Vero BOUDAUD
Jul 25, 2017 · 5 min read
Graph by Startup Genome — Global Ecosystem Report 2017

L’inauguration de la Station F, intitulé l’incubateur de start-ups le plus grand du monde, fut le centre de toute l’attention médiatique. En tant que Business Angel engagée dans la transformation digitale, j’applaudis cette réalisation capable dans sa masse critique de se comparer à la Silicone Valley.

En effectuant mon tour du monde des écosystèmes numériques (#wwdigitour) j’en approfondis les différents fonctionnements, les succès mais aussi les nombreux obstacles.

En France, j’ai eu la chance de travailler avec les acteurs de l’écosystème Montpelliérain pendant plusieurs mois. Mon rôle de mentor de 1Kubator à Nantes m’a aussi permis d’observer le dynamisme numérique de cette ville.

Ces écosystèmes en région se sont impliqués depuis de nombreuses années. Avec ses 643 entreprises créées depuis sa creation en 1987 le BIC (Business Innovation Centre) de Montpellier démontre son dynamisme. 77,9% des start-ups sont toujours en activité après 5 ans contre 51.5% au niveau national, un record de pérennité.

Pour gagner la transformation digitale, une économie a besoin d’écosystèmes maillés à travers le territoire. Le risque est sinon d’alimenter des écosystèmes numériques innovants très circonscrits au milieu de déserts d’exclusion numérique qui s’appauvriront et verront leur population éduquée migrer vers ces mégalopoles toujours plus attrayantes. La récente étude de “Start-up Genome” démontre ainsi que plus de 80% de la valeur générée par le secteur technologique sera concentrée dans quelques métropoles au monde. Actuellement 11 grands écosystèmes repartis dans 7 pays représentent 78% de la valeur totale * sur 55 écosystèmes répertoriés. Aux USA la Silicone Valley, Seattle, New York et Boston creusent un fossé avec le reste du pays.

Alimenter l’écosystème national

Dans ce contexte Station F va-t-elle reproduire une centralisation française historique et devenir un aspirateur à startups ne laissant dans les régions que des projets en démarrage qui rejoindront le grand paquebot dès le Minimum Viable Product ? Reviendront-elles dans leurs régions d’origines pour des raisons de coûts, ou de style de vie ? Les start-uppers vieillissent aussi et fondent des familles.

Les régions du fait de leur capacité d’innovation parviennent actuellement à attirer des investisseurs et VCs. Quand ces investisseurs pourront facilement faire leur grand shopping au super marche de la station F se déplaceront-ils toujours dans les incubateurs régionaux ? C’est actuellement le problème de Manchester. Manchester possède les ingrédients d’un écosystème performant. L’université abrite une recherche scientifique de pointe, dynamique attirant des étudiants anglophones du monde entier. Certains masters en business offrent même un curriculum de création de start-ups, la preuve étant dans le pudding. La vie sociale et culturelle, un autre élément essentiel d’un écosystème dynamique, bouillonne. Mais comme, Claire Lewis, Directrice de la Digitale Coop me l’expliquait lors de notre rencontre, les VCs basés dans la City de Londres, trouvent suffisamment de projets sur place, font rarement le trajet de quelques heures en train vers Manchester.

Les régions quant à elles devront innover et repenser la nouvelle génération de l’écosystème numérique.

Résoudre le problème de l’amorçage

Les acteurs d’un écosystème florissant pensent d’abord comment contribuer avant de calculer le profit qu’ils pourront retirer. La règle d’or étant que si tous opèrent de cette façon le système s’enrichira mécaniquement et tous les rouages en bénéficieront. L’important est pour chaque élément de se connecter avec le maximum de points dans l’écosystème et de participer à sa dynamique.

En concentrant cette dynamique positive Station F pourra résoudre un problème croissant qui est l’investissent d’amorçage pour les start-ups débutantes. Dans mon activité de mentoring de CEOs de start-ups je constate qu’il est de plus en plus difficile de trouver ces fonds de relais. Il s’agit de ce financement “bridge” nécessaire après la mise initiale souvent constituée par le love money. Le business plan devient réalité et le besoin d’une rallonge se fait souvent sentir pour sortir le premier prototype, ou produit viable, engager les premiers clients. Les VCs devant l’embarras du choix sont peu enclin à prendre ce genre de risque alors qu’ils peuvent investir dans des dossiers plus matures générant déjà du cash flow. Dans cette étape les business angels, les family offices et trusts sont actifs mais moins connus des start-ups. La France est frileuse dans ce domaine mais l’investissement public très actif. J’espère que la Station F multipliera ces mises en contact et augmentera significativement le pourcentage de survie des jeunes pousses.

Déveloper les CEO-Xelles

Je suis enthousiaste de voir sur le site de la Station F un programme spécifique dédié aux porteurs de projet risquant d’être exclus par leur milieu social et/ou leur adresse. Je me rappelle d’un trajet Clamart-Gare du Nord avec un jeune chauffeur UBER et récent bachelier d’un lycée du 93, fasciné par une aventure start-up mais pensant que d’où il venait “ce n’était pas pour lui”. Pour une fois j’ai béni les embouteillages parisiens qui m’ont donné l’occasion de le convaincre du contraire. Arrivée à la Gare du Nord il m’a serré la main me promettant de ne plus jamais dire que “ce n’était pas pour lui”. Si je me retrouve dans une situation similaire je pourrai ajouter le programme de Station F à mes arguments.

Comme je l’ai écrit dans un précédent article, je défends également une autre urgence : augmenter le nombre de femmes dirigeantes de start-ups. Avec les 13% de femmes dirigeantes le constat est attristant. Je pensais naïvement que l’écosystème numérique ne reproduirait pas le dysfonctionnement de l’environnement “corporate”. Il n’en est rien. Les femmes porteuses de projets sont moins financées que les hommes. Durant leur pitches elles reçoivent principalement des questions sur leur risque d’échec contrairement aux hommes répondant à des questions sur leur succès potentiel. J’espère que la Station F représentera les femmes et que des programmes spécifiques les aideront à surmonter les barrières mises au travers de leur route d’entrepreneuses.

De beaux challenges pour un concentré d’énergie, un incubateur et des start-ups qui veulent certainement rendre le monde meilleur, partager la prospérité numérique avec le plus grand nombre.

* Combined exit value + valuation of all start-ups — définition par Startup Genome

Vero BOUDAUD

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Fusion leader part of the digitization revolution. Always bringing diversity in the mix

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