Identité. Créolité.

“Les Antillais sont des Africains perdus” , “Nous, Antillais, ne sommes pas Africains”, “Les Antillais sont des vendus”, … Toutes ces phrases, je les ai entendues et réentendues. Ce conflit Afrique/Antilles m’a toujours frustrée. Entendre un Antillais dire qu’il n’est pas Africain est pour moi un non sens. Mais dans le même temps, écouter un Africain (ou autre) dire qu’un Antillais n’est qu’Africain est pour moi une aberration.

Cette volonté de perpétuellement nier notre créolité et de vouloir nous faire affirmer notre identité comme relevant d’une africanité exclusive, ... Exclusive car majoritaire au sein de cette multiplicité d’origines qui nous définit.

La créolité englobe l’africanité. Dire que nous sommes créoles ne doit pas avoir (n’a pas) pour écho un rejet de l’africanité qui compose notre nous.

L’histoire des Antilles françaises (je parle de ce que je connais un minimum) est une histoire tragique. Et les racines du métissage qui constitue l’identité créole sont douloureuses car le plus souvent, ce mélange est issu de viols, d’agressions, de manipulations et autres crimes ayant eu lieu pendant la période de l’esclavage et de la traite négrière.

De tous ces drames, l’esclave a su en tirer un renouveau. De ses cendres, l’Africain, dont on a tenté de brûler l’histoire, la culture, les traditions, a décidé de renaître, différemment mais sans discontinuité avec son lui originel. L’esclave a porté son héritage africain et a décidé de le confronter et de le faire fusionner avec le nouvel environnement dans lequel il était contraint évoluer.

Se sont donc ajoutés à cette africanité des couleurs diverses et variées en fonction des communautés qui ont traversées la route des Antilles.

Ainsi, l’homme blanc, confrontant l’Africain et l’esclave par la force, a eu une influence sur la culture et l’identité de l’esclave (et donc de l’Antillais). Puis vint le tour des Hawawaks de poser le pied sur les îles (en tant que travailleurs forcés). Se sont donc développés des liens entre les nouveaux venus et ceux déjà présents.

C’est ainsi que les descendants d’Hawawaks et les Antillais ayant du « sang indien » se font appeler « koulis ».

Ce métissage et cette mixité vient aussi du fait que différentes ethnies, donc différentes langues et cultures ont dû cohabiter les unes avec les autres. Des moyens de communication ont dû être trouvés pour pallier les différences. Ce prisme ne peut être négligé lorsqu’on parle de la constitution de la créolité.

Une grande vague d’immigration de personnes venues de Syrie a aussi eu lieu aux Antilles après l’abolition de l’esclavage. Ces derniers s’étaient installés sur les îles pour y faire du commerce, notamment. Bien que parfois très communautaristes, les Syriens ont eu leur influence sur la population locale, de par des relations mixtes et des échanges culturels.

Le problème qui fait que beaucoup d’Africains aujourd’hui ne comprennent pas le métissage créole est le fait qu’une bonne partie des Antillais refusent d’être associés aux Africains.

En effet, le non apprentissage de leur propre histoire (l’histoire de l’esclavage) fait que beaucoup d’Antillais perçoivent leur africanité comme étant une tare.

D’après eux, l’Africain est leur ennemi car c’est l’Africain qui les a réduits à l’esclavage en les vendant aux Blancs esclavagistes. De plus, du fait de la désinformation et de l’ignorance, aux Antilles, l’Afrique est vue comme étant uniquement le continent de la famine, de la violence, de la pauvreté et de la maladie ; et les Antillais ne veulent très clairement pas être associés à cela. C’est ainsi que bon nombre d’entre eux vont seulement revendiquer leur côté métis, leur côté indien mais jamais leur côté africain.

Et ce sont toutes ces difficultés (l’imposition de l’ « africanité exclusive » aux Antillais par certains Africains et le rejet que font certains Antillais de leur africanité) qui créent ce conflit Afrique/Antilles qui n’a absolument pas lieu d’être.

L’Afrique fait partie de nous. L’Afrique est la base et le composant principal (bien souvent) de notre identité créole, de notre patrimoine culturel et génétique. L’identité créole est composée de différents aspects culturels et « génétiques » de différentes ethnies africaines, de différentes influences européennes, asiatiques (indiennes et autres) et même syrienne.

Il suffit d’observer de près les langues créoles (martiniquaise, guadeloupéenne et guyanaise), les vêtements traditionnels des îles, la gastronomie ou encore la musique pour s’apercevoir qu’ils ne sont que le résultat d’un mélange de cultures dont la racine est africaine.

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