Théorie de la valeur et modélisation d’affaires: mythes et réalités de la scalabilité en Afrique

Start-ups Baobabs

Je souhaite commencer par le pourquoi de ce sujet. Mon espoir dans le développement de nos pays africains repose sur l’aptitude du privé, de n’importe quel citoyen à faire par lui même ce qu’il aurait attendu de son gouvernement. Internet pour moi est le fer de lance de la démocratie, l’aube d’une ère où les états ne sont que des organisations sociales appelées à disparaitre. La valeur peut naître et exploser de partout. Elle est entre les mains de tout un chacun. Mais c’est quoi cette valeur là ?

En tant qu’entrepreneur, il m’a fallu beaucoup de temps pour réussir à comprendre la notion de Value Proposition ou tout simplement de valeur. D’ailleurs, je me trouve prétentieux de croire que je l’ai comprise. Je pense que c’est le soubassement de toute entreprise ou projet d’entreprise, répondre à la question: qu’est ce que tu offre ou plutôt quelle est la valeur de ce que tu offre ?

Pour moi quand on doit travailler sur son modèle d’affaire, il y a trois notions cruciales qui se posent VALEUR, COûTs et PRIX. Quels sont les couts que tu supportes pour produire quelle valeur et comment tu détermines ton prix pour capter la valeur produite de sorte à être rentable, profitable? Parce que c’est ça un business model, déterminer comment se positionner stratégiquement sur une filière pour créer et capter de la valeur en vu de générer des revenus pour ensuite pérenniser et faire survivre l’entreprise.

Dans l’économie dite traditionnelle, la croissance se faisait par palier avec des logiques s’appuyant sur les économie et rendement d’échelle, tandis que dans l’économie numérique, la croissance peut être exponentielle et c’est toute la différence: les business peuvent être scalables !

Pour aborder cette question de la scalabilité, il faut d’abord qu’on clarifie quelques notions et concepts qui peuvent être fondamentales pour bien s’entendre tout au long de ce cheminement. Vous excuserez, le style un peu scolaire par moments.

Théorie de la valeur et modélisation économique:

Point de départ, qu’est ce que la Valeur ? Quelques slides pour revenir sur une poignée de notions: valeur, cout, prix, rentabilité, seuil de rentabilité, charges fixes, charges variables ou encore business model.

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Saupoudrons à ces notions une superbe vidéo que j’aime beaucoup sur le paradox de la valeur, ( en anglais certes, mais excellente…) juste pour bien saisir les notions de valeur, de paradoxe de la valeur et d’utilité marginal.

Maintenant qu’on sait (à peu prés 😂😂😂) ce qu’est la valeur et le business modèle. Parlons de la scalabilité.

La scalabilité est différente de l’économie d’échelle. La première se conjugue à la fonction exponentielle.

Quand on regarde les “MASTODONS” de ce qu’on appelle l’économie numérique aujourd’hui, que ça soit les GAFAM( Google, Apple, Facebook, Amazone, Microsoft) ou encore les NATUS (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber), il y a un élément en particulier qui les caractérisent selon moi: une croissance fulgurante. Les chiffres concernant ces entreprises du numériques sont tous vertigineux. Mais l’analyse des causes de cette croissance montre qu’il y a des pratiques communes dans leur mode de gestion et leur approche de la technologie qui leur permet d’ailleurs d’absorber le choc de la croissance exponentielle et de l’augmentation fulgurante de leur volume d’activité dans leur passage de petites start-ups à des multinationales valorisées à des dizaines, voire des centaines de millions, milliards de dollars. Lorsque les volumes d’affaires explosent il faut être en mesure de tenir et de ne pas se crouler sous le poids de sa propre croissance. Comme on l’a évoqué un peu plus haut, le chiffre peut exploser et la rentabilité chuter.

Prenons un exemple, GROUPON. Contrairement à AirBnB groupon n’est pas scalable, du moins, pas encore. Jusqu’à trés récemment le site internet spécialiste des bonnes affaires publiait une perte nette annuelle de 456,3 millions de dollars, réduite de près du quart, assortie d’un chiffre d’affaires plus que quintuplé à 1,62 milliard de dollars.

