Apprentissage par l’expérience : comment l’outdoor m’a aidé à entreprendre ma vie.

Si j’ai sauté le pas de l’entreprenariat il y a quelques mois, privilégié l’inconfort et l’aventure, prête à composer avec l’incertitude, c’est sans nul doute grâce à ce que m’ont appris des années de pratique de sport outdoor, et principalement de la randonnée (à pied, comme à vélo). Parce qu’au delà des valeurs intrinsèques du sport, la rando est source d’une kyrielle d’apprentissages, de savoir-faire et être qu’on ne souligne que trop rarement. Un apprentissage par l’expérience que j’entends aujourd’hui partager via 2 Jours Pour Vivre, en poussant les citadins à s’y frotter le week-end. Hommage.

De l’injonction parentale au mode de vie.

Le sport et l’outdoor, que je distinguerais ici assez nettement, sont sans conteste deux éléments structurants de ma jeunesse. Avec à l’origine, une injonction parentale de toujours pratiquer un sport en club et de partir 3 fois par an en colonie jusqu’à mes 18 ans (merci à eux). Alors que le sport me permettait de dépenser mon trop plein d’énergie et d’entrainer mon mental à ne jamais lâcher, les colonies me donnaient goût à la montagne, aux feux de camp, aux nuits à la belle étoile, à l’Aventure.

Deux piliers qui continuent d’occuper une place importante dans ma vie :
- le sport au quotidien (principalement running et cyclisme). 
- la rando, à pied et à vélo, pour les week-ends.
- le trekking et le voyage à vélo pour les vacances.

(gauche) 1ère nuit sous tente en colo, juillet 1995 // (droite) GR56, le Mercantour au pas de course, juillet 2017.

Des pratiques sportives relativement proches que j’ai pourtant du mal à mettre sur le même plan, tant en termes d’expérience vécue que d’apprentissages tirés.

Le sport, un moyen plutôt qu’une fin en soi.

En rando, l’activité physique est essentielle mais ne se suffit pas à elle-même. Elle vient servir une expérience plus globale, immersive et multidimensionnelle. On parle alors plus communément d’aventure, un terme un peu galvaudé dont la définition du Larousse nous permet cependant de dresser 3 composantes majeures :
- les difficultés. Au pluriel. (l’isolement, la soif, le froid, le rationnement alimentaire viennent s’additionner à la difficulté physique).
- l’extra-ordinaire, ce que l’on ne rencontre jamais dans notre quotidien.
- des éléments qu’on ne peut maitriser (météo, nature) et une grande part d’incertitude.

La rando, une pratique dont on n’est pas assez fier.

Si le running et le cyclisme se trouvent en tête de liste du “cool” dans notre société, au coeur de discussions émaillées de records personnels, de temps, de kilomètres avalés partagés sur Strava, la rando, elle, fait tête basse. Il est beaucoup plus rare d’entendre quelqu’un se vanter d’avoir fait un GR (hors GR 20 qui jouit d’un privilège certain du fait d’être “le plus dur d’Europe”). La rando pâtit certainement de son absence de compétition et de celle, toute relative, de performance. 
Erreur, tristesse et désespoir.

S’il est une chose qui m’a rendue plus forte et confiante, bien plus que n’importe quelle compétition ou pratique en club, c’est la rando et la vie d’aventures qui va avec.

Qu’on se le tienne pour dit : oui, la rando c’est du sport.

Un sport d’endurance exempt de compétition, mais un vrai sport tout de même. Tout est dans le dosage de l’intensité. Tout comme on part faire un footing de 8km le dimanche matin, il est possible de faire une rando tranquille de quelques heures. Ajoutez-y encore quelques heures supplémentaires pendant plusieurs jours, un sac-à-dos de 15 kilos, 2000m de dénivelé positif et on obtient une belle rando de sportif. Voire de “warrior”. (Les vrais savent.)

Tout subclaquant que l’on soit à l’arrivée, il faudra encore s’activer sur le camp pour monter sa tente ou faire un feu. Demain il faudra réitérer. Et encore le jour suivant. A chacun son rythme, son choix de parcours, sa performance, mais il y a indéniablement de quoi se dépasser physiquement et mentalement en rando.

Traversée Amérique du Nord à vélo, juillet 2014.

85 km à vélo par jour, c’est peu de chose. Surtout pour un triathlète. Et pourtant.

“ J’en ai jamais autant bavé à vélo de toute ma vie ” — 
Thomas Marin, 16 ans de triathlon (IM d’Hawaï 2016).

On retrouve d’ailleurs dans la rando toutes les valeurs du sport : goût de l’effort, dépassement de soi, persévérance. Et on en tire bien sûr une grande satisfaction personnelle. Celle d’être capable de traverser les montagnes, physiquement, mais surtout en étant parfaitement autonome, capable de tout gérer de A à Z, seul ou à plusieurs, affronter les éléments, l’inconfort, les blessures et les galères qui sont légion.

Du sport, et beaucoup plus encore.

Comme je le mentionnais en introduction, je m’aperçois aujourd’hui en prenant du recul que la rando et la vie au grand air offrent une large palette de savoir-faire et être que l’on acquière sur le terrain, par le seul biais de l’expérience, parmi lesquels :

  • La capacité à prendre des décisions : choisir, rapidement, en prenant en compte les informations disponibles, le plus souvent en suivant son instinct. On ne peut décemment pas rester au milieu du chemin.
    - “ L’orage se lève, on est à 2h du sommet, on continue ou on redescend ? ”
    - “ Absence de balisage, on prend le chemin de gauche ou de droite ? ”
  • La rusticité, la débrouillardise et la créativité : faire beaucoup avec peu de choses, trouver des solutions à tout.
    - “ Je viens de casser mon lacet (l’arc de la tente, ça marche aussi) et il reste 2 jours avant le prochain village, je fais comment ? ”
    - “ On est coincé sous la tente à cause de l’orage, on invente un jeu ? ”
  • L’acceptation de l’incertitude : se faire à l’idée de ne pas savoir à l’avance, d’être surpris, de devoir changer ses plans et s’adapter.
    - “ On part sans savoir où l’on dort ce soir. Et si on ne trouve pas ?”
    - “ Il n’y a qu’un seul point d’eau indiqué sur le tracé de demain et on ne sait pas s’il est à sec, est-ce qu’on fait quand même cuire nos pâtes ce soir ? ”
  • L’autonomie totale : ne pouvoir compter que sur soi-même. Découvrir que l’on est capable de beaucoup, même seul. 
    Capable de tout organiser, de tout gérer, de tout porter, d’avancer. Seul.
  • La mise en danger : prendre des risques et s’en sentir d’autant plus vivant. Eprouver la peur et apprendre à la dominer.

Si j’en arrive ici à exposer les bienfaits de la rando, c’est que j’ai moi-même mis du temps à comprendre sa valeur. Et c’est réellement en devenant entrepreneur, seule embarquée dans une nouvelle et grande aventure, que je réalise qu’il n’y a pas vraiment de hasard. Que j’y retrouve les mêmes aspects, ceux que j’aime et recherche dans la vie. Evidemment les apprentissages de la rando ne servent pas uniquement l’entreprenariat, ils servent à tout. Mais surtout à vivre.

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