Les plateformes sont devenues les éditeurs

Le monde a changé. Désormais ce sont les mêmes entreprises qui produisent le contenu et assurent sa distribution. Comme si les kiosquiers s’étaient mis à éditer les journaux.

Jusqu’à un passé récent, les tâches étaient réparties dans la distribution des contenus. Les uns se chargent de les produire, les autres de la distribution, avec l’État au dessus pour effectuer la régulation. Mais tout cela a volé en éclat, car les plateformes de distribution sont devenues des éditrices. Et pourraient bientôt ne plus avoir besoin des autres éditeurs.

Le précédent Netflix

Le monde des médias se plaint depuis des années de voir son contenu indexé par Google. La firme de Mountain view pomperait ainsi le contenu de nombreux journaux pour Google actualité notamment. Mais depuis quand un écrivain se plaint-il d’être référencé par un bibliothécaire ? Tant que Google indexe les sites, il s’appuie sur eux et leur amène même du trafic. L’histoire pourrait être très différente demain si l’entreprise de Larry Page et Sergey Brin se mettait à rédiger par elle-même tous les articles de Google actualité. Notamment en s’appuyant sur de puissants algorithmes pour les rédiger automatiquement.

Des secteurs ont déjà été impacté par ce changement. Le plus notable est celui de la VOD, où l’un de ses principaux acteurs, Netflix, ne s’est pas contenté d’être la meilleure plateforme de diffusion. Elle a créé ses propres séries, disponibles en intégralité sur sa plateforme. L’entreprise américaine a même renversée la chronologie des médias, proposant maintenant sa série « Marseille » à ses abonnés et… en diffusion simultanée sur TF1 ! Dans le même temps, Twitter a racheté les droits de la NFL (Ligue de football américain) et diffusera désormais l’affiche du jeudi soir via son application Périscope.

Les annonces choc de SFR

Par ailleurs, le lecteur de sites d’actualité doit encore aujourd’hui souscrire des abonnements ou accepter de payer ses contenus beaucoup plus chers à l’unité sur chaque média. Une vision étroite qui reste dans la logique d’un seul média par lecteur, alors que nous sommes maintenant habitués à picorer. La donne devrait changer avec SFR Presse, une application de l’entreprise de télécom, qui propose à ses abonnés de lire gratuitement les contenus de Libération, l’Express ou Studio Ciné Live et de 14 autres médias. Des titres qui appartiennent pour beaucoup au groupe de l’opérateur.

SFR prévoit aussi de créer 5 chaines de sport, servant à diffuser les droits acquis par son boss Patrick Drahi, notamment avec le football anglais. Dans ce cas le diffuseur devient là aussi directement producteur des contenus. Un changement qui explique le rapprochement entre Canal+ et Bein Sport, après des années de bataille sur les droits sportifs.

Élargir la plateforme de service

Il ne s’agit pas là d’un feu de paille, c’est une tendance lourde. Les médias pourraient de plus en plus être la propriété ou être directement créés par des diffuseurs. Un syndrome de leur incapacité à devenir des plateformes. Il n’est pas encore trop tard, mais il faudrait pour cela fédérer de nombreuses entreprises ou proposer des services beaucoup plus globaux que des informations d’actualité. La presse est de plus en plus face à un choix : changer radicalement ou mourir. Car demain le métier de journaliste pourrait bien être exercé directement chez Facebook, Google ou SFR.

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