Impuissance

Editorial/ Par Christian Bigirimana

Christian Bigirimana, Rédacteur en Chef a.i.

La facilitation dans la crise burundaise a convoqué une autre session de deux semaines de pourparlers, pour le 27 novembre prochain. Dès l’annonce de cette convocation, le Cnared, via un communiqué, a déclaré qu’il ne prendra pas part à ces assises, accusant Benjamin Mkapa de « jouer le jeu de Bujumbura qui veut rapatrier le dialogue au Burundi. »

Du côté du pouvoir, rien ne filtre. Au moment où nous mettons sous presse, on ne sait pas si Bujumbura participera ou pas. Mais d’ores et déjà, selon plusieurs observateurs, il a remporté une manche : le Cnared n’a pas été invité comme plateforme politique (c’est ainsi qu’il se présente). Ses membres y sont conviés comme acteurs politiques. La porte est ainsi ouverte aux participations « individuelles ». Connaissant l’ego de nos hommes politiques, beaucoup vont répondre à l’invitation…

Ce refus d’imposer le Cnared comme entité politique autour de la table des pourparlers de paix par la facilitation traduit la partialité de la facilitation, fulminent plusieurs opposants.

Il met ensuite la lumière sur le manque de volonté des présidents de l’EAC pour infléchir la position de Bujumbura. Certains vont jusqu’à témoigner leur solidarité envers le régime de Nkurunziza. La dernière sortie de Magufuli qui estime que « la situation sécuritaire au Burundi n’est pas aussi critique qu’on la présente » en dit long sur l’état d’esprit qui règne dans les palais à Kampala ou Dar-Es Salaam. On va de la solidarité affichée à l’indifférence.

Pis encore, l’EAC voudrait récolter ce qu’elle n’a pas semé. En janvier 2018, se tiendra un « mini-sommet » régional pour évaluer les conclusions de ces dernières assises du dialogue inter-burundais. L’on se demande pour quels résultats alors que la question de la liste des personnes invitées — pierre d’achoppement des trois précédents rounds — n’est toujours pas vidée.

Enfin, cette impuissance se traduit aussi par un manque criant de réalisme politique des véritables opposants au régime de Nkurunziza (Cnared et opposition interne). Demander à l’EAC de s’impliquer dans une question qui relève hautement de la souveraineté d’un pays (projet de révision constitutionnelle) alors qu’elle ne fait même pas pression sur Bujumbura pour que les pourparlers soient véritablement inclusifs. Faut pas rêver…

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