Interview exclusive avec le ministre de l’Environnement :« Toute nouvelle construction dans une zone tampon est interdite.»

Propos recueillis par Rénovat Ndabashinze

Les faussaires dans le commerce des produits forestiers, les constructions anarchiques, la gestion des déchets, la lutte contre la désertification, etc. Rencontre avec Célestin Ndayizeye, ministre de l’Environnement.

Malgré l’instauration d’une zone tampon autour des lacs et rivières traversant Bujumbura, on y trouve toujours des constructions. Pourquoi ?

Nous sommes en train de faire un inventaire pour que les propriétaires se conforment à la loi à l’instar de l’Hôtel Club du lac Tanganyika. Celui-ci ne déverse pas les eaux usées dans le lac, la gestion étant interne.

Désormais, si une personne effectue des aménagements nuisibles au lac, nous sommes prêts à prendre des mesures contraignantes comme la démolition. Aux propriétaires de ces anciennes constructions, nous leur demandons de se conformer à la loi. Toute nouvelle construction dans une zone tampon (150 m pour le lac Tanganyika et 25 m pour les rivières) est interdite.

Récemment, vous avez annoncé que la période 2017–2018 est consacrée à la lutte contre la désertification. Quelles sont les actions concrètes ?

Intensifier les activités de reboisement du pays. Nous sommes en train de restaurer les plantes autochtones dans la Kibira. Comme recommandé par le président de la République, chaque commune est appelée à planter au moins 50 ha de nouveaux plants. Nous visons également à arriver à zéro feu de brousse en 2018.

Il y a également la plantation d’arbres pour protéger les bassins versants et les rivières se jetant dans le lac Tanganyika. Et ainsi assurer la bonne protection des écosystèmes et de la biodiversité.

Pour ce, notre ministère a aménagé des pépinières de plus de 10 mille plants de bambous qui seront repiqués le long de ces rivières. Ces dernières sont préparées dans des matières biodégradables, en l’occurrence des écorces de bananiers.

Quid de la protection des forêts?

Les centres urbains constituent une menace pour les arbres, car le charbon de bois est utilisé comme moyen de chauffage. Il faut que cette source d’énergie soit remplacée petit à petit par les briquettes fabriquées par certaines associations. Nous privilégions également la gestion rationnelle des arbres.

On parle de faussaires dans l’exploitation des produits forestiers. De quoi s’agit-il?

C’est l’usage de faux bordereaux. Au début, nous nous inquiétions de constater que 300 millions de Fbu qui rentrait annuellement dans la caisse est très peu. Alors, nous avons organisé en janvier, une retraite de deux jours à Muramvya. La question de l’amélioration de nos prestations figurait sur l’agenda. Ainsi, dans la direction des forêts, ils ont commencé à voir de fréquents versements à l’Interbank signés par un seul individu. Ils se sont interrogés sur les raisons qui poussaient tous les fournisseurs à s’orienter vers un seul individu. Nous avons contacté la Banque pour vérifier l’authenticité de ces bordereaux.

Finalement, les enquêtes ont révélé que ce sont de faux bordereaux. Onze personnes ont déjà été appréhendées et 17 millions de Fbu récupérés.

Programmés pour trois mois, les travaux de stabilisation des rives de la rivière Ntahangwa sont à leur sixième mois…

Il y a eu des pannes de véhicules. Il peut y avoir aussi une sous-estimation de la tâche. Mais, l’important est que le minimum est déjà fait. Par ailleurs, le projet datait de 2015 quand nous étions en pleine crise. En 2016, il y a eu manque de budget.

Il faut noter qu’il y a des avancées positives en amont. 32 mille mètres de courbes de niveaux sont tracés, des herbes fixatrices ont été plantées et la population est sensibilisée. Il n’y a plus d’inondation parce qu’il y a atténuation des chutes d’eau. En aval, il n’y a plus de stagnation devant la Brarudi.

Pour le cas de Ntahangwa, les travaux sont en cours avec l’appui des partenaires, comme le PNUD pour le carburant et d’autres qui nous fournissent des engins.

A quand le début des travaux côté Nyakabiga et Mugoboka ?

Les travaux vont commencer. Il faut constater que c’est l’homme qui menace l’environnement. Certains ont eu des parcelles et ont construit dans la zone tampon. Ces derniers n’ont pas eu le courage de planter des arbres, comme les bambous pour fixer le sol. Nous sommes en train de sensibiliser pour que Ntahangwa soit plus protégé.

Certaines informations disent que la station d’épuration des eaux usées de Buterere n’est plus fonctionnelle. Est-ce vrai ?

Ah oui ?! Mais elle est gérée directement par les Services techniques municipaux (SETEMU). Collégialement, nous sommes en train de plaider pour qu’elle fonctionne correctement.

Quid du site de pompage de Ngagara vers la station ?

Ce sont les SETEMU qui doivent déployer plus d’énergie pour acquérir les machines et la technicité nécessaire. Et les usines doivent être connectées à ce réseau et les déchets devraient être épurés avant qu’ils ne se déversent dans le lac.

La ville de Bujumbura tend à s’agrandir vers les zones agricoles. Ya-t-il un plan de protection de ces espaces agricoles ?

La grande protection se trouve dans la vision 2045, un projet innovant pour Bujumbura. Il porte d’abord sur l’amélioration de l’existant, la protection des nouvelles implantations d’habitations en préservant l’environnement, les aires protégées, les réserves agricoles et les usines et la plantation d’arbres.

Et dans l’agrandissement de la ville, on réserve plus de 17% des terres agricoles et plus de 97% dans le milieu rural. Nous n’avons pas oublié que l’agriculture est une priorité nationale.

Que proposeriez-vous pour une meilleure gestion des déchets dans la ville de Bujumbura ?

Un travail collégial entre les ministères de l’Intérieur, de l’Environnement et celui de la Santé publique. Bref, tous ceux qui sont concernés par le secteur afin de mieux orienter les choses et de gérer lucidement ce domaine.

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