La syllogomanie

Crédit photo : Djuno Tomsni

Je n’aurais jamais pu penser mettre un mot sur ce qui me paraîssait si naturel chez moi. Jamais pensé que mon matérialisme excessif pouvait avoir une définition.

D’après les études, ce phénomène ne toucherait que 5% de la population — et bien sûr, j’en fais partie. Alors j’avoue tout: je suis atteinte de syllogomanie.

Un petit précis s’impose.

La syllogomanie ou accumulation compulsive se matérialise par cette incapacité chronique de jeter. Cela peut prêter à sourire.

Après avoir découvert mon syndrome, j’ai parcouru la toile entière à la recherche de réponses. Heureusement que je ne prends pas trop à cœur certains titres accrocheurs. Le risque étant d’avoir une envie subite de passer sous les rails d’un train.

« La Syllogomanie, un mal profond » (merci France 2), «Syllogomanie : la manie de tout garder, une vraie maladie » (coucou Terra Femina) ou encore l’approche philosophique de l’Eglise Evangélique de la Ciotat « La syllogomanie spirituelle».

Tous les moyens sont bons pour vous faire flipper davantage et signer pour les 10 prochaines années en thérapie.

Aaaahhh, qu’est-ce que j’admire ces gens qui ont cette faculté de se séparer d’objets, de vêtements qui ne leur sont plus utiles. Ils jettent vaillamment sans l’ombre d’un doute, l’esprit libre de s’être délester de ce surplus. Pour ma part, c’est toujours une épreuve. Ma pauvre mère, première victime collatérale dès qu’il s’agit de faire du tri dans mes affaires.

Primo, sachez qu’il ne faut jamais mettre un syllogomane devant le fait accompli. C’est la crise d’angoisse automatique suivie d’une belle dispute.

Secundo, faire preuve de patience est primordial. Oui, le syllogomane est indécis et a besoin de temps.

Toutefois, je reconnais l’ironie de la situation. J’admets volontiers ma pathologie même s’il m’est complexe de la justifier. Redoutant le plus au monde cette question sans équivoque : « pourquoi tu gardes ? »

Pourquoi ? J’aimerais moi-même avoir une réponse valable et convaincante à cette interrogation. Force est de constater que mes arguments sont aussi légers que les cordes vocales de Carla Bruni.

Accrochée à des gadgets qui n’ont pour la plupart plus aucune utilité dans ma vie, je persiste à les conserver précieusement comme un Golum et son précieux. Du coup, je préserve tous mes magazines Minnie Mag de primaire, le petit haut acheté à New-York quand j’avais 10 ans -qui fait brassière désormais — ou encore ces paires de chaussures totalement mortes dont il m’est impossible de me séparer tant je me dis : “On ne sait jamais!!!

En couchant ma maladie sur le papier, je prends conscience de l’ampleur des dégâts. Aussi lorsque je me retrouve face à ce dilemme de jeter du tube de dentifrice vide en doutant qu’il ne puisse m’être utile en cas d’urgence.

Je suis malade et illogique c’est officiel.

Même Apple y met son grain de sel en ajoutant la case «récemment supprimé» qui me permettait de repiocher dans ma poubelle si la culpabilité se faisait trop forte.

Dois-je y voir une forme de sentimentalisme ? Mon attachement profond aux objets traduirait-il un manque ?

Néanmoins, je tiens tout de même à préciser qu’il existe différents degrés sur l’échelle de la syllogo. Accumuler ne fait pas automatiquement de vous quelqu’un de bordélique et sale. On peut être une accumulatrice organisée dans une version Bree Van de Kamp.

Névrosée, certes mais classe.

Ce détail vous distinguant du syndrome de Diogène, le niveau expert du syndrome.

L’émission C’est du propre en était l’exemple type pour les connaisseuses. Si l’on en croit la psychologie de comptoir, ce mécanisme d’accumulation traduit une peur panique de vieillir. S’entourer physiquement d’objets se voudrait être rassurant comme si l’on repoussait toujours un peu plus cette réalité du temps qui file.

Quoiqu’il en soit, il faudra me passer sur le corps si quelqu’un cherche à me séparer de ma collec’ de Polly Pocket.

Bah oui, on est syllogo ou on ne l’est pas.

Bien à vous,

Alli pour les intimes

(Ecrit initialement pour Womanspecter)