Les scanners, ces gens qui refusent de choisir

Si vous vous reconnaissez dans cette courte description, et bien félicitations, vous êtes très certainement ce qu’on appelle un scanner! Quoi comment ça, vous pensiez que ce n’était qu’un vulgaire gros défaut, un sérieux problème qu’il vous fallait combattre ? Et bien oui et non. Oui vous devez régler cette problématique qui vous pourrit certainement la vie, mais pas forcément comme vous l’imaginiez. Plutôt que de combattre cette facette de votre personnalité, et si vous acceptiez plutôt de l’envisager comme une particularité personnelle intéressante à développer ?

Qu’est ce qu’un scanner ?

On appelle scanner (également nommé par certains renaissance soul, multipotentiel ou polymathe, voire slasher) une personne curieuse de tout, qui aime entreprendre plusieurs projets ou carrières complètement différentes, souvent en même temps et de manière intense.

On pourrait opposer le polyvalent scanner au spécialiste qui lui, développe une profonde expertise dans un seul domaine. La croyance veut que quelqu’un qui ne se spécialise pas est un généraliste ou plus péjorativement un « moyen dans tout ». C’est plus ou moins vrai, car en réalité certains types de scanners parviennent à exceller dans plusieurs domaines et pourraient ainsi être appelés des multi-spécialistes.

Le terme scanner a été employé pour la première fois en 1994 par Barbara Sher, écrivain et consultante, dans un chapitre de son livre I Could Do Anything If I Only Knew What It Was (Vous êtes doué et vous ne le savez pas dans la version française). Étant elle-même scanner, elle s’est aperçu qu’il y avait une véritable demande de compréhension de ce phénomène-ci et a donc décidé d’y consacrer un livre entier, Refuse to choose! sorti en 2006. Ce livre est une véritable bible sur les scanners et reste aujourd’hui le plus complet sur le sujet.

Refuse to Choose de Barbara Sher, la bible du scanner.

Pourquoi un scanner ne peut-il pas choisir ?

Il apparaîtrait que le cerveau des scanners auraient des neurones qui seraient beaucoup plus connectés entre eux, les rendant de base conçus pour en faire plus, pour apprendre plus rapidement et aussi se lasser beaucoup plus vite des choses. Comme le dit Barbara Sher:

It’s like telling a parent to choose one child to feed. It’s just not possible. A parent knows she has to feed all her children. And a Scanner must find a way to follow every path that interests her.

C’est comme si on demandait à un parent de nourrir un seul de leurs enfants. C’est juste impossible. Un parent doit nourrir tous ses enfants. Et un scanner doit trouver un moyen de suivre toutes les voies qui l’intéressent.

Les scanners ne peuvent pas choisir, et d’ailleurs ils ne veulent pas, car pour eux c’est littéralement un crèvement de coeur. Et d’ailleurs pourquoi ils devraient choisir? S’ils ont les possibilités de faire plein de choses, alors autant qu’ils en profitent!

Le scanner devrait être heureux mais il ne l’est pas

Le scanner est curieux de (presque) tout, il aime (presque) tout, il apprend vite bref il devrait avoir tous les pre-réquis pour profiter à fond de la vie. La vérité est que la plupart des scanners le vivent mal. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas conscience qu’ils devraient tout simplement arrêter de vouloir se forcer à choisir:

If Scanners didn’t think they should limit themselves to one field,
90 percent of their problems would cease to exist !

Si les scanners arrêtaient de penser qu’ils devraient se limiter à un seul centre d’intérêt, 90% de leurs problèmes disparaîtraient!

— Barbara Sher, Refuse to Choose

En même temps le monde d’aujourd’hui ne les aide pas non plus. Depuis plusieurs dizaines d’années, la course à la productivité et la concurrence accrue a fait qu’on a longtemps privilégié et idéalisé l’expertise au détriment de la polyvalence. Fort heureusement, les choses sont en train de changer: le monde devenant de plus en plus changeant, surtout grâce aux nouvelles technologies et à Internet, il devient nécessaire pour réussir de savoir s’adapter rapidement dans de nouveaux milieux. C’est ce que font déjà les scanners, c’est leur comportement naturel.

