De bonnes façons et de meilleures façons de convaincre les gens de devenir véganes — et de le rester

Nous pouvons réaliser d’immenses progrès vers un monde plus compatissant

Matthew Glover

Matthew Glover est le cofondateur de Veganuary, une campagne internationale qui vise à réduire la souffrance animale en incitant les gens à essayer le véganisme pendant le mois de janvier.

Entrepreneur depuis l’âge de 21 ans, Matthew a créé et dirigé deux sociétés florissantes. Actuellement président d’une entreprise d’exposition dans le secteur du verre et du vitrage, il met à profit ses connaissances dans le marketing et la vente pour apporter un esprit d’entreprise à l’activisme végane.

Voici le discours qu’il a prononcé au VegFest de Londres en octobre 2015. (Traduction française de We can make massive strides…)

Qui, ici, aimerait que le monde devienne végane ?
Voyez-vous, je ne pense pas qu’un monde végane soit possible… si nous entendons continuer comme ça.

Je vois quelques progrès, mais nous pouvons mieux faire. Nous devons penser différemment ; si nous le faisons, alors nous pourrons réaliser d’immenses progrès vers un monde plus compatissant.

Les recherches approfondies que j’ai faites semblent indiquer qu’il existe de bonnes façons et de meilleures façons de convaincre les gens de devenir véganes — et de le rester. Voici quelques suggestions parmi les meilleures :

  • Nous devons encourager notre famille et nos amis à regarder Earthlings, Cowspiracy, La santé dans l’assiette (Forks Over Knives) ainsi que les vidéos percutantes qui exposent la cruauté de l’élevage industriel. Je suis moi-même devenu végane après avoir regardé une vidéo de PeTA.
  • Les engagements sont très efficaces. Je le sais parce que nous avons convaincu de nombreuses personnes de devenir véganes grâce à Veganuary. 49 % des participants sont toujours véganes après 6 mois, et une majorité de répondants au sondage indiquent qu’ils réduiront leur consommation de produits animaux.
  • Nous devons nous concentrer sur les animaux d’élevage, en particulier les poulets et les poissons. C’est crucial. Les animaux destinés à la consommation représentent environ 98 % des animaux maltraités dans le monde. Nous devons choisir nos combats et utiliser au mieux le temps dont nous disposons pour sauver le plus d’animaux possible. Si un génie apparaissait maintenant dans cette salle pour exaucer un de ces deux vœux, sauver 100 000 animaux ou en sauver 20, je pense que nous serions tous d’accord sur le choix à faire. Pourtant, certains activistes ne font pas ce choix lorsqu’ils agissent pour les animaux.
  • Nous ne devons pas juger. La plupart d’entre nous mangions de la viande, puis nous sommes devenus végétariens, ensuite nous sommes devenus véganes. Quand j’étais végétarien, je pensais que les véganes étaient un peu bizarres (d’ailleurs, je continue de croire que certains sont un peu étranges). Nous devons donc les comprendre et ne pas les accuser d’être de mauvaises personnes. Nous devons être solidaires et compréhensifs.
  • Ce qui nous amène au « réduitarisme » (reducetarianism). De nombreux éléments montrent que les personnes qui réduisent leur consommation de viande, de produits laitiers et d’œufs épargnent aux animaux bien plus de souffrance que les véganes. A mesure que le nombre de personnes ayant réduit leur consommation croît, il devient de plus en plus facile pour celles-ci de devenir compatissantes et, par la suite, de devenir végétariennes et véganes.
  • De plus, le nombre croissant de personnes ayant réduit leur consommation incite les entreprises à commercialiser des alternatives. Les entreprises ont le potentiel de sauver un très grand nombre d’animaux, probablement davantage que les activistes et les associations de protection animale. Regardez l’influence qu’exercent Hampton Creek et Beyond Meat. La viande in vitro a également le potentiel de vraiment changer la donne dans les années à venir.
  • Nous devons innover. Nous avons besoin de substituts de poisson, de poulet et d’œufs qui ne sont pas simplement aussi bons que les produits actuellement proposés aux consommateurs, mais meilleurs.
  • Nous devons encourager les entreprises à sortir davantage de produits véganes sur le marché. Nous devons admettre que si une évolution substantielle vers le véganisme se produit dans un futur proche, il n’y aura pas assez d’entreprises véganes pour satisfaire la demande. Il leur serait tout simplement impossible de s’adapter. Nous devons collaborer avec les entreprises et les encourager à abandonner les produits animaux pour les remplacer par des produits exempts de cruauté.
  • Les investigations — elles sont absolument vitales. Au Royaume-Uni, nous sommes loin d’entreprendre suffisamment d’enquêtes. Nous avons besoin de personnes courageuses qui seraient prêtes à aller dans les abattoirs et les fermes-usines pour documenter ce qui s’y passe, et ce dans le but de faire les gros titres de l’actualité.
  • Nous devons nous engager sur le plan politique et influencer les personnes d’influence. On peut observer des signes de progrès depuis l’arrivée de Jeremy Corbyn et du nouveau cabinet fantôme du parti des travailleurs, mais nous devons être plus actifs dans ce domaine. Notre hôte aujourd’hui, Kim Stallwood, a écrit le livre Growl qui traite de ce sujet et que je recommande vivement.
  • Nous devons varier les « pourquoi ». Se concentrer moins sur les arguments les plus étroitement liés à l’éthique et aux droits des animaux, qui seraient moins efficaces selon des études récentes, et se concentrer davantage sur la cruauté et les arguments en lien avec l’environnement et la santé.
“Si vous pouvez choisir d’être ce que vous voulez, soyez gentil.”
  • Nous devons cesser de nous quereller et de prendre parti dans des débats souvent sans intérêt sur l’opposition abolitionniste/welfariste. Les disputes internes et le dénigrement d’autres activistes et groupes n’aideront pas les animaux.
  • Nous devons nous focaliser davantage sur les questions « comment devenir végane », « comment réduire sa consommation de viande » et « pourquoi les gens devraient changer leurs habitudes ». Nous devons convaincre les gens du bien-fondé du véganisme ET rendre les choses plus faciles pour eux. Un activiste qui passe son temps libre à dialoguer avec les entreprises afin de les inciter à proposer plus d’options véganes dans les magasins et restaurants aide considérablement les animaux.
  • Nous devons cibler les personnes qui sont les plus disposées à nous écouter plutôt que de se préoccuper tant de ceux qui ne deviendront jamais véganes. Cela signifie que nous devons faire en sorte que la proportion de véganes et de végétariens passe de 5 % à 10 % de la population. Une fois que nous aurons atteint cet objectif, nous pourrons penser au passage des 10 % aux 15 %.
  • Les études ont montré que la distribution de tracts sur les campus universitaires est particulièrement efficace. Pour les activistes, c’est une excellente façon d’aider les animaux.
  • Les publicités sur Facebook sont essentielles pour la diffusion de notre message. Les activistes peuvent financer la promotion de vidéos en ligne ou payer des associations pour qu’elles le fassent à leur place.
  • La création de groupes de soutien véganes locaux permet d’aider efficacement les personnes à rester véganes. Et bien sûr, les Vegfests comme celui-ci sont extrêmement importants.
  • Et pour finir, l’organisation de conférences sur l’élevage industriel dans les écoles et les universités constitue une forme d’activisme sensationnelle. Des groupes tels que VIVA!, Animal Aid et Vegan Society ont des programmes pour cela.

