Thaïlande: Rama X entre en scène, sous les yeux de la presse internationale

À 64 ans, Rama X prend la main après le décès de son père le roi Bhumibol

Six semaines après son accession au pouvoir, le nouveau roi de Thaïlande affiche la volonté d’affirmer son autorité. Alors qu’il suggère un rôle politique plus actif pour la monarchie, les médias se questionnent sur la nouvelle identité du royaume du Siam. Explication.

« La fin d’une ère », titrait le Bangkok Post, imprimé en noir et blanc suite au décès du roi Bhumibol en octobre dernier. Le pays entame alors une année de deuil national et les hommages au roi se succèdent dans les quotidiens du pays. « Le 13 octobre, nous avons fait face au moment le plus redouté de notre vie. La plupart d’entre nous sommes nés sous son règne. Nous avons grandi en le regardant inlassablement consacrer son temps, son énergie et son argent aux nécessiteux. Quand sa majesté a entamé son règne, la Thaïlande était un pays endormi sous un gouvernement fasciste hostile à la monarchie », ajoute la rédaction du journal. Les réactions sont empruntes d’émotion dans les médias du pays et dans le monde, la presse s’emballe et les avis divergent. Courrier international parle d’un « monarque constitutionnel sans réel pouvoir mais vénéré comme un demi-dieu par ses sujets » alors que le Straits Times de Singapour évoque les archives dans lesquelles les villageois sont prostrés aux pieds du monarque, le front au sol. Une formule pour s’adresser au roi « Les pieds de mon seigneur sont au-dessus de ma tête » qui témoigne du respect et de la vénération du peuple Thaïlandais envers sa majesté.

Après soixante-dix ans de règne, le roi Bhumibol laisse place à son héritier, Maha Vajiralongkorn. Si cette arrivée au pouvoir inquiète le peuple, elle laisse place à de nombreuses critiques de la part des médias internationaux. En effet le successeur qui a vécu une grande partie de sa vie en Allemagne est trop « sulfureux » pour la presse française. Les titres des quotidiens usent et abusent des superlatifs. « Le prince déluré » titre le Figaro, « Le prince héritier et playboy à scandale » décrit France Info. Si l’image de l’héritier de la couronne semble entachée par ses frasques passées, « le nouveau royaume doit se forger une nouvelle identité » estime le Guardian. Outre les scandales, c’est la politique et l’héritage de son père qui interrogent le plus. Alors qu’il est proclamé roi le 2 décembre dernier, Rama X a toutefois demandé du temps, avant de succéder à son père. Deux mois de latence qui ont surpris et qui ont laissé le pays dans l’incertitude. Une période propice au « regain de force de l’armée et du premier ministre Prayuth Chan-Ocha », déclare le Straits Times. « Tout au long de l’histoire thaïlandaise, disons avant les années 1970, l’armée jouait le rôle principal dans l’équation politique. C’est seulement pendant le règne du souverain précédent que l’armée est devenu un allié d’importance secondaire au palais », explique l’analyste militaire Paul Chambers. Selon lui, l’armée gagne de nouveau du terrain actuellement. Il est vrai que le général Prem Tinsulanonda est devenu gérant du royaume lorsque le prince héritier à différé son accession au trône. Une relation ambiguë « à surveiller de près », ajoute la rédaction du Straits Times.

Un referendum contrasté

La chaîne de télévision CNN annonce « un chemin non tracé » et porte une critique sur le référendum du 7 août 2016, pour un nouveau projet de constitution. « Certains votants voient la nouvelle constitution comme la légitimation des règles militaires, plus qu’un retour à la démocratie » peut-on lire dans ses colonnes. Le témoignage d’un homme d’affaire de 46 ans, citoyen Thaïlandais, apporte des précisions : « Je ne peux pas l’accepter, c’est la constitution de l’armée, ils voudraient simplement l’écrire pour maintenir le pouvoir », déplore-t-il. Un avis catégorique pour la rédaction américaine qui conclut : « Bhumibol a été perçu comme une source vitale de légitimité politique pour toutes les parties et il sera difficile à suivre ».

Pour le quotidien The Australian en revanche, l’observation est plus mitigée. Si l’intention du roi Rama X de réaffirmer son autorité n’intervient que « six semaines après son accession au pouvoir », il « demande que des changements soient apportés au projet de constitution et suggère un rôle politique plus actif pour la monarchie », indique la rédaction. Une effervescence de la part du roi qui intervient un jour après que le vice premier ministre ait averti que la nouvelle constitution devrait être abandonnée si le roi ne l’endossait pas avant le 6 février. L’agitation de sa majesté est tardive pour le quotidien, mais elle revêt des aspects essentiels à la gouvernance du pays.

Dans un second temps, le journal australien évoque les espoirs antérieurs à l’ascension de Rama X, fondés par certains commentateurs pro-démocratie. Ayant la ferme conviction qu’il deviendrait plus une figure de proue suite à la restauration du régime démocratique. « Les nominations de Rama X au conseil privé montrent le peu d’intérêt qu’il porte aux forces pro-démocratiques. Deux de ses nominations sont des généraux qui ont joué un rôle clé dans la répression des chemises rouges », partisans du gouvernement démocratique de Mme Yingluck Shinawatra en 2013. Les inquiétudes prédominent donc les réflexions à l’aune de la montée sur le trône du roi. Et malgré les promesses d’élection cette année, les « rumeurs disent qu’il veut garder le pouvoir assez longtemps pour surveiller les funérailles de son père et un couronnement sans problème pour son fils », complète la rédaction de The Australian. Une position partagée par le China Daily : « le roi continuerait probablement l’héritage de son père de la participation calculée dans le paysage politique du pays. Il voudrait conserver une relation étroite avec l’armée et leur vétéran pour maintenir la stabilité du royaume ».

Une arrivée au pouvoir dissonante

Les multiples actions du monarque font l’objet de condamnation de la part de la presse internationale, comme les arrestations pour crime de lèse-majesté. Courrier international résume l’avis de la communauté internationale sur la question : « Sous couvert de vouloir protéger la monarchie, les militaires au pouvoir depuis 2014 ont rendu les condamnations pour lèse-majesté plus fréquentes. Une démarche perçue

par la communauté internationale comme un moyen de restreindre la liberté d’expression ». Une affirmation qui peut être vérifiée au sein de la presse Thaïlandaise. Le quotidien Khao Sod ne compte parmi ses pages que quelques articles à propos de sa majesté qui présentent sans réelle esprit critique, les comptes- rendus de l’accession au royaume. En prime, quelques citations du roi lors de l’événement sont ajoutées. Quant au dernier article en date, il relate les vœux de Rama X adressés au peuple pour la nouvelle année. La crainte semble incontestable envers une loi avec laquelle on ne transige pas. Et pourtant Rama X gracie des dizaines de milliers de détenus affirme LCI : « À peine monté sur le trône, le nouveau roi de Thaïlande vient de faire un geste fort et décide de 30 000 libérations anticipées et 70 000 remises de peine pour des détenus femmes et malades. Mais aussi des détenus convaincus de crime de lèse-majesté ». Une relaxe soudaine qui donne à voir un nouveau visage du royaume du Siam. Une chose est sûre ajoute le journaliste, « à 64 ans, l’héritier de la couronne reste un passionné de vitesse, ce qui contraste avec le protocole lent et ancestral de la monarchie du Siam ».

Si les espoirs ont été déçus et si les mouvements inattendus du souverain ont surpris, le nouveau roi de Thaïlande, Rama X doit faire ses preuves auprès des forces militaires, du peuple Siamois et de la presse internationale qui observe de près, ses moindres faits et gestes.

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