đŸ‡©đŸ‡żïžStartups en AlgĂ©rie : adopter la bonne attitude

Dans mon dernier article (đŸ‡©đŸ‡żïž Startups en AlgĂ©rie : en finir avec les confusions), j’évoquais la dĂ©finition (un peu puriste peut ĂȘtre) de la startup. L’article a suscitĂ© beaucoup de rĂ©actions, entre ceux qui partagent mon avis (sur la nĂ©cessitĂ© d’ĂȘtre prĂ©cis sur le terme startup), et d’autres qui jugeaient qu’il n’était pas forcĂ©ment nĂ©cessaire de cadrer le terme, mais qu’il Ă©tait prĂ©fĂ©rable de parler d’écosystĂšme rĂ©ussi, favorable Ă  l’éclosion de startups, quelle que soit leur dĂ©finition.

Eh bien justement, parlons d’écosystĂšme. Avez-vous dĂ©jĂ  essayĂ© d’évoquer la notion d’écosystĂšme en AlgĂ©rie? Lorsque je le fais, les retours que j’ai sont plutĂŽt nĂ©gatifs : il n’y a pas d’écosystĂšme, ce n’est pas structurĂ©, il est mĂ©diocre, ne permet pas d’avancer, est bourrĂ© d’obstacles
 Mais continuer Ă  lire, je n’ai pas l’intention de vous casser le moral. Le fait est que beaucoup de personnes associent les difficultĂ©s des startups Ă  leur environnement, ce qui n’est pas complĂštement faux.

Mais ce n’est pas complùtement vrai non plus!

Les sceptiques (vous en avez certainement croisĂ©), vous diront : “mais quelles startups dans un pays oĂč il n’y a pas de paiement Ă©lectronique”, ou “comment rĂ©ussir sans le soutien des institutions pour faciliter l’environnement des affaires”, ou encore “quel Ă©cosystĂšme? je n’en vois aucun!”. Bon d’accord, je ne vais pas dire que l’AlgĂ©rie est aussi “startup-friendly” que les USA, ou plus prĂšs de nous, que la Tunisie. (classĂ©e 42Ăšme sur le Global Entrepreneurship Index 2017, contre 73Ăšme pour l’AlgĂ©rie). Mais tous nos problĂšmes d’entrepreneurs ne rĂ©sultent pas d’un environnement hostile Ă  toute tentative de succĂšs.

Si nos startups sont rares (inexistantes, diront nos amis sceptiques), ce n’est pas UNIQUEMENT parce que l’écosystĂšme est immature. Si les startups Ă©chouent, c’est qu’il y a Ă©galement des raisons internes Ă  ces mĂȘmes startups, qui les mĂšnent à l’échec.

Mais comme ce dernier terme est quasiment tabou chez nous, et que nous avons pris l’habitude de considĂ©rer le monde des startups et de l’entrepreneuriat comme un monde de bisounours dans lequel tout le monde fait des trucs gĂ©niaux et rĂ©ussi sur tout point de vue, eh bien nous oublions de parler de nos Ă©checs, et prĂ©fĂ©rons les dĂ©placer sur le dos d’évĂ©nements extĂ©rieurs et indĂ©pendants de notre bon vouloir.

Et si nous commencions d’abord par nous corriger? Les meilleurs entrepreneurs que j’ai rencontrĂ© en AlgĂ©rie ou ailleurs, sont ceux qui savent se remettre en question.

Je vais donc jouer le jeu de la rĂ©trospection et mettre le doigt sur quelques comportements qui Ă  mon sens, nuisent au professionnalisme, et Ă  la crĂ©dibilitĂ© de nos entrepreneurs algĂ©riens, et qui entravent le dĂ©veloppement d’un Ă©cosystĂšme performant, et agrĂ©able pour tous les entrepreneurs.

