La primaire ça marche aussi (Lettre à Emmanuel Macron)

Manu,

La jeunesse qui nous rapproche m’incite à rompre la distance qui nous sépare et j’espère que tu ne m’en voudras pas de renoncer au vouvoiement pour m’adresser à toi en ces termes.

Manu, j’ai adhéré à En Marche cet été. J’ai donné de l’argent pour que ton mouvement se développe.

Bien avant que tu nous soumettes ton plan de transformation.

Bien avant que tu te déclares candidat à la Présidence de la République.

Je suis venue au Player, j’ai assisté à deux comités locaux, j’ai écouté tes marcheurs, et surtout je t’ai écouté toi, à Strasbourg, au Mans et à Montpellier. Je t’ai acclamé parfois, cautionné à plusieurs reprises, critiqué souvent je dois l’avouer, mais j’ai toujours cru en ta capacité à offrir aux Français une vraie alternative à la droite et l’extrême droite en 2017. J’ai cru en cette offre supplémentaire que tu semblais constituer dans le paysage politique français et à ce vent nouveau que tu prétendais souffler.

Seulement, tu vois Manu, il y a quelque chose que je ne pas comprends pas et qui, aujourd’hui, au lendemain du premier tour de la primaire de droite, m’inquiète au plus haut point.

Manu, je ne comprends pas que tu veuilles y aller tout seul et que tu refuses de mener le combat de la primaire.

Tu dis que tu n’y participeras pas car tu n’appartiens à aucun parti, que tu es hors-système… Mais Manu, avant de fonder En Marche, tu as eu une vraie histoire avec la gauche quand même, non ?

J’ai cru comprendre que tu avais été chevènementiste, puis encarté au PS de 2006 à 2009 ? J’ai lu que tu avais même demandé à ton parti de t’investir en Picardie aux législatives de 2007 ? Et puis surtout dès 2011 tu as décidé de soutenir François Hollande dans le cadre de la campagne avant de devenir Secrétaire Général adjoint de l’Elysée en 2012. Certains ont même attribué ton départ en 2014 à la vexation de ne pas avoir été nommé lors de la formation du premier gouvernement Valls… Et puis bon, Manu, le poste de Ministre de l’Économie, tu ne l’as pas refusé deux mois plus tard franchement…

Dix ans de gauche, c’est beaucoup pour soudainement se déclarer anti-système non ?

Mais tu vois, le problème, ce n’est pas que tu ne te sentes pas à ton aise au sein du PS ou d’un quelconque parti, que tes idées sociales-libérales t’éloignent de la gauche plus « traditionnelle », ou que tu considères que cette stratégie politique soit la plus à même de te mener à la Présidence en 2017. Je pense qu’on valide tous ton rejet des partis traditionnels Manu. Blanc bonnet, bonnet blanc.

Non, le problème c’est qu’en t’excluant ainsi tu vas priver les Français d’un vrai choix.

En t’excluant tu nous condamnes, tu nous accules, tu pousses toute la gauche à aller droit dans le mur. Parce que, tu le sais, en faisant ça tu participes à la dispersion des voix de gauche et du centre, et tu offres une voie royale à Marine Le Pen et sûrement François Fillon.

Tu feras quoi en avril 2017 Manu ? 18% au mieux ? Tu auras réussi ton pari peut être, mais tu auras plongé la France dans une impasse. Et ça sera pire qu’en 2002.

Alors Manu, montre-nous que tu es un futur grand Président et prends tes responsabilités. Participe à la primaire et prouve-nous que ce qui te motive ce n’est pas le pouvoir mais l’intérêt de la France que tu as chevillé au corps.