“ You say good bye, I say Ello” ou la théorie inversée des Beatles

Vous qui sillonnez les mers tumultueuses du Web, sentez-vous ce souffle révolutionnaire qui semble animer certains espoirs fantomatiques ? Sentez-vous cette fièvre anti-système, cet embrasement spirituel qui attise soudainement certaines communautés ? Ce frisson palpable des fossoyeurs de l’ordre établit, ceux qui attendent en vain LE site tendance qui leur permettra de dire, un jour, “j’étais dans les premiers”.

Voyez cet intérêt prononcé, ou plutôt cette curiosité morbide pour le nouveau bourreau proclamé : Ello, énième réseau social hype de la famille des “Facebook Killer”. Difficile d’échapper cet étalage de liens vers le profil, de courriels d’invitations et de commentaires bien polis pour signifier son intérêt. Il faut l’avouer, les fondateurs d’Ello ont plutôt bien enrobé leur discours en lui donnant une saveur de propagande. Un manifeste, puisque tout est dans la sémantique, afin de faire résonner dans nos cerveaux amorphes les échos des grands plaidoyers qui ont fait l’histoire.

Every post you share, every friend you make and every link you follow is tracked, recorded and converted into data. Advertisers buy your data so they can show you more ads. You are the product that’s bought and sold.

Note : lire la première phrase sur le rythme d’Every Breath You Take de Police pour plus d’amusement.

En somme, et pour aller au plus bref, le fameux leitmotiv “si c’est gratuit, c’est toi le produit” ne devrait être qu’un lointain souvenir. Aujourd’hui, “si c’est gratuit, c’est gratuit”. Voilà la promesse, très facile à comprendre même pour une perruche sociopathe. En plus cela doit faire trembler ces chiens de capitalistes que sont Facebook ou Twitter.

Enfin vous n’êtes pas le produit. Pas vraiment.

Ello a été ouvert sur invitation, comme bon nombre de ses prédécesseurs ayant cherché à ébranler les fondations de ce régime fasciste qui nous est imposé. Vous recevez donc cette invitation d’un ami qui se targue d’appartenir à cette [élite anticonformiste / classe prolétaire curieuse] et à votre tour vous l’offrez à d’autres en espérant que ces derniers vous intègre à leur réseau. Car au final, il n’y a personne dans la place et vous vous trouvez bien vite seul. Une sorte de manifestation syndicaliste qui peine à composer sa foule.

Au final, vous êtes tout de même une sorte de produit d’appel. Tu as une invit ? T’en veux une ? Allez, vieeeennns. Come on et je te ferais des bisous. Vous vous transformez en panneau publicitaire géant pour promouvoir un service à l’anthitèse affichée de cette pratique. Génie.

Le projet n’est pas sans rappeler Diaspora, qui lui aussi se drapait des plus beaux habits de chevalier blanc. En vain. Tout comme ses autres copains. Car copier Facebook pour y saupoudrer un zeste d’éthique, cela ne sert à rien. Ce serait comme essayer de vendre un doberman avec un noeud dans les cheveux, cela ne fera jamais un Yorkshire. Convenons-en.

Lors de l’écriture de notre livre sur les crises, une chose qui m’avait profondément étonné était la faculté d’une grande majorité des consommateurs à oublier ou occulter certains faits pourtant immoraux. Propos racistes, pollution, morts d’ouvriers … les horreurs défilent, le bras de la révolte continue de se tendre, le poing haut et fort, pour donner sa monnaie à la caissière. Surtout ne pas bousculer ses habitudes, ne pas changer son rythme de vie. Attention, je ne blâme pas je constate. Etant humain d’obédience fataliste, je pense d’ailleurs appartenir moi-même à cette espèce résignée et adepte de son cocon consumériste.

Facebook a évolué selon des usages, il s’est adapté à des besoins, et c’est ce qui explique sa formidable longévité. Une sorte de Darwinisme à l’heure du numérique diront certains. Difficile donc pour un concurrent de se positionner sur le même créneau sans facteur différenciateur pratique qui puisse venir combler un manque. Et à mon sens, le Do Not Track n’est pas un véritable usage à proprement parlé, les internautes ne verront pas ou peu la différence avec leurs habitudes de réseautage. Je publie, je poste, je commente. Je lolcat.

Personnellement, Ello sent le flop au même titre que ses prédécesseurs car tous cherchent à se positionner sur des éléments purement “éthiques”, au détriment de mécanismes novateurs. Il faut proposer une nouvelle expérience, combler un vide pratique mais certainement pas aborder des aspects purement “intellectuels”.

Good Bye Hello.

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