Oublier de se prendre au sérieux

Beaucoup d’entrepreneurs que je croise traitent leurs projets comme des side-projects, qu’ils essaient de dĂ©velopper tant bien que mal en marge d’une activitĂ© rĂ©guliĂšre, d’un “day job”, ou d’études supĂ©rieures. Un projet qu’on rĂ©alise vite fait avec une bande de potes, pendant quelques mois ou quelques annĂ©es, et puis qu’on laisse au placard.

Et puis on a aussi les “serial-entrepreneurs” comme ils aiment se faire appeler sur les rĂ©seaux sociaux, qui cumulent 3 ou 4 projets, tous au stade de l’oeuf (ou de 0, comme vous prĂ©fĂ©rez), et qui peinent Ă  dĂ©marrer.

Vous voyez oĂč je veux en venir?

Comment voulez-vous qu’on vous prenne au sĂ©rieux, qu’on Ă©coute votre projet, qu’on vous apporte un soutien, si vous-mĂȘme n’y accordez qu’une attention dissipĂ©e, et une concentration Ă©phĂ©mĂšre?

☝ Je ne dis pas qu’il faut tout plaquer du jour au lendemain pour vous consacrer Ă  plein temps Ă  ce projet qui vient de germer dans votre tĂȘte, mais si vous y croyez vraiment, si vous avez une vision, un plan, une stratĂ©gie Ă  long terme, pourquoi trainer?

Si vous consacrer Ă  100% Ă  votre projet n’est pas envisageable de suite (ce qui peut se comprendre Ă©videmment), au moins, consacrez y 100% de votre temps libre, jusqu’à ce qu’il tienne suffisamment la route pour que vous vous en occupiez en full time.

Il faut savoir que le monde des startups est un monde de business comme les autres, qui ne laisse pas de place aux amateurs et autres entrepreneurs du weekend. Il s’agit de se battre pour son projet, d’aller dĂ©crocher les rdv, les rencontres, les clients. Si vous ne le faites pas (ou n’y pensez pas) Ă  plein temps, c’est que vous mĂȘme n’y croyez pas, et que votre projet ne vaut pas le coup (dĂ©solĂ© de vous l’annoncer).

L’idĂ©e ≠ La startup

Beaucoup confondent entre l’idĂ©e et le projet concret. Ce qui distingue le projet de l’idĂ©e, c’est l’exĂ©cution, et l’exĂ©cution seule. Nous sommes dans un marchĂ© quasi vierge, dans lequel on peut trouver 50 solutions inexistantes en AlgĂ©rie en 10 minutes. Seules quelques unes de ces idĂ©es sont viables, et seuls quelques rares entrepreneurs sont capables de les exĂ©cuter efficacement dans le contexte actuel.

Il est donc trĂšs facile de trouver une idĂ©e, mais beaucoup plus difficile de crĂ©er de la valeur Ă  partir de cette mĂȘme idĂ©e. Et pour crĂ©er de la valeur, il faut d’abord investir en Ă©nergie, en volontĂ©, avant d’espĂ©rer un quelconque soutien provenant de l’extĂ©rieur, de l’écosystĂšme. L’effort personnel prime sur l’effort collectif dans ce cas.

Ce n’est pas une bataille d’idĂ©e, mais une guerre d’exĂ©cution et de business model

Idem, lorsqu’on trouve la bonne idĂ©e, et qu’on est prĂȘt Ă  s’y consacrer, il faut aussi se prĂ©parer Ă  une Ă©vidence : quelqu’un d’autre y a dĂ©jĂ  pensĂ©, ou travaille dĂ©jĂ  dessus.

Et non, ce n’est ni du vol, ni du plagiat (Ă  moins que ce soit une technologie brevetĂ©e), c’est justement les rĂšgles du jeu. Le gagnant n’est pas celui qui trouve l’idĂ©e en premier, le gagnant, c’est celui qui saura l’exĂ©cuter et d’en faire un succĂšs. Être le premier ne vous met pas Ă  l’abri d’un concurrent plus malin, plus souple, ou simplement plus prĂ©voyant.