Aussi, cette hyper-spécialisation n’a pas toujours été la norme. L’art de « scanner » — même si le mot n’existait pas encore — était très courant et très bien vu dans d’autres époques. Car ce n’est pas pour rien qu’on les appelle aussi les Renaissance soul. Effectivement, pendant la période de la Renaissance (XVIème et XVIIème siècle), cumuler des activités diverses comme l’art, la philosophie, les sciences était courant et plutôt bien vu. Léonard De Vinci fut un des scanners les plus représentatifs de cette époque. Principalement reconnu pour ses peintures, il était aussi entre autres scientifique, ingénieur, sculpteur, anatomiste, philosophe et botaniste. En témoignent les dizaines de carnets de croquis qu’ils a laissé derrière lui et qui sont une mine d’informations sur tous ces sujets. Il faut aussi savoir qu’en comparaison de toutes les oeuvres qu’il a commencé, Léonard de Vinci n’en a terminé que très peu! La plus célèbre d’entre elles étant évidemment la Joconde.

Un des nombreux carnets de Léonard de Vinci

Comme il est impossible de faire un retour en arrière dans le passé, s’ils veulent être épanouis dans le monde d’aujourd’hui, les scanners doivent apprendre par eux-mêmes à gérer leur manière de fonctionner. Certes aujourd’hui, on voit de plus en plus d’articles qui traitent en surface de ce phénomène, mais il y a encore très peu de ressources concernant l »organisation réussie d’une vie de scanner. Malgré quelques principes et méthodes d’organisation généralistes qu’on peut trouver dans des blogs ou livres qui pourront vaguement aider (l’une des plus connues étant la méthode GTD), quand on est scanner on doit avant tout créer son propre système personnalisé, car celui-ci doit osciller intelligemment entre contraintes et liberté.

Le scanner doit s’outiller

Dans son livre Refuse to Choose, Barbara Sher propose une multitude d’outils pour réussir à gérer son scanner-isme, et enfin arrêter de se considérer comme une girouette. J’aimerais vous faire part de celui qui est à mon sens le plus utile.

Le carnet du scanner (Scanner’s Daybook)

En effet, un des principaux problèmes qu’on a en tant que scanner, c’est de ne pas savoir quoi faire de tous ces milliers d’idées qui surgissent sans cesse de notre esprit. On aimerait tellement suivre chaque piste mais on s’en empêche souvent car aussitôt pointe l’auto-culpabilisation de ne pas aller au bout de chacune d’entre elles. Puis quand peu d’idées se matérialisent, on a aussi du mal à se rendre compte de cette potentielle richesse intellectuelle.

Pour pallier à ce problème, vous allez devoir vous équiper d’un carnet spécial scanner, que Barbara Sher appelle le Scanner’s Daybook. Il va vous permettre de développer toutes les idées qui vous passent par la tête, sous la forme de croquis, de textes, de collages, etc. Ainsi, plus de crainte de l’échec, plus de culpabilité à suivre toutes vos idées folles car cela reste sur papier! Mais rien n’empêche bien sûr de transformer par la suite certaines de ces idées en vrais projets…

Avec votre Scanner’s Daybook vous allez comme Léonard de Vinci et ses fameux carnets avoir une vraie trace de votre inventivité, de votre créativité, de vos intérêts. Et qui sait, peut-être que vous y trouverez de belles pépites qui vous auraient certainement échappé sans un tel outil.

Mon carnet de scanner!

