Love From Lisboa
Depuis maintenant un peu plus de 3 mois je vis à Lisbonne. Cette capitale européenne est devenue mon Eldorado.
Lisbonne te prend à bras le corps, te berce, te stimule, t’envahi, t’ébloui. Je crois bien n’avoir jamais ressenti cela dans aucune autre ville. A part Paris. Paris c’est ma mère, c’est mon pote, c’est ma dope. Paris te fait sentir exceptionnel.
Lisbonne aussi. Lisbonne te montre que tu peux être toi-même, que tu peux douter, que tu peux être heureuse, que tu peux déculpabiliser, que tu peux tout réussir. Elle te donne cette énergie que je cherchais désespérément et qui s’était évanouie au fur et à mesure de mes choix d’étudiante.
Mon parcours est simple, basique et un peu chiant : diplômée d’un bac littéraire, j’ai choisi de rentrer dans une école de droit “parce-que-je-n’avais-aucune-idée-de-ce-que-j’allais-bien-pouvoir-faire-de-ma-vie-alors-j’ai-pris-le-truc-le-plus-général-possible”. Et je l’ai fait pendant 7 ans.
D’abord 5 ans à enchaîner les cours et les exams, certes avec succès, mais sans grand intérêt, à me persuader que j’aimais vraiment ça. Heureusement que ma vie sociale à cette période était plutôt cool pour oublier. Et puis 2 ans de spécialisation avec un stage en alternance, dans un domaine aussi chiant que compliqué (deux mots qui s’accordent très bien avec le droit en général) : le notariat. Oui on est bien d’accord, vraiment chiant. Et puis là, révélation : mais qu’est-ce que je fous à travailler pour un truc qui me fait autant plaisir que d’aller me faire épiler ?
Alors, j’ai pris ma décision. Pas d’un coup ; ça a muri. Une séparation amoureuse et puis hop, on voit l’avenir un peu autrement. Au début, je voulais partir à l’autre bout du monde en me disant que j’allais trouver ce que je cherchais. Et puis non. Lisbonne m’est apparue une nuit de février 2015. Je connaissais déjà la ville pour l’avoir visitée au moins 4 fois, et toujours avec autant d’émerveillement. Je me suis dit que j’avais quelque chose à faire là-bas.
Aujourd’hui je sais que j’ai fait le bon choix. D’ailleurs, je n’en n’ai jamais douté. Dès mon arrivée c’était comme l’évidence : cette ville m’attendait. Elle était faite pour moi et j’étais faite pour elle ; notre histoire d’amour se porte très bien, merci. Plaisanterie mise à part, Lisbonne a quelque chose de très précieux : elle oscille parfaitement entre tradition et modernité. En tout cas pour l’instant ; car les choses changent très vite ici (merci l’augmentation incessante du tourisme)(en même temps je comprends cette ville est tellement cool).
Elle peut très bien vous offrir un paysage magnifique, une architecture ancienne conservée avec soin, des tascas (restaurants traditionnels) encore dans leur jus, des velhas (vieilles) à leur porte discutant avec voisins ou passants, des monuments à couper le souffle ; organiser des fêtes de quartier (des vrais de vrais) et d’un autre côté ouvrir et encourager de nouvelles adresses branchées (sans être forcément élitistes, certaines le sont), offrir de grandes bâtisses réhabilitées par de jeunes créateurs, artistes, ou encore l’accueil de festivals internationaux pour permettre aux jeunes lisboètes d’exprimer leur pulsion de vie.
Lisbonne a cette sensibilité qu’il m’est pratiquement impossible de décrire sans que, celui ou celle avec qui j’échange, l’ai déjà ressentie un jour.
Mais pour toi, je vais essayer, par mes mots, de me rapprocher au plus près de cette sensation.
Cette ville ne vous juge pas, elle s’ouvre à vous, vous permet de la découvrir en pensant que personne n’a traversé cette ruelle avant vous ; que vous êtes le premier à passer votre tête dans une fenêtre cassée pour découvrir un immeuble en ruine, elle vous fait sentir unique, vous offre des points de vues exceptionnels presque en ne rien faisant, vous berce par ses lumières d’aube, de jour, et de crépuscule. On peut passer sa journée à la contempler sans jamais être lassé. Elle se renouvelle constamment, sans oublier ses “vieux”, sans oublier qu’avant elle était pauvre, sans oublier qu’elle doit rester elle-même.
Une partie de cette sensation est bien entendue dûe à l’accueil bienveillant des gens qui y habitent. Parlant portugais et fille de mère portugaise, il m’est plus facile de créer un contact avec eux, et par la même de les comprendre, car je connais déjà les us et coutumes. La barrière de la langue n’est plus, je n’ai pas à franchir l’étape d’intégration classique.
Je peux me rapprocher de près de l’âme d’un lisboète. Lui, elle, si fier de sa ville et de son pays qu’ils inventèrent un style de musique pour l’exprimer : le fado. Il existe d’ailleurs un mot qu’on ne peut pas traduire textuellement en français et qu’on retrouve merveilleusement bien dans le fado : saudades. Cela signifie avoir le manque de quelqu’un, ou de quelque chose avec un teinte de mélancolie très caractéristique des portugais. Cette mélodie particulière était chantée par les marins qui jadis, partaient en mer pour de longues périodes et ne savaient pas s’ils allaient rentrer vivant chez eux ; ils avaient des “saudades” de leur famille, ou de leur pays.
Lisbonne, c’est aussi la douceur de vivre. C’est mon bain à la parfaite température.
C’est découvrir la vie de quartier à la sauce lisboète, c’est se poser dans un parc lorsqu’il fait un temps sublime entre deux rendez-vous, c’est écouter autour de soi les bruits de tramways, les échos du fleuve Tejo, les discussions animées dans les cafés.
C’est sentir la chaleur teintée de vent parcourir les rues, admirer l’éclat du soleil qui colore les murs des vieux immeubles, et qui nuance les traits du visage de ses habitants.
Merci à mes vieux à moi de m’avoir enseigné cette culture, cet amour du pays, car il me permet aujourd’hui d’être tombée totalement amoureuse de Lisbonne, ville éternelle de culture, d’ouverture d’esprit et de modernité.