Car un marché vide laisse des opportunités à tous, sans exception. Ne vous lamentez pas lorsque vous voyez se développer 15 clones de votre idée pile la semaine suivant votre lancement, concentrez-vous plutÎt à rendre votre projet meilleur, plus performant, et pourquoi pas, difficilement reproductible par la concurrence.

Un projet bien prĂ©parĂ© est un projet qui s’attend Ă  de la concurrence. Si vous n’en avez pas, il est temps de se poser des questions.

Et si vos concurrents, en vous copiant, réussissent à faire mieux, posez-vous aussi les bonnes questions. Votre modÚle économique était-il vraiment bien ficelé?

Souvent, les entrepreneurs avec de nouvelles idĂ©es vont Ă  la rencontre du marchĂ© en s’attendant Ă  un engouement sans prĂ©cĂ©dent, juste parce que leurs idĂ©es sont nouvelles. Et sont déçus lorsqu’il font face Ă  un accueil mitigĂ©, dĂ©couragĂ©s lorsque la concurrence pointe le bout de son nez, lĂąchent l’affaire lorsque les obstacles se multiplient.

Si l’écosystĂšme peut en effet faciliter l’intĂ©gration de nouvelles idĂ©es sur le marchĂ©, il n’affranchit pas d’une bonne prĂ©paration. Concurrents, critiques, difficultĂ©s, se trouvent dans tous les Ă©cosystĂšmes du monde, mĂȘme les plus friendly. Une bonne prĂ©paration et un mental Ă  tout Ă©preuve sont les meilleurs alliĂ©s, avant tout alliĂ© externe.

La faute à pas de chance — Hgrouna sadiki

Pour finir, j’aimerai qu’on arrive Ă  se rĂ©concilier avec l’échec. Nous ne savons pas tirer profit de nos Ă©checs, prendre du recul, et recommencer de plus belle la prochaine fois.

Je dis ça parce que beaucoup d’entrepreneurs justifient leurs Ă©checs par des forces insurmontables (voire surnaturelles telles que l3in), et toujours externes, pour mieux faire passer la pilule de l’échec. Si nos projets Ă©chouent, c’est qu’il y a forcĂ©ment au moins une raison intrinsĂšque Ă  cela. Pas assez d’attention, pas assez de concentration, une mauvaise prĂ©paration, une mauvaise stratĂ©gie. Regardez en arriĂšre et trouver les failles vous permettra de les Ă©viter la prochaine fois. Ce n’est que comme ça que nous atteindrons la maturitĂ© et le professionnalisme digne de vrais entrepreneurs.

Et en vrais entrepreneurs, nous devons sortir de l’assistanat. Attendre toujours une aide de l’écosystĂšme, du gouvernement ou de je ne sais quelle autre source ne nous fera pas avancer.

Se croiser les bras, abandonner en Ă©voquant que l’écosystĂšme n’aide pas, n’est pas une raison suffisante Ă  mes yeux. Notre Ă©cosystĂšme est en effet naissant, immature, souvent dĂ©faillant. Mais comment faire pour l’amĂ©liorer. Par dĂ©finition un Ă©cosystĂšme est un ensemble de parties interagissant dans un mĂȘme milieu. Si nous arrivons Ă  relever le niveau cĂŽtĂ© startups, le reste suivra indĂ©niablement.

Je suis trop optimiste? Sans doute. Mais je crois fortement que les startups ont besoin de prouver leurs lĂ©gitimitĂ© dans l’effort collectif pour renforcer notre Ă©conomie. Leur crĂ©dibilitĂ© doit ĂȘtre dĂ©montrĂ©e aux investisseurs, aux institutions, aux acteurs Ă©conomiques, pour qu’ils daignent faire les efforts nĂ©cessaires pour fluidifier l’entreprenariat.

D’ici là, mettons-nous au travail!!

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