Chronique d’une vie


Depuis une semaine j’étais devenu un ballon d’eau indégonflable.

Ou, une montgolfière.

J’accusais à tort et à travers les haricots rouges, le gluten et le soja.
Rien à faire, j’avais renoncé au soja et au gluten depuis quelques semaines, fallait-il maintenant que j’abandonne les savoureuses soirées de « frijoles refritos » ?

Mais non. C’était toi. Et je n’en savais rien. Du moins pas encore.

C’est par un beau matin d’été en me réveillant avec l’envie pressante d’aller uriner, que j’ai su.

Crois-moi, ma vie avait déjà basculé

des vies, des choix

Une fraction de barre rose que je me retrouve parachuté au milieu d’un rond point : les voitures autour de moi prennent chacune leur chemin, accélérant la cadence de plus en plus, chacun sait où il va. désemparée. je regarde chaque route. une route, une décision. une décision et la vision de ma vie en accéléré: seule avec 72 chats, mariée épanouie, mariée désillusionnée, seule avec un enfant, en couple avec un enfant, sans enfant et seul, avec un enfant handicapé, pourrissant au Canada dans le froid, triste, heureuse, dépressive, au comble de la joie, vieille, moche, chats, enfant, seul, couple, triste, heureuse, moche, vieille, joie, canada, épanouie, triste. tout s’accélère. les voitures continuent leur course folle et moi, toujours perdue au milieu de ses choix. tout s’accélère. les vies passent l’une après l’autre toujours plus vite, toujours plus rapide, le futur n’a jamais été aussi présent. la panique s’empare de moi, je regarde autour : les images de la route, des vies, des barres roses, de ma salle de bain et de ma chatte Athena se superposent. tout s’accélère. une vague de larmes m’envahit et se voit suivie d’une deuxième, puis d’une troisième. Que faire? Quelle décision prendre? Je veux appeler ma mère: demander aux secours. tout s’accélère. mon cœur bat sur une valse à mille temps, il essaye de garder le rythme de la course effrénée de mes vies futures. tout s’accélère. je perds le contrôle. désormais c’est mon corps entier qui s’effondre en tremblements.

Ai-je couru? Ai-je marché? Dans le lit à bout de souffle, en panique, je continue de pleurer. 
Je suis morte de peur. Je lui raconte ma course futuriste.
“T’as pris du LSD?”
Je crois que j’ai réussi à rire.

La boule au ventre comme un premier jour d’école, ce matin d’été suivant, la vie me semble déjà différente, d’ailleurs les couleurs sont plus éclatantes. 
L’hyperactivité encéphalique de la vieille m’a brûlé. Plus de cerveau.

J’ai déjà oublié les “frijoles refritos”, d’ailleurs je ne pense plus.

Tout

passe

si

lentement,

les

minutes

n’avancent

plus.

Du coin de l’œil je regarde l’heure qui n’a pas changé…

Depuis une éternité.

Je me meus dans la vie, comme un fantôme, à deux vitesses.

De loin au ralenti, je vois les gens, se plaindre de leur vie.

Tais-toi donc, je viens de vivre 500 vies, en une journée

J’aimerais savoir, ne pas avoir à attendre.

Mais attendre quoi au juste?


Te rencontrer.

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