Va voter.

M’y voilà rendu, à Versailles, coincé entre un jogging dans le parc verdoyant et les belles halles du marché dominical, juste derrière l’église, sur cette petite place pavée où les parents attendent habituellement que leurs enfants sortent de l’école maternelle, petite place où des électeurs attendent de faire leur devoir.

«Faire leur devoir», cela sonne comme une vieille antienne conjugale, comme une obligation quasi-biologique, comme un réflexe dont on se dit qu’il faut bien y céder car il semble en avoir toujours été ainsi. C’est bien en faisant leur devoir que nos parents et les leurs nous ont fait arriver ici, biologiquement et politiquement. Mais vous voyez déjà que le devoir conjugal n’est plus depuis longtemps déjà cela, il n’est plus cette injonction à procréer pour renouveler l’espèce ou donner à la patrie ses soldats.

Pourtant l’élection quinquennale continue d’être cela, un devoir qui en devient même premier des droits démocratiques, celui de glisser sans plaisir un bulletin dans l’urne, comme on remet une pièce dans un jukebox qui ne jouerait que des reprises de plus en plus fades d’anciens tubes éculés.

Aujourd’hui je fais mon devoir, sans illusion ni horizon, et je me rappelle que demain comme hier je pourrai être citoyen, je pourrai débattre, je pourrai vouloir mieux et plus beau, je pourrai mettre entre mes mains d’autres instruments de changement.

Notre premier devoir démocratique c’est d’être citoyen, mais aujourd’hui et maintenant les cloches de l’église sonnent, comme le glas pour l’électeur.

A voté.