Créations d’emplois : « Ça va mieux mais ça ne va pas bien »

Pour le premier trimestre 2016, une amélioration est visible concernant les créations d’emplois. (Photo AF)

Les chiffres des créations d’emplois de l’Insee, publiés jeudi, montrent une amélioration pour le premier trimestre 2016. Une grande première depuis 2008.


«Il se passe vraiment quelque chose», estime Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Les chiffres des créations d’emplois de l’Insee, publiés jeudi, montrent une amélioration pour le trimestre dernier. Une grande première depuis 2008. La courbe de l’emploi pour ce premier trimestre 2016 gagne 0,3%, soit 40 400 emplois supplémentaires dans les secteurs principalement marchands. C’est plus que ce que l’Insee prévoyait au mois de mai.

Sur un an, on compte la création de 159 600 emplois dans les secteurs principalement marchands, 187 000 dans tous les secteurs. Des chiffres assez «significatifs» selon Mathieu Plane pour que l’on puisse espérer une reprise de l’emploi. «Quand on crée plus de 140 000 emplois par an, on arrive à faire baisser le chômage puisque cela comble le nombre d’entrées sur le marché du travail».

Une reprise modérée

Après deux ans où le BTP était «un point noir», on note un redressement de l’emploi dans la construction. 800 postes supplémentaires au dernier trimestre après une suppression de 2 900 en fin d’année 2015. Une tendance cohérente avec la hausse des permis de construire et des chantiers.

En revanche le secteur industriel lui, perd, 8 400 postes au premier trimestre 2016. Des chiffres à relativiser puisque les contrats intérimaires dans le tertiaire n’y sont pas comptabilisés. «L’intérim, ça peut être bon signe car lorsque l’activité redémarre, elle se fait par ces types de contrats ou par des CDD», rappelle Mathieu Plane. Pour qui la politique économique du gouvernement est en partie à l’origine de cette amélioration: «Le pacte de compétitivité, le CICE, la baisse des coûts de l’emploi, mais aussi les emplois d’avenir… Ces mesures commencent seulement à créer des effets»

Au final, «ce n’est pas une reprise très vigoureuse, poursuit l’économiste, car la crise a été très longue. 40 400 emplois au premier trimestre, c’est bien, mais pas énorme par rapport aux chiffres d’avant 2008». Bref «ça va mieux, mais ça ne va pas bien», résume-t-il. «On part d’un niveau très bas. Une croissance à 0,6%, c’est faible. L’économie redémarre mais elle reste grippée» Une reprise oui, mais on ne peut pas encore parler de la crise au passé : «La crise