5 choses que j’ai apprises en travaillant auprès de personnes réfugié-e-s et qui pourraient vous aider aussi.

Par Violette DEBARBOUILLE, cheffe de projet pour Action Emploi Réfugiés. Illustration : Monsieur Scotch http://monsieurscotch.com

Depuis 2015, on entend incessamment parler de la « crise des refugié-e-s ». Nous avons tou-te-s été exposé-e-s à ces images de femmes et d’hommes bravant la Méditerranée, ou patientant indéfiniment dans des camps. Tou-te-s sont habité-e-s par l’espoir d’un avenir meilleur, fait de paix et de sécurité, pour eux-mêmes et pour leurs enfants, un avenir pour lequel ils et elles risquent leur vie, laissant tout derrière eux. À leur arrivée en France, ces personnes sont confrontées à de nouvelles difficultés : celles qui pavent la reconstruction de leur vie.

Nous sommes de plus en plus nombreux en France à vouloir agir. Devant cette mobilisation sans précédent des citoyens et citoyennes, devant la multiplication des initiatives associatives, j’ai eu envie de partager avec vous 5 conseils que mes années de travail sur le terrain au contact de personnes réfugié-e-s m’auront appris.

Conseil 1 : Rester optimiste

La vie de les réfugié-e-s est jalonnée d’épreuves, parfois terribles, qui commencent dans leurs pays d’origine et se prolongent dans le pays d’accueil. Cependant, les personnes réfugié-e-s sont des personnes fortes, pleines des ressources qu’elles retirent de leur parcours d’exil et savent le plus souvent trouver la force pour survivre jour après jour. La procédure de demande d’asile est longue, tout comme l’est le parcours d’intégration. Les personnes réfugiées ont souvent survécu à des persécutions et des faits de violence qu’ils et elles n’avaient d’autre choix que de fuir, et c’est souvent grâce à leur positivité et à leur détermination qu’ils et elles ont pu parvenir aujourd’hui jusqu’à nous ! Ayez confiance en leur capacité de résilience et vous vous découvrirez bien souvent à leur contact une personne bien plus forte et optimiste que vous ne le croyez vous-mêmes.

Conseil 2 : Savoir garder la bonne distance

Vouvoyer ou tutoyer ? Se permettre d’offrir ou non un thé ou un café avec des biscuits ? Se laisser aller à parler d‘un film ou de musique ? Raconter des blagues ? Parler de soi ? Toutes ces questions souvent complexes sont fréquemment présentes dans la vie d’un-e travailleur-euse social-e car elles constituent ce fil ténu sur lequel nous nous déplaçons en funambule. Pas de règles strictes ici, si ce n’est celle de ne pas tomber ! C’est un exercice qui peut être difficile que de garder ce juste équilibre qui permet d’accomplir son travail d’accompagnateur-trice sans juste être un robot qui va remplir d’interminables formulaires, tamponner des montagnes d‘enveloppes, faire des milliers photocopies et remplir d’innombrables tableaux Excel à la chaîne…

Être accompagnatrice sociale, c’est, selon moi, savoir rester un être humain qui travaille avec sa tête aussi bien qu’avec son cœur et son instinct. C’est pouvoir écouter, observer, analyser et mémoriser ce qui est dit aussi bien que ce qui n’est pas dit, et garder à l’esprit tout ce qui a été fait et ce qui reste à faire. Car enfin, travailler avec et pour des humains souvent en grande précarité, traumatisés, isolés et avec peu de moyens est un challenge immense !

Il faut être capable de prendre en compte la multi-culturalité, la question du genre, l’éducation, les problèmes de santé physiques et mentaux des personnes accompagnées dans les diverses démarches administratives et d’insertions. Et c’est bien au cœur de ce subtil équilibre que tout se joue !

Conseil 3 : Toujours dire la vérité

Même pour un simple vaccin, le ou la soignante vous prévient au moment de l’injection de la petite douleur qu’elle peut vous causer. Ce simple fait vous permet alors d’anticiper la douleur et de mieux l’accepter. Il en est de même dans le travail d’accompagnement social auprès des réfugié-e-s. Indiquer simplement qu’une procédure administrative prendra plusieurs mois ou qu’il faudra attendre plusieurs années avant d’obtenir un logement social est un moyen de préparer les personnes aux difficultés à venir. Édulcorer la réalité ne rend service à personne. Il est en revanche indispensable de positiver, de mettre en valeur le parcours, les épreuves surmontées comme les petites ou grandes victoires, afin de redonner des forces pour les démarches en cours.

Conseil 4 : Développer le respect mutuel

Le respect est une valeur cruciale qui se doit d’être mutuellement pratiquée. Celui de la vie privée, notamment. Le fait de donner de soi pour aider une personne n’implique jamais d’avoir à tout connaître de la vie de cette dernière, ni de s’arroger le droit de lui poser des questions indiscrètes ni même encore de consulter ses documents personnels sans son autorisation. Le droit de dire « non » est un droit mutuel, c’est le droit de l’autre, mais c’est aussi le mien. Il ne faut jamais perdre de vue que les réfugié-e-s étaient complètement autonomes dans leur pays d’origine et que leurs manque de maîtrise de notre langue, de nos codes sociaux, ou encore leur manque d’accès à un confort de vie minimum ne doit pas les exposer à l’infantilisation.

L’assistance et l’aide à la personne sont des types de relations bien spécifiques qui nécessitent des limites et un cadre qui doivent être respectés.

Conseil 5 : Pratiquer l’empathie

Si on ne peut être véritablement à la place des gens, il est toutefois important de savoir se mettre à leur place et d’essayer d’imaginer combien il peut-être difficile de reprendre une vie à zéro, de se retrouver loin de sa famille, de se sentir perdu-e face à un système administratif complexe, de ne pas pouvoir s’exprimer dans la langue d’un pays d’accueil, etc. Prendre en compte tous ces éléments permet d’exprimer de la bienveillance et d’apporter une attention particulière à chaque parcours et à chaque situation.

Ne jamais cesser d’apprendre…

Il y aurait tant et tant à dire encore et je continue moi-même de découvrir chaque jour de nouveaux enseignements. Chacun-e de nous, même s’il ou elle ne le réalise pas au premier abord, peut, en France, participer à l’intégration de ces femmes, de ces hommes et de ces enfants, et ainsi aider à créer en retour une société plus tolérante et égalitaire.