Tout ce que je viens d’énumérer est important. Ce sont quelques-unes des méthodes que nous devons employer.

Cependant, tout cela est impossible à faire sans argent !

Le manque d’argent est actuellement notre plus gros problème, et c’est ce manque d’argent qui nous empêchera de réussir. C’est une situation du type « David contre Goliath », mais ici, David a la taille d’une fourmi. Comme je l’ai dit un peu plus tôt, 98 % des animaux qui souffrent sont ceux affectés par l’élevage et la pêche. Pourtant, seul un très petit pourcentage des dons de charité est reversé aux associations qui se concentrent sur les animaux d’élevage. La vaste majorité des dons profite aux refuges et à la protection d’un nombre beaucoup plus petit de chiens, de chats, de chevaux et autres animaux dont nous nous soucions tant. La RSPCA génère 130 millions de livres sterling, le Dogs Trust environ 76 millions, alors que les plus grandes associations pour les droits des animaux du Royaume-Uni survivent avec une somme de 3 millions de livres répartie entre elles. Permettez-moi de vous donner un exemple des conséquences sur la réduction de la souffrance animale. En 2013, le Dogs Trust a permis l’adoption de 12 742 chiens avec un revenu annuel de 76 millions de livres. Chaque chien adopté a donc coûté 6000 livres. Or, avec un don de 6000 livres, une association comme Animal Equality pourrait épargner à 100 000 animaux une vie au sein de l’élevage industriel, au lieu de permettre l’adoption d’un seul chien.

“Si vous pensez qu’être végane est difficile, imaginez combien il doit être difficile de vivre pour un animal en élevage intensif.”

Nous combattons les symptômes, pas la cause première.

Si nous voulons réduire le plus possible la souffrance des animaux et construire un monde meilleur, alors nous devons choisir avec beaucoup de soin les associations caritatives auxquelles nous allons faire un don. Animal Charity Evaluators, qui est un projet américain remarquable, examine les données, analyse l’efficacité et donne des recommandations afin que votre don ait un maximum d’impact. Actuellement, les 3 organisations caritatives les plus efficaces sont Animal Equality, Mercy for Animals et Humane League.

Je vous conseille à tous d’aller voir ce site, d’étudier l’activisme efficace pour les animaux ainsi que l’altruisme efficace, et de vous demander si la méthode « faire quelque chose, faire n’importe quoi » est vraiment la meilleure forme d’activisme pour les animaux. Pensez ainsi : est-ce que cette activité permet le sauvetage du plus grand nombre d’animaux ? Est-ce la meilleure façon d’utiliser mon temps et mon argent ?

Alors que les secteurs de la viande, du lait, des œufs et de la pêche investissent massivement dans la publicité, des groupes tels que Vegan Society, VIVA!, Animal Aid, Animal Equality et Veganuary se débattent avec des ressources financières très limitées. Les entreprises alimentaires véganes ne peuvent pas non plus soutenir cette concurrence.

Nous devons trouver de toute urgence davantage de sources financières pour les entreprises et les associations qui font la promotion du véganisme et de la réduction de la consommation de produits animaux. Nous devons convaincre les millionnaires qu’ils peuvent contribuer dans une très large mesure à la réduction de l’immense souffrance subie par les animaux dans les élevages et les océans. Ceux qui ont le sens des affaires doivent créer des entreprises et développer des produits qui constitueront des alternatives aux produits animaux.

Nous faisons des progrès, et la présence aujourd’hui de tant de personnes bienveillantes et animées de compassion m’inspire. Je sais que nous voulons tous faire de notre mieux pour les animaux. Alors poursuivons nos efforts pour y parvenir en pensant différemment et en agissant efficacement.

Merci.

Traduction: Jean Gauthier, éditée et publiée par Vincent Berraud pour L’Animaliste


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