Aux origines de la French Touch (podcast)

podcast from a conference I made in 2016 at Institut Français de la Mode about the origins of the French house explosion in the mid 90’s.

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Introduction

Plusieurs définitions de la French Touch

1. Déclinaison française de la house de Chicago, produite à la toute fin des années 90 par une poignée de producteurs parisiens et versaillais (Dimitri from Paris, Bob Sinclar, Daft Punk, I:Cube, Cassius, Motorbass, Super Discount) à grand renfort de samples funk ou disco filtrés ;

2. Musiques produites depuis le début des années 90 par la scène électronique française (du trip hop de DJ Cam au hardcore de Manu le Malin, en passant par la pop planante du groupe Air, la fusion jazz/house de St Germain ou les tubes mainstream de David Guetta) ;

3. Productions musicales françaises ayant rencontré une reconnaissance ou un succès majeur à l’étranger (des partitions de Claude Debussy à Christine & The Queens, en passant par les chansons d’Edith Piaf, les tubes de Cerrone ou les albums de Manu Chao) ;

4. Productions artistiques, littéraires, scientifiques ou techniques révélatrices de l’esprit français et célébrées dans le monde entier (de la philosophie des lumières aux innovations des frères Lumière, en passant par la peinture impressionniste, la nouvelle vague, l’architecture, la gastronomie ou la couture).

1ère partie : Clair de Lune, les pionniers du clubbing, de la radio et du home-studio

La discothèque, une invention française

Le Barclay’s Club (1945) d’Eddie Barclay ; le Whisky à Gogo (1947) de Paul Pacini ; Chez Régine (1956) ; Chez Castel (1958) ; puis dans les années 60, La Locomotive, le Golf Drouot, le Bus Palladium ou le Rock’n’Roll Circus.

Lucien Leibovitz, premier «opérateur de disques», ancêtre du disc-jockey

Les clubs de la rue Sainte Anne et les premiers « disquaires »

Le Club Sept (1968) de Fabrice Emaer, son « disquaire » Guy Cuevas et ses clients VIP (Yves Saint-Laurent, Kenzo, Claude Montana) ; Serge Kruger et la bande des Halles (Jean-Charles de Castelbajac, Alain Pacadis, Yves Adrien).

Fabrice Emaer, Guy Cuevas, Serge Kruger, Jean-Charles de Castelbajac, Yves Adrien

L’importance des boutiques d’imports

Sinfonia (1928), Lido Musique (1961), la Galerie Givaudan (1966) et Champs Disques (où Michel Gaubert débuta sa carrière)

publicité pour la boutique Sinfonia ; invitation pour l’inauguration du “Colette” des années 60

Les pionniers de la radio moderne

Sur Europe 1, les émissions “Dans le vent” (1964–1968) d’Hubert Wayaffe, “Salut les copains” (2ème époque) et “Bon Dimanche les Copains” par Jean-Bernard Hébey et President Rosko ; sur France Inter, le “Pop Club” (1965–2005) de José Artur ; sur RTL, “Minimax” (1966–1968) de President Rosko et “Poste restante” (1968–1981) de Jean-Bernard Hebey ; sur France Culture, “l’Atelier de création radiophonique” (1970–1987) de Daniel Caux.

Hubert ; President Rosko ; José Artur en compagnie d’Otis Redding ; Daniel Caux en compagnie de Terry Riley

L’avant-garde électronique et l’invention du home studio

Pierre Schaeffer et le Groupe de Recherche Musicale (de Pierre Henry à Jean Michel Jarre) ; Michel Magne et le Château d’Hérouville ; François de Roubaix et son home-studio.

François Bayle, Pierre Schaeffer and Bernard Parmegiani au GRM (1972)

La pop électronique

Pierre Henry et Michel Colombier pour Maurice Béjart (Psyché rock) ; Jean-Jacques Perrey (E.V.A.)

Notes de pochette du 45 tours Psyché Rock (1967)

2ème partie : Nouvelles vagues, l’âge d’or du disco, radios libres et contre-culture

La Main Bleue (1976–1979)

Club éphémère de la banlieue rouge, ouvert en décembre 1976 par Jean-Michel Moulhac, qui transforme - avec l’aide du tout jeune Philippe Stark - un entrepôt de 1300 m2 du centre commercial de Montreuil en premier grand théâtre de la nuit parisienne ; initialement destiné aux clientèles antillaises et noire-africaines refusées à l’entrée des clubs parisiens, ce lieu deviendra rapidement le plus couru de Paris, des soirées de Karl Lagerfeld aux visites d’Andy Warhol ou de Mick Jagger. Concurrencé par le Palace, le club fermera et donnera lieu en 1979 à l’ouverture de la Main Jaune.

