La République tchèque et l’affaire Skripal : des expulsions à nuancer ?


La République tchèque a expulsé 3 diplomates à la suite de l’affaire Skripal. Contrairement aux pays européens qui ont suivi aveuglément Londres et Washington, Prague proteste contre les déclarations de Moscou sur la provenance du gaz. De plus, le Président Miloš Zeman critique l’emballement dans cette affaire.

Prague pointé du doigt par Moscou

Andrej Babiš et le ministre des Affaires étrangères Martin Stropnický ont décidé d’expulser 3 diplomates russes à la suite de l’empoisonnement de l’agent double Sergueï Skripal et de sa fille. Au delà de la « solidarité européenne » avec Londres, la République tchèque n’a pas aimé avoir été désignée par la Russie comme pays où il pourrait se produire du gaz Novitchok.

« Les Russes ont enfreint toutes les limites en disant que l’agent létal Novitchok pouvait provenir de chez nous », précise le chef du gouvernement tchèque.

Le Président Tchèque Miloš Zeman a demandé au Bezpečnostní informační služba (service d’informations et de sécurité — BIS) de déterminer si ce gaz a pu être produit en République tchèque.

Depuis la fin de semaine dernière, le 3e homme d’État des États-Unis, le républicain Paul Ryan est en déplacement en République tchèque. Il s’est exprimé sur l’affaire Skripal et sa vision du monde. À la chambre des députés, il a prononcé un discours violent vis-à-vis de l’ennemi mondial des États-Unis. On pourrait penser qu’il s’agit de l’état islamique étant donné la virulence des propos, mais cela n’est pas le cas :

« Le peuple tchèque est bien conscient de l’influence russe, qu’elle prenne la forme de l’oppression ou bien de la subversion. La Russie viole les normes internationales avec son agression contre nos plus proches alliées en Europe de l’Est. De façon plus furtive, elle répand de la désinformation et s’engage dans des cyberattaques. Elle s’est mêlée aux élections démocratiques en Europe, comme elle l’a fait aux États-Unis. La Russie ne partage pas nos intérêts ou nos valeurs. »

Paul Ryan n’a pas été reçu par Miloš Zeman, qui n’a pas souhaité rencontrer le représentant américain. Il est vrai que le Président de la République ne doit guère acquiescer ce type de propos.

Le 27 mars, Miloš Zeman a déclaré : « Je veux voir les faits. J’apprécierais que le Royaume-Uni présente des preuves démontrant que les Russes voulaient tuer l’agent double [russe] Skripal » et il ajoute qu’il s’agit d’une décision « quelque peu superflue… Laissez-faire. Avec le temps, ils [les diplomates] reviendront ». Répondant à une question des journalistes, il a précisé que Moscou ne lui avait pas demandé d’influencer l’Union européenne sur cette question.

La constitution du gouvernement avance

Samedi 24 mars 2018, le KSČM (communiste) s’est réuni afin de discuter du soutien au gouvernement de Babiš. Le leader du parti Vojtěch Filip hésite à cause de la présence de certains ministres du mouvement ANO. Les communistes doivent se réunir à nouveau pour débattre de la question.

Dans le cadre des négociations avec le ČSSD (sociaux-démocrates), le chef du mouvement ANO a accepté le projet de loi sur l’introduction d’un référendum d’initiative populaire. Le SPD et le KSČM souhaitent également la mise en place de ce type de référendum, dans des conditions beaucoup plus simples. Le référendum accepté par Babiš comprendrait l’initiative de 850 000 électeurs tchèques et ce projet ne prendrait pas en compte des thématiques comme la sortie de l’UE et de l’OTAN.

Le ČSSD exige le ministère de l’Intérieur ou des Finances. Or, ANO propose 4 postes au gouvernement alors que les sociaux-démocrates en veulent 5. Le ČSSD a obtenu la garantie de l’indépendance des médias, ainsi qu’un gel des privatisations.

Les négociations doivent continuer ce jeudi 29 mars 2018. Si celles-ci aboutissaient, le ČSSD devrait le faire valider en interne par les membres du parti.

Alexandre MOUSTAFA