouets et autres décorations dès octobre…

Pourquoi pas dès juillet ? s’exclame-t-on alors en se croyant mordant. C’est fait. Aux États-Unis, Hallmark Channel est à l’origine d’un nouveau concept en diffusant ce genre de programme hivernal durant une semaine en juillet.

Pour prendre les devants du décalage des saisons que nous réservent les changements climatiques ? Ou pour griller tout le monde en faisant griller Noël au soleil…

Tout est possible, désormais. On peut même imaginer qu’à vouloir être le premier, personne n’attendra le mois de mai, l’an prochain, pour célébrer le cinquantenaire des événements de 68…

Mai 68 en janvier ?

Mais 68… sera disponible bientôt chez Cent Mille Milliards !