La question qui peut se poser légitimement dés lors est : qu’est ce qui rend un modèle d’affaires scalable ? Les géants du web ont des pratiques qui les singularisent et qui appuient leur aptitude à la scalabilité. Des pratiques que je trouve pour certaines trés difficile à mettre en oeuvre en Afrique du fait de quelques limites infrastructurelles. Mais il y en a beaucoup que j’ai déjà vu être mise en oeuvre par des équipes devant mes yeux. Pour en citer quelques:

  • Feature Teams: un découpage par pan fonctionnel, plutôt que par technologie; dans une même équipe sont mixées toutes les compétences nécessaires à la réalisation d’un service bout en bout.
  • DevOps: Faire travailler dans l’agilité les collaborateurs des études (Dev) et de la production (Ops en anglais)
  • Continuous Deployment: automatiser tout le processus pour que le déploiement ne soit plus qu’une formalité.
  • Minimum Viable Product: livrer aux utilisateurs finaux que les fonctionnalités indispensables.
  • Test A/B: afficher des versions différentes d’un même écran à des populations différentes et de vérifier statistiquement la version qui remplit le mieux l’objectif visé.
  • « Open API » ou écosystème ouvert: Profiter du potentiel de l’open innovation, du crowdsourcing, bref de ce que la “foule” peut apporter comme enrichissement à vos services
  • La bêta perpétuelle: Assumer qu’un produit logiciel n’est jamais vraiment terminé, mais s’il a de la valeur ou du succès, il évolue en permanence sur la base des retours explicites ou des comportements implicites mesurés de ses utilisateurs
  • Obsession de la Mesure: Tout est mesuré dans le process du growth hacking.
  • Cloud First: l’utilisation du Cloud doit désormais être le premier réflexe pour tout nouveau service.
  • Fluidité de l’expérience utilisateur: L’unité de temps est le battement de cils, soit le 1/10e de seconde. Quelques battement de cils de perdus sont autant de clients et d’agents en moins. Par conséquent, toutes les stratégies sont bonnes pour rendre aussi fluide que possible l’expérience utilisateur.
  • Design for Failure: Ma préférée parce qu’en phase avec mon Leitmotiv du moment “MONKEY CHAOS” ! On est pas dans une logique de resilience mais plutot ANTIFRAGILE (ndlr voir mon auteur favoris du moment NASSIM TALEB ❤😍 ).
  • Build vs Buy: Construire pour soit plutôt que d’acheter des progiciels parce qu’avec la croissance ça devient trés vite intenable si la solution est un élément stratégique pour l’entreprise.
  • Commodity Hardware: S’appuyer sur de l’infrastructure bon marché interchangeable, des appareils de grande série, dont on peut multiplier leur nombre bien au delà de ce que saurait faire une très très grosse machine.

C’est là que réside le secret de la scalabilité de ces grosses entités et de leur rentabilité. Et en Afrique ?

La scalabilité en Afrique.

Mon soucis, est qu’à ma connaissance, il n’y a pas encore eu en Afrique de start-ups ayant eu une croissance exponentielle. Sur certains domaines, il y a des eu des réussites magnifiques à saluer, que ça soit Mpesa ou encore Wari et le nombre de startups intéréssantes qui explosent en Afrique, mais je doute qu’on puisse parler de croissance exponentielle ayant abouti à la création d’une licorne (les entreprises qui atteignent une valorisation d’un milliard de dollars sont appelées des licornes, unicorns en anglais) comme on les appelle.

Les licornes sont rares meme des écosystémes comme la france qui en compte à ma connaissance 3, Vente-privee.com, Criteo, BlaBlaCar, meme si on annonce plusieurs autres licornes à venir notamment en 2017. Je crois qu’on a de trés gros soucis d’infrastructures. Je ne saurai le nier. Mais ce n’est pas l’objet de mon propos. Je crois que nous ne sommes pas en tant qu’entrepreneurs obsédés par la croissance. Je prends l’exemple du Sénégal, on a des éléments culturels qui vont à l’encontre de l’obsession de la croissance tels que le “DOYLU” (savoir se suffire de ce qui est a disposition… c’est une excellente valeur… mais je trouve qu’on ne l’utilise pas à bon escient), ou encore le “SANT YALLA” ( remercier le CIEL pour Ses grâces… oui mais c’est ne pas rendre hommage au CIEL que faire 3 quand IL t’a donné le potentiel de 10.)… En BREF, mon propos est simple :

Soyons obsédés par la croissance pour enfin produire des licornes !!!