Bonne humeur dans la rue demeure …

Credit : CCBYFlickr/NetCirclion — prise à Lyon le 13 Novembre 2015

C’était samedi, en début d’après-midi, place Jean Macé. Je m’abandonnais nonchalamment aux rayons d’un soleil généreux, tandis qu’un ami fumait tranquillement une cigarette. Assis tous deux sur un banc, nous regardions, immobiles tels des arbres à forme humaine qui auraient pris racine dans le bitume sans plus pouvoir s’en extraire, les badauds flâner.

C’est alors que, tel un comédien sur la scène dont les rideaux s’ouvrent pour le premier acte, il fit son apparition.

Plongés comme nous l’étions dans notre rêverie commune, due à la contemplation de ce tableau empli de poésie urbaine, nous n’avons pas manqué de sursauter lorsqu’il nous a hélés.

-Madame, monsieur, bonjour. Je voudrais solliciter de votre part la plus grande bonté envers ma personne, en vous demandant, s’il vous plaît bien entendu, de me faire le don gracieux d’une cigarette.

Mon ami, touché de la tirade bien ficelée, sans doute maintes fois répétée mais trouvant toutefois son public, accepta de bon cœur.

Il tira une bouffée, soupira de contentement, se mit à osciller un peu sur ses jambes. Prenant une voix grave, il reproduisit alors quelques répliques de film à la De Niro, attendant de nous quelque réaction. Qui, d’ailleurs, ne tarda pas : nous étions conquis.

La cigarette, entre ses doigts, s’était éteinte, mais il ne parut pas s’en rendre compte.

-Vous savez comment on m’appelle au Samu social ?

Signe de dénégation de notre part.

-Le Joyeux. Parce que j’suis tout le temps de bonne humeur.

J’ai alors compris que l’on peut rencontrer l’extraordinaire au bout de sa rue.

Des idées pour aider

Le Joyeux. Un homme parmi tant d’autres que l’on voit déambuler dans le quartier. D’après le rapport 2016 de la Fondation Abbé Pierre, 141 500 personnes vivraient sans domicile fixe. Plusieurs associations oeuvrent à leur intention dans Lyon, comme Alynea, un organisme laïque dont voici le credo: faire «des liens sociaux et humains le fondement de notre mission». Accompagner les personnes en situation d’exclusion, les remettre «en mouvement», dans un esprit de tolérance, de respect de la dignité de l’être humain, n’est pas chose facile, mais il est nécessaire de porter sur les personnes en difficulté un regard valorisant pour favoriser leur (ré)intégration.

Victor Rémy, co-responsable du Samu social de la Croix-Rouge de Lyon, insiste sur la création de liens de confiance avec les personnes en situation de grande précarité. “Ce lien est primordial pour qu’un accompagnement social puisse ensuite être mis en place en lien avec des acteurs professionnels”. La Croix-Rouge responsable du secteur lyonnais est une structure bénévole de 130 personnes qui maraudent toute l’année sur le territoire du Grand Lyon. 416 maraudes ont eu lieu l’an passé, et l’on dénombre 14 964 heures de bénévolat : un travail considérable mais indispensable.

À l’IEP même, l’Assolidaire propose des maraudes régulières pour venir en aide aux sans-abri. Nicolas, en 4ème année aujourd’hui, y a participé voilà deux ans. Il garde un souvenir marquant des “différentes réactions des personnes rencontrées, et surtout de la solitude qui est un problème majeur”. “Les équipes, réparties sur différentes zones géographiques, comme Part-Dieu ou Hôtel de Ville, fournissent des produits de première nécessité, des vêtements, des repas, et parfois discutent avec les sans-abri, de leur vie, leur quotidien, des lieux où ils passent la nuit.”. Une expérience enrichissante sur le plan humain en plus d’être utile.

D’autres initiatives remarquables sont à noter : voici une dizaine de jours, le site Rue89-Lyon a mis en ligne une carte interactive sur laquelle les internautes peuvent recenser les dispositifs anti-SDF, qui fleurissent malheureusement un peu partout en France aujourd’hui. Les grilles placées devant l’église Saint-Michel avenue Berthelot, les barres devant les fenêtres du CIC place Jean Macé, sont autant de lieux ayant fait l’objet d’un signalement. Victor Rémy juge que ces dispositifs servent à faire disparaître de l’espace public les personnes qui en sont déjà marginalisées. Détourner les yeux est certainement moins efficace qu’oeuvrer sur le terrain pour améliorer la situation de ces personnes en difficulté.

En voici la carte, si vous souhaitez participer :

https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=zHAzIbbbz8kQ.kJbAhelYY2h8

En hiver parfois, il gèle à certains coeurs fendre… Mais en nos rues, la joie demeure.

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