Les communistes de retour en Tchéquie ?

Après un arrêt des négociations entre le mouvement ANO et le ČSSD, puis d’une possible alliance avec les nationalistes et les communistes (KSČM), un gouvernement minoritaire entre ANO et les sociaux-démocrates devrait être conclu d’ici la fin de la semaine, avec le soutien du KSČM. Le coup de poker du ČSSD pour obtenir davantage de portefeuilles ministériels aura été payant.

La menace des alliances de l’extrême…

Jeudi 5 avril 2018, tous les signes étaient alignés pour la formation d’un nouveau gouvernement en République tchèque entre les populistes d’ANO et les sociaux-démocrates.

Or, à la surprise générale, les 2 partis se rejettent la faute et aucun accord de gouvernement n’a été trouvé, plongeant la République tchèque dans une incertitude gouvernementale pour plusieurs semaines. Le ČSSD souhaite obtenir un nombre important de ministres malgré leurs médiocres scores aux élections législatives.

Le 10 avril 2018, Andrej Babiš et Miloš Zeman se sont entretenus au Château afin de discuter de la formation du gouvernement. Le Président de la République exclut l’option d’élections législatives anticipées. Ce dernier a demandé à Andrej Babiš de converser avec Tomio Okamura, le leader nationaliste du SPD et Vojtěch Filip, chef des communistes.

ANO compte 78 parlementaires à la chambre des députés et pourrait s’appuyer sur le soutien de 22 députés du SPD et 15 élus communistes. Cette solution paraissait déjà la plus naturelle (sur le plan arithmétique) à la suite des élections législatives d’octobre dernier. Mais Andrej Babiš avait peur de la réaction d’une partie de la population tchèque, des médias et surtout de l’Union européenne et des Etats-Unis.

Le président de la République au Congrès du KSCM

Le 13 avril, les cadres du mouvement ANO annoncent qu’ils désirent reprendre les pourparlers avec le ČSSD afin de trouver un compromis. Le parti majoritaire doit être effrayé par les critiques si une alliance avec le SPD se réalisait. Le ČSSD sera en position de force lors de ses négociations et pourrait exiger plus de 5 ministères, malgré sa déroute électorale.

En effet, les négociations auraient été difficiles. Tomio Okamura souhaitait un référendum sur l’adhésion de la République tchèque au sein de l’Union européenne, quand Vojtěch Filip voulait que son pays quitte l’OTAN. Andrej Babiš a déjà donné des gages à l’Union européenne et aux USA en expulsant 3 diplomates russes dans le cadre de l’affaire Skripal.

Le retour à la raison ?

Malgré un échec des premières négociations, les cadres du parti populiste ont souhaité reprendre les discussions avec le parti social-démocrate. Les échanges progressent rapidement entre les 2 formations et la constitution d’un gouvernement minoritaire soutenu par le parti communiste devrait voir le jour.

Contrairement au 1er round, où les avancées des négociations étaient connues de tous, les deux mouvements sont plus discrets.

Cinq ministères doivent être accordés au ČSSD dont le ministère de l’Agriculture, du Travail et des Affaires sociales, de la culture de l’intérieur, ainsi que la Défense ou le Ministère des Affaires étrangères. Les Sociaux-Démocrates auront de nombreux ministères clés malgré leur déroute électorale aux législatives. Jan Hamacek, nouveau chef du ČSSD a compris que son parti était incontournable si Andrej Babiš souhaitait former un gouvernement. Une alliance avec l’extrême droite et les communistes était possible sur le papier, mais cela aurait encore plus entaché la réputation d’Andrej Babiš vis-à-vis d’une partie des Tchèques, mais surtout de l’Europe de l’Ouest.

Un autre parti fait son retour sur le devant de la scène politique : le KSČM. À plusieurs reprises ces dernières semaines, Vojtěch Filip a confirmé que le parti communiste de Bohême Moravie soutiendrait ce nouveau gouvernement de coalition.

Le samedi 21 avril, le congrès du parti communiste avait lieu. La surprise a été la participation du Président de la République à ce congrès. Il a même tenu un discours, au cours duquel il s’est adressé aux communistes en les interpellant par un « camarades ! ». Il a incité les communistes à soutenir le futur gouvernement, tout en s’interrogeant sur le passé communiste de la Tchéquie et à en reconnaître les erreurs.

Alexandre MOUSTAFA