Pour votre Daybook, choisissez plutôt un carnet ou cahier à pages blanches de format A4 et contenant un bon nombre de pages — n’oublions pas que vous êtes une sacré machine à idées, il vous faut donc le matériel en conséquence. Barbara Sher conseille de choisir un beau carnet qui vous « intimidera » presque, pour donner plus de valeur à ce que vous inscrirez dedans. Pour ma part, je préfère plutôt prendre un carnet à la qualité beaucoup plus modeste (le ZapBook de Clairefontaine A4 à spirales avec un nombre indécent de pages, recyclées) ce qui ne me fait pas culpabiliser même si j’use dix pages d’un coup. Choisissez l’une ou l’autre option selon que vous avez plutôt tendance à négliger soit la qualité soit la quantité de vos idées.

Pour vous familiariser avec votre carnet, n’hésitez pas pendant les premières semaines à choisir chaque jour une de vos idées pour développer une réflexion autour. Noter la date et l’heure et marquez la raison de la fin de votre réflexion — un rendez-vous, un manque d’inspiration, l’ennui — , cela pourrait vous apporter des informations utiles sur votre comportement de scanner.

Pour ma part, je développe souvent mes idées sous formes de cartes mentales (ou mind-mapping), ce qui me laisse une certaine liberté et créativité dans mon raisonnement. Cela permet d’avoir un aperçu très visuel de ses idées, c’est quand même beaucoup plus fun que des pavés de textes qu’on ne relira pratiquement jamais.

Mind-mapping simple autour du thème du livre Refuse to Choose

Lors de ma première utilisation du Scanner’s Daybook, je me suis autorisée à partir dans une réflexion que je n’aurais jamais eu sans: un thème géologique, le lien existant entre les mouvements des plaques terrestres et la répartition de l’eau sur Terre. Au cours d’un documentaire très intéressant sur la vie de Léonard de Vinci, j’y ai appris qu’il était fasciné par le mouvement de l’eau. Le sujet m’a intrigué et voilà où ça m’a m’a mené! Pourtant je ne suis pas vraiment scientifique dans l’âme, j’ai fait un bac littéraire alors… La dernière fois que j’ai étudié un sujet comme ça c’était en primaire et je trouvais ça plus que barbant… Mais là, j’ai adoré cet exercice, on ne s’oblige pas au début à trouver une utilité à sa réflexion, on a plutôt l’impression d’être dans la peau d’un explorateur et on acquiert rapidement de nouvelles connaissances — la nourriture de base du scanner quoi. Le problème c’est qu’une fois qu’on commence à partir dans une idée, il est difficile de s’arrêter!

Les différents types de scanners

Sans aller trop loin dans les détails du livre Refuse to Choose — c’est vraiment une mine d’or, dommage qu’il ne soit pas encore traduit en français — , Barbara Sher distingue plusieurs types de scanners, chacun ayant ses spécificités et forcément ses outils adaptés. Il faut savoir qu’on peut très bien se reconnaître dans plusieurs de ces types — puisque chaque personne est unique!

Les scanners cycliques

Les scanners cycliques ont une liste d’intérêts qui n’est pas infinie. Ils cumulent généralement de 2 à 20–30 sujets ou projets, qui reviennent généralement pointer le bout de leur nez plusieurs fois au cours de leur vie.

Parmi les scanners cycliques on peut aussi distinguer plusieurs variantes:

Les scanners séquentiels

Pour les scanners dits « séquentiels » il est pratiquement impossible de dresser la liste des choses qu’ils aiment! Ils ne sont pas du genre à retourner dans leurs anciens « amours ». Quand ça ne les intéresse plus, ça ne les intéresse plus!

Comme pour les cycliques, il y a plusieurs variantes de scanners séquentiels:

Vous vous êtes retrouvés dans certaines de ces descriptions? Si vous vous reconnaissez à la fois dans certains types de scanners séquentiels et aussi dans d’autres plutôt cycliques c’est tout a fait possible. Par exemple je me sens très proche de la description du sybil et du plate spinner mais aussi dans celle du serial master.

Pour aller plus loin

J’espère que cet article vous motivera enfin à assumer cette grande créativité qui ne demande qu’à être exprimée, à votre manière et non celle des autres!

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Designer & dev bibliovore, musicomaniaque et optimiste infatigable

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Adeline Boizieau

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