L’illusion Tinderienne

Tinder n’est que le reflet d’un égocentrisme inavoué.

Glauque ?

Non, juste réaliste. On y vient pour panser une plaie post-rupture ou étendre son champ d’action.

Tinder se veut être un boosteur d’égo. Un levier, un tremplin pour renforcer nos pauvres cœurs brisés. Ou notre confiance perdue. Quoi de mieux que d’afficher son meilleur profil en attendant d’en recevoir les fruits ?

Je ne dis pas que la vraie rencontre sérieuse qui termine sur l’achat d’une maison, un mariage, trois mioches et un monospace avec l’épagneul anglais dans le coffre n’existe pas sur Tinder. Seulement, l’objet de cet article n’est clairement pas d’invoquer le 1% de romantiques émérites qui ont trouvé leur moitié sur l’appli.

Aux antipodes d’un Meetic à la recherche de l’âme sœur, Tinder nourrit ce cercle vertueux du zapping sentimental. Aussitôt consommé, aussitôt balayé.

C’est comme un Macdo à 5h du mat.

En sortant de soirée, on parcourt les rues à la recherche du M salvateur comme si notre vie en dépendait. Une fois ingurgité, on se promet qu’on ne s’y reprendra plus. Mais personne n’est dupe. On y revient toutes tôt ou tard. On se laisse happer par les clairons de la rencontre inattendue, d’une sexualité libérée, du jeu du hasard.

Tout le monde est là pour la beauté du jeu et non pour la beauté du geste.

Swiper rend accro. Ils devraient faire de la prévention comme sur les paquets de clopes. Cela captive l’attention pendant plusieurs heures sans même débuter une conversation.

Ou j’évoque seulement mon cas personnel ?

N’empêche, combien de fois je rentrais dans un conflit intérieur, entre mon Moi lucide (habituellement très en retrait) qui cherchait à me faire prendre conscience de l’inutilité du truc. Celle-ci ne débouchant à 99,9% sur aucune rencontre réelle. L’autre Moi un peu larguée (omniprésent en règle générale) qui me poussait à liker le profil de mecs que j’aurais rangé dans Intouchables, dans la vie de tous les jours. L’un me persuadant d’arrêter, l’autre me forçant à continuer. A vouloir toujours mieux, toujours plus.

On pense que l’herbe est plus verte ailleurs, n’est-ce pas ?

Car oui revenons-en à notre égo en perte de vitesse. On a besoin de réconfort tout de suite, sans prélude. Alors on like les proies faciles, celles pour lesquelles on sait que c’est du tout cuit. Ne faites pas les filles outrées. Nous avons toutes consciences de notre valeur sur le marché de l’amour.

On se rabat sur ce que l’on connaît, ce que l’on maîtrise pour débuter une nouvelle approche vers le sexe opposé. Mais nous sommes des filles. Cela ne suffit jamais. Jamais longtemps. Alors on monte en gamme, une fois que les petits mignons nous ont remis d’aplomb, on s’attaque à de plus gros poissons.

On ose le like challenge, celui qui prend des airs de défi. Le candidat parfait, tellement canon qu’il en paraîtrait presque irréel. Inévitablement on pense, totalement-out-of-my-league (même sur un malentendu).

Pourtant dans un regain de confiance en soi, on fait basculer le profil à gauche en croisant les doigts pour qu’il y ait un match. C’est ça le like challenge. Celui qu’on ose, tapis derrière son portable. Celui qu’on ne tenterait jamais en vrai si on avait ce bel Apollon sous le nez.

Tout l’avantage du virtuel, réside dans cet excès d’assurance.

Retour sur la planète Terre. A mon sens, elle ne représente qu’une phase transitoire pour nous remettre sur les rails. Une bonne cure de vitamine D qui réveille les zygomatiques et la libido en berne. Une euphorie passagère qu’il faut savoir abandonner à temps au risque de réduire sa relation avec le sexe opposé à cet unique filtre tyrannique.

Mais l’erreur est humaine. Mais Maud dirait que nous sommes toutes des 404.

Bien à vous,

Alli pour les intimes

(Ecrit initialement pour Womanspecter)