Critique The Power of Three (7x04, Doctor Who)

Alors que la saison 11 approche à grand pas, retour sur l’une des meilleures contributions (à ce jour) de Chris Chibnall ..

Avant la saison 7 de Doctor Who, Chris Chibnall nous avait habitué à des épisodes assez classiques, et souvent oubliables de par leur trop-plein de clichés et l’ennui qu’ils pouvaient parfois procurer. La saison 7 montre au contraire tout le potentiel (mais aussi les défauts) de ce bon vieux Chris, et après le sympathique “Dinosaurs on a Spaceship” (je vais avoir des haters), ce dernier nous propose un épisode hybride fort de son concept génial et de l’écriture de ses personnages, mais en même-temps et paradoxalement très décevant. Retour sur “The Power of Three”, l’un des plus gros gâchis de toute l’histoire de la série. Recette :

Une invasion lente mais efficace …

“Ils sont dans les villes .. dans les campagnes .. sur les réseaux sociaux !”

Le Docteur fait face à une nouvelle invasion de la Terre par des aliens. Cette fois, il n’est pas question de poivrières enragées ou de patates en armure. Il n’est pas non plus question de cyborgs d’une autre dimension ou de planètes dans le ciel sur fond de musique dramatique. Cette fois, la menace ne prends la forme que de petits cubes apparus du jour au lendemain et présents en nombre partout sur le globe, et ces cubes … ne font rien, absolument rien. Ils ne se contentent que d’être là, mais démarre pourtant l’une des invasions les plus intelligentes et réussies de la série.

L’Invasion des cubes est en effet tout, sauf spectaculaire. Elle ne corresponds ni aux standards du Docteur, ni aux standards des spectateurs du show (49 ans de tirs au pistolet laser et de vaisseaux spatiaux dans le ciel de Londres, ça laisse des traces), et pourtant la stratégie développée par les aliens est excellente, et surtout crédible. Les mystérieux envahisseurs se servent en effet des mécanismes des sociétés humaines pour progressivement poser leurs pions, et frapper au bon moment. Ils adoptent donc une stratégie ancienne, mais qui marche à tout les coups : celle de “la grenouille dans une casserole d’eau bouillante” (j’ai pas trouvé de meilleur nom). En fait c’est simple : si on prends une grenouille, mais qu’on la jette d’office dans une casserole d’eau bouillante, elle va se débattre, résister et peut-être même s’échapper. Mais si au contraire progressivement on chauffe l’eau alors qu’elle est dedans, elle va s’habituer, se détendre, puis ensuite, sans s’en rendre compte, mourir.

Eh bien là on a le même principe : les cubes apparaissent du jour au lendemain, et si les Humains sont d’abord surpris, peu à peu, ils s’y habituent, au point d’intégrer ces mystérieux cubes dans leur quotidien sans même vraiment s’en soucier. Les cubes n’ont donc qu’à patienter, et avant-même que les humains ne se rendent compte de leur erreur, il est trop tard, les cubes ont déjà gagné.

Chibnall nous propose donc un concept d’invasion intéressant et original, qui en plus peut renvoyer à des enjeux assez forts. La façon dont on inscrit ce qui est spectaculaire dans l’habitude au point de ne plus s’en soucier, c’est quelque chose de concret, logique et intemporel, et Chibnall tout au long de cette partie s’en sert très bien pour nous proposer une histoire d’invasion qui cette-fois repose plus sur une stratégie intelligente que sur du “boum boum on détruit le Big-Ben et on bousille la Belgique”.

Une écriture au plus proche des personnages …

There are soldiers all over my house and I’m in my pants.

Les bases étant posées, Chibnall articule au concept original de l’épisode l’intrusion du Docteur dans la vie des Pond (bah oui, faut bien surveiller les cubes). Cette intrusion (comme dans “The Lodger”) permet donc de donner au trio d’acteurs des scènes très drôles, notamment quand le Docteur perds patience et se mets à faire n’importe quoi, mais là où Chibnall excelle, c’est qu’il ajoute à l’humour de l’épisode un parfum doux-amer. Dans plusieurs dialogues riches en émotions, il traite en effet de l’inévitable départ du couple, mais avec une certaine subtilité. Il montre qu’on en est au crépuscule de leurs aventures, mais sans en faire trop, et ça donne des scènes très belles, assez justes, et vraiment réussies, qui rendent parfaitement hommage à Amy et Rory, et questionnent leur place dans la série.

Papa Pond, Kate Lethbridge Stewart .. The Power of Three donne à la saison 7 des personnages secondaires utiles et attachants

Chibnall en partant d’un concept original arrive donc à donner à ses personnages des scènes tantôt humoristiques, tantôt mélancoliques et douces-amères. Il pose des bases et un cadre intelligents, et peut dans la première moitié de l’épisode prétendre égaler des épisodes comme Flatline de la saison 8, ou même Blink de la saison 3 (oui, je vais avoir beaucoup de haters). Mais un seul faux-pas (et pas des moindres) gâche tout l’épisode, et on arrive donc au point qui pose problème avec cet épisode.

Mais une fin bâclée ..

Quand Omar Khayyam compare “The Power of Three” à “Blink”

La fin gâche tout. “The Power of Three” aurait pu être un petit chef d’oeuvre, mais pour écrire un excellent épisode, il ne suffit pas de poser de très bonnes bases. Chibnall tout au long de l’épisode lance en effet plusieurs idées souvent géniales, mais on sent qu’il commence à se perdre en cours de route. Par exemple, les drôles d’infirmiers de l’hôpital et la petite fille sont assez mystérieux, mais inutiles. Ils ne servent que de remplissage ou de prétexte aux scènes d’action, et c’est le premier point énervant. Deuzio, l’hologramme du vaisseau peut-être intimidant, mais il est lui-aussi inutile, et n’apporte pas grand chose d’intéressant sur les motivations des envahisseurs. Enfin, tertio, et c’est qui me fait le plus souffrir avec “The Power of Three”, POURQUOI CE BOUTON EX MACHINA ? Chibnall pose pourtant les bases de l’invasion la plus subtile et intelligente de la série. Mais alors POURQUOI a t-on la pire facilité scénaristique possible alors qu’on avait potentiellement la meilleure histoire d’invasion jamais donnée à Doctor Who ? POURQUOI ? Chibnall avec cette fin s’est non seulement tiré une balle dans le pied (ou pire, un bon gros coup de bazooka), et gâche donc TOUT les éléments géniaux qu’il avait apporté à l’épisode, ce qui le rend juste bon au lieu d’être excellent, mais en plus avec la première partie je sais maintenant qu’il est capable de plus. Et c’est frustrant. Horriblement frustrant.

“The Power of Three” pour moi reste un bon épisode. Il prouve tout le potentiel de Chris Chibnall, et à défaut d’être excellent, parvient au moins à articuler des concepts géniaux assorti d’une écriture intéressante des personnages dans sa première partie. Chibnall a donc prouvé qu’il était au moins prometteur, et si il continue de s’améliorer, ça présage du bon pour la suite.

J’ai aimé :

  • Le concept original de l’épisode
  • Les interactions entre les personnages
  • L’articulation de l’humour avec un côté plus doux-amer
  • La construction de l’invasion
  • Le retour de l’UNIT
  • Le potentiel de Chibnall ENFIN révélé
  • En bref : Toute la première partie

J’ai pas aimé :

  • Une fin bâclée
  • Trop de questions sans réponses
  • Un trop gros potentiel gâché
  • En bref : Toute la seconde partie

Note finale : 14/20