Exposome : prendre en compte les effets cumulés dans l’évaluation des risques pour la santé

Développé en 2005 par le biologiste moléculaire Christopher Wild (ex-directeur du Centre international de recherche contre le cancer), et faisant l’objet depuis de nombreux travaux de recherche, le concept de l’« exposome » conduit à considérer l’ensemble des expositions (environnementales, alimentaires) — du fait de tous les types d’effets adverses, qu’ils soient chimiques, physiques, biologiques, voire de facteurs psychosociaux et résultant aussi bien des conditions de travail, de vie, que des comportements individuels — dans l’évaluation et l’identification des réponses biologiques, puis des effets sur la santé en termes de pathologies chroniques. La loi de modernisation du système de santé du 28 janvier 2016 
 a introduit dans le Code de la santé publique des dispositions faisant référence au concept d’exposome.

Il revient à prendre en compte cinq facteurs déterminants :

  • le rôle de l’accumulation dans le temps des expositions, et le caractère différé de l’émergence de certains effets sur la santé (notamment suite aux expositions chroniques) ;
  • la prise en compte de la « fenêtre d’exposition », qui part du constat 
     que les mêmes expositions ne produisent pas les mêmes effets suivant la période de vie où l’être humain est exposé ;
  • le cumul des expositions externes, aussi bien en termes de stresseurs (physiques, chimiques, microbiologiques), que de voies d’exposition (ingestion, respiration, contact, etc.) conduisant à une exposition interne de différents organes et systèmes biologiques ;
  • l’interaction entre ces stresseurs dans l’activation de voies de réponse adverse au niveau cellulaire, puis des organes conduisant à l’expression de pathologies ;
  • l’influence des facteurs psychosociaux en tant que déterminants des motifs et trajectoires d’exposition.

S’il est facilement accepté que chacun de ces facteurs pèse dans la construction de la réponse des êtres vivants à l’histoire de leur exposition, leur poids dans cette réponse globale reste indéterminé à ce jour. Ce manque de connaissance constitue une source d’incertitudes que l’on retrouve dans les débats publics autour de sujets sensibles, tels l’effet chronique à des faibles doses d’exposition ou les effets cocktail. La pertinence des modèles expérimentaux dans la détermination dose-réponse, les facteurs de confusion dans les études épidémiologiques, la prise en compte des ajustements liés aux extrapolations (facteurs de sécurité) dans les approches toxicologiques conventionnelles, etc. constituent autant de questions auxquelles le concept vise à apporter — à terme — des éléments de réponse.

Pour y contribuer, l’Anses propose d’évaluer de manière systémique les conséquences concrètes qu’ouvre l’inscription du concept d’exposome pour tracer des lignes de réflexion, puis d’action, en vue du développement et de l’intégration de ce concept dans le déploiement de ses métiers et des compétences à mobiliser : recherche et référence, surveillance et vigilance, évaluation des risques, autorisation et mise sur le marché de produits réglementés.

L’Agence pose les bases méthodologiques qui permettront de hiérarchiser les mélanges prioritaires de substances chimiques à prendre en compte, mais aussi d’identifier les bases méthodologiques pour explorer le concept d’exposome et sa mise en œuvre dans les travaux d’expertise. Il s’agit d’un défi lié en premier lieu à la connaissance des expositions, mais également un défi méthodologique pour l’évaluation des risques. La prise en compte de l’exposome constitue aussi une opportunité de faire valoir et d’exploiter l’intégration des différents champs de compétences de l’Anses.

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C’est la période in utero et bas âge pendant laquelle l’enfant est particulièrement sensible aux stimuli de l’environnement.