Le consensus distribué pour renouveler la confiance dans une finance plus éthique

En cette fin d’année, nous souhaitons vous partager une nouvelle conviction qui nous anime et qui va structurer notre action : la finance est à l’aube d’une transformation radicale basée sur une nouvelle confiance, une forme de consensus à la demande. Ceci n’est motivé ni par de bonnes intentions des institutions bancaires ni par de nobles souhaits des acteurs politiques ou réglementaires.

C’est en fait grâce à une initiative socio-informatique, une rencontre entre nouvelles technologies cryptographiques et mathématiques avancées d’une part, et d’un terreau sociologique opportun, résultant de la crise de confiance envers les institutions financières post 2008, d’autre part que le monde va connaître une petite révolution…dans la finance mais dans presque tous les autres domaines, les citoyens étant à la recherche de nouvelles formes de gouvernance.

En réalité, c’est une nouvelle forme de création et de partage de l’information intégrée à la valeur à laquelle nous assistons grâce à la Blockchain, souvent décrite en technologie de registre distribué (DLT). Et la révolution est autant dans la technologie que dans les usages…à venir.

De quoi s’agit-il réellement et comment en apprécier les impacts concrètement ? C’est à ces deux questions que nous avons apportés des réponses lors d’un webinaire avec Isla-Finance (les slides sont ci-dessous) qui faisait suite à un premier séminaire organisé en début 2015 par l’association FX. De plus, nous sommes dorénavant lancés dans un partenariat stratégique de recherche avec l’université du Luxembourg aux côtés de notre partenaire Eethiq Advisors (voir le communiqué ICI).

Un grand livre comptable dématérialisé en mode P2P

Pour bien comprendre de quoi nous parlons, car tout cela reste assez difficilement palpable pour les non-initiés, le mathématicien Jean-Paul Delahaye le synthétise de la façon suivante : imaginez « un très grand cahier, que tout le monde peut lire librement, gratuitement, sur lequel tout le monde peut écrire, qui est impossible à effacer et indestructible ». On pense tout de suite à un grand livre comptable, avec des données numériques, mais sans enregistrements manuels, les échanges se font automatiquement entre les participants d’un grand réseau en pair-à-pair sur internet.

D’autres la décrivent comme une technologie de stockage et de transmission d’informations, avec des mécanismes de validation de transactions associés à des échanges de valeur (monétaire ou autres). A la différence de l’Internet avec le TCP/IP, le protocole de transport de données numériques, la Blockchain représente l’Internet de la valeur, avec un protocole plus avancé reposant sur un consensus distribué pour valider et enregistrer les transactions.

C’est au final, une grosse base de données, mais ce qui change la donne avec la Blockchain, c’est qu’elle est à la fois transparente (chacun peut consulter l’ensemble des échanges, présents et passés), décentralisée (sans organe de contrôle ni tiers de confiance, elle est fondée sur des échanges de pair-à-pair), infalsifiable et sécurisée (contrairement aux bases de données plus classiques, elle est distribuée, c’est-à-dire que différents exemplaires existent simultanément sur différents ordinateurs baptisé nœuds du réseau, de quoi éviter qu’elle soit piratée).

Un fonctionnement fondé sur le contrôle par la majorité

Pourquoi Blockchain ou “chaîne de blocs” ? La transparence de cette technologie repose sur le fait que chaque échange effectué entre ses utilisateurs depuis la création même de la base de données Blockchain en question y sont inscrits. Ces échanges successifs y sont enregistrés sous forme de “blocs de transactions” qui, mis bout à bout, forme donc une “chaîne”. D’où la notion de chaîne de blocs. Un bloc contient les dernières transactions du réseau, chaque bloc est lié au bloc précédent. Ils ne peuvent être mis à jour que par consensus entre une majorité de participants au système. La cryptographie et le minage rendent ce procédé quasi infalsifiable, nous précisent les experts.

Pour faire une simple comparaison, la confiance dans le solde de notre compte bancaire est assurée par le fait que notre banque met à disposition un relevé de compte avec toutes les transactions. Théoriquement, on peut le recalculer à partir du solde d’origine du compte. Ainsi, on peut généraliser ce système en partageant un méga-livre de comptes, crypté pour que chacun accède uniquement à l’information dont il a besoin. De quoi mettre tout le monde en confiance, sans avoir besoin d’un organe central (un pouvoir politique) ou un intermédiaire (une banque) pour échanger.

L’éthique ou la transparence inhérente et certifiée

La décentralisation de cette technologie remet en cause le rôle habituel des tiers de confiance. La Blockchain résout le problème de transparence, puisque l’ensemble des transactions sont publiques. Plus précisément, c’est à l’asymétrie de l’information à laquelle s’attaque ce procédé qui génère de la confiance et qui a vocation à réduire l’incertitude dans les échanges. Un problème vieux comme le monde, lié aux informations privilégiées que détiennent une partie sur une autre, un vendeur sur un acheteur, un assuré sur un assureur, un emprunteur sur un prêteur…

Dans les faits, la Blockchain, nous dit-on, est une nouvelle forme d’espace public, différente du web. Si le web est un système de publication décentralisé, la blockchain est un système de consensus distribué. Du web à la blockchain, on passe d’une infrastructure de publication à une infrastructure de certification. Et les processus invoquant une dimension éthique ont tout à gagner de ce nouveau protocole, à l’abri des manipulations car le code est protégé, sans aliénation possible.

La Blockchain peut ainsi jouer un rôle similaire à un protocole de transfert et remplacer le Web, surtout quand ces transferts doivent donner lieu à des transactions certifiantes et sécurisés, ce que ne sait pas faire le web sans faire intervenir des organisations certifiantes centralisées. Ainsi, la Blockchain apporte une infrastructure de confiance algorithmique distribuée. Pour revenir à notre point introductif : consensus-as-a-service (consensus à la demande).

Des nouveaux cas d’usage à inventer pour une finance plus éthique

Les champs d’exploitation sont larges : banques, assurance, immobilier, santé, énergie, transports… De façon générale, des blockchains pourraient remplacer la plupart des tiers de confiance centralisés (métiers financiers, notaires, cadastre,…) par des systèmes informatiques distribués.

Dans le cadre d’une finance plus transparente et éthique, on peut envisager l’utilisation de la Blockchain en différentes catégories :

  • Les applications pour le transfert d’actifs (utilisation monétaire, mais pas uniquement : titres, votes, actions, obligations…) selon des boucles d’instruction de code informatique (si telle condition est réalisée, alors telle action se réalise).
  • Les applications en tant que registre : elle assure ainsi une meilleure traçabilité des produits et des actifs. L’initiative de place sur les mini bons dans le cadre de la finance participative est intéressante, l’ordonnance de 2016 sur le crowdfunding en France nous rappelle H. de Vauplane prévoit que l’« émission et la cession des minibons peuvent être également inscrites dans un dispositif d’enregistrement électronique partagé ».
  • Les applications sous forme de smart contracts : il s’agit de programmes autonomes qui exécutent automatiquement les conditions et termes d’un contrat, sans nécessiter d’intervention humaine une fois démarrés. En perspective, un nouveau contrat d’investissement en partage de profit (PSIA) ?