DJ résident : Serge Kruger

Le Palace (1978–1983)

Monté par l’équipe du Sept sur le modèle de la Main Bleue et du Studio 54 à New York, ce club légendaire du Faubourg Montmartre, sera à son tour le siège de fêtes insensées (anniversaires de Kenzo, bals costumés de Karl Lagerfeld, mariage de Loulou de la Falaise) et le lieu d’innombrables concerts (Grace Jones, Iggy Pop, The B-52’s, Talking Heads, Serge Gainsbourg, The Clash, U2, Prince, New Order). Un second club, Le Privilège, ouvrira en 1980 à l’attention d’une clientèle plus select.

DJs résidents : Guy Cuevas, Albert de Paname, Philippe Krootchey, Michel Gaubert

Les Bains-Douches (1978–1984)

Concurrent du Palace, monté par Jacques Renault et Fabrice Coat, futurs repreneurs de la Cigale et fondateurs des sociétés de production Corida et Program 33 (le programme Tracks sur Arte). Club décoré par Philippe Stark, fréquenté par le gotha international de la mode, du cinéma et de la musique. Lieu des premiers concerts français de groupes tels que Joy Division ou Depeche Mode.

DJs résidents : Philippe Krootchey, Patrick Vidal, Uncle O

Plumes et oiseaux de nuit

La revue Façade (1976–1983) d’Alain Benoist (correspondant du magazine Interview d’Andy Warhol), à laquelle participeront Karl Lagerfeld, Alain Pacadis, Thierry Ardisson, Philippe Stark, Jean-Baptiste Mondino, Pierre et Gilles ou encore Yves Adrien.

Actuel, 3ème série (1979–1994) de Jean-François Bizot, ou l’on retrouvera Rémy Kolpa Kopoul, Jean-Pierre Lentin, Léon Mercadet, Bernard Zekri, Frédéric Taddeï, Ariel Kyrou, Philippe Vandel, ou Ariel Wizman.

Palace Magazine (1980–1982) de Prosper Assouline, ephémère magazine du club éponyme ou on retrouvera entre autres des textes d’Alain Pacadis.

L’ère des radios libres

En compétition avec les programmes pirates émergents (Radio Verte, Radio Ivre, Pink Radio, futur Radio Nova et Radio FG), RTL riposte avec le programme “Disco Show” (1978–1983) animé par Bernard Shu, puis Radio France avec Radio 7 (1980–1986), première maison de Sidney (H.I.P. H.O.P.), Robert Levy-Provencal, Dee Nasty ou du futur Dimitri from Paris.

French disco et jeunes gens modernes

3ème partie : Sacré français, l’émergence de la house et le phénomène rave en France

Les boutiques d’imports

Les radios spécialisées

Welcome to the club

Enter the rave

Répression, bataille médiatique et victoire politique

Premiers labels house et techno français

MC Solaar, Motorbass et la Funk Mob

Les “Versaillais”

Le rôle des majors et le cas Daft Punk

Des soirées Respect aux nuits du Pulp

Versatile, Record Makers, Ed Banger, Kitsuné

En guise de conclusion

Dans le domaine de la musique, La French Touch est devenue une ambassadrice de premier plan du Made in France, synonyme de qualité, d’élégance et d’un certain hédonisme.

L’écosystème artisanal de la musique d’il y a 30 ans a disparu ; la rareté, voire l’exclusivité des disques des djs comptaient en effet autant que leur talents de programmateur ou d’animateurs. Les boutiques de disques étaient à ce titre indispensables et le rôle des médias déterminant dans la diffusion de la nouveauté. Les créateurs y trouvaient mécaniquement leur compte sans être obligés de se produire sur scène.

Aujourd’hui, la musique est gratuite, disponible partout, tout le temps ; tout le monde est devenu DJ et n’importe qui peut devenir musicien en quelques clics ; les anciens médias prescripteurs et les vendeurs de la Fnac ont été remplacés par les réseaux sociaux, par des marques diffuseuses de tendance ou par des algorithmes de recommandation.

Dans ce nouvel écosystème, seuls les artistes qui parviennent à être bookés régulièrement en club ou en festival peuvent en vivre correctement ; pour les autres, seuls survivent ceux qui parviennent encore à vendre leur musique, à la voir diffusée régulièrement en radio ou placée à l’image.