Algorithme d’APB, la fausse transparence

Alors que l'association Droits des Lycéens demande depuis des mois le code source de la plateforme « Admission Post-Bac », voilà que le ministère leur a enfin envoyé le code source... sous format papier et sans note de compréhension ! Le ministère s'obstine à nous fournir un outil dont le code source est opaque alors qu'il est de notre droit, nous lycéens, de comprendre comment nos choix d'orientation sont triés.

Afin de centraliser et simplifier les demandes d'orientation après le baccalauréat, le ministère de l'enseignement supérieur propose aux milliers de lycéens d'utiliser, chaque année depuis 2009, la même plateforme pour tous leurs souhaits d'orientation. Ainsi, courant mai, APB utilise un algorithme afin de répartir les voeux de façon automatique. Seulement voilà, cet algorithme n'est connu que par le ministère or nous, lycéens, voudrions connaître le fonctionnement de ce programme pour mieux comprendre comment sont répartis nos choix.

Droits des lycéens est une association française qui offre une aide juridique aux lycéens leur permettant de connaître leurs droits et de régler des conflits éventuels dans leur établissement scolaire. Il y a sept mois, cette association a demandé au ministère de l'enseignement supérieur de lui communiquer l'algorithme qui se cache derrière APB. Après une longue attente et une demande faite auprès de la CADA, la commission d'accès aux documents administratifs, qui s'est révélée positive, le ministère s'est enfin résigné à envoyer l'algorithme à l'association, mais de façon inattendue.

« envoyé par la poste »

L'algorithme, attendu depuis sept mois, a été envoyé par la poste et s'est avéré incompréhensible. Dans un article paru sur Rue89, Stéphane Bortzmeyer, ingénieur réseaux, explique au journal que le code source est fourni sans « le schéma de base (sans lequel le code n'a aucun intérêt) » mais aussi sans explication des variables (qui n'ont pas de noms explicites) ou avec des commentaires inutiles.

Par ce geste, le ministère a rappelé implicitement son souhait de garder secret le fonctionnement de la plateforme. Le code source d'APB avez déjà fait parler de lui il y a quelques mois pour sa possibilité de laisser aux filières sélectives le choix des candidats selon leur âge, leur sexe, leur nationalité et leur pays d'origine. Ainsi, divulguer l'algorithme du triage des voeux pourrait braquer de nouveau les projecteurs sur cette plateforme obscure et hautement critiquée.

« Le code est clairement INCOMPLET »

Afin de comprendre le fonctionnement de l'algorithme, un dépôt Github a été ouvert pour pouvoir décrypter le code source. « De toute façon, inutile de (trop) s'enflammer, le code est clairement INCOMPLET » explique un utilisateur qui conclut, comme d'autres, que ce code n'est qu'une immense mascarade sans aucun intérêt. Malgré tout, certains développeurs essayent tant bien que mal de décrypter les variables sur cette page Pastebin avec un succès mitigé. Droits des lycéens ne compte pas en rester là et va analyser de fond en comble le code envoyé par l'État à l'aide d'informaticiens et de volontaires.

Vers une transparence des algorithmes du service public

Le partage des algorithmes utilisés par le service public n'a jamais été une obligation jusqu'au 8 octobre dernier. En effet, la loi « pour la République Numérique », portée par la secrétaire d'État au numérique Axelle Lemaire et promulguée début octobre, introduit le droit pour toute organisation ou individu de demander à un service public d'obtenir le code source de ses algorithmes. La version finale de l'article 2 stipule que, pour un algorithme utilisé par un service public, « les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en oeuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande ».

Seulement, la demande de l'association Droits des Lycéens est antérieure à l'adoption de cette loi. De plus, le ministère n'a pas d'obligation légale de fournir un code lisible. C'est ce qu'a fait remarqué Axelle Lemaire sur son compte twitter :

La #loinumerique n'était pas encore promulguée...! La transmission des codes sources est 1 progrès considérable. Même s'il reste des marges. — @axellelemaire
La nlle loi exige la lisibilité du code transmis. Oui il faut faire mieux. Mais combien de pays ouvrent leurs codes? #verreamoitieplein – @axellelemaire

Face à une augmentation exponentielle des données numériques, les services publics ont du mettre en place des outils capables de comprendre, trier, analyser et corréler les différentes données mises à leur disposition. La numérisation des tâches autrefois humaines a rendu opaque certaines procédures comme celle de l'orientation post-bac. En créant un cadre légal au traitement et au partage de l'open data, le vote de la loi pour la République Numérique est une étape de plus vers la transparence des procédures et des données publiques.

La politique du gouvernement concernant l'ouverture des données publiques est ambiguë : d'un côté le gouvernement prône la transparence des données et procédures utilisées par l'État et les collectivités territoriales mais d'un autre côté, il cherche à garder en secret certaines informations sensées être connues de tous. L'algorithme d'APB est révélateur de l'hypocrisie politique face à l'ouverture des données publiques : le ministère a peut-être joué le jeu en envoyant le code source, il n'en reste pas moins qu'il est finalement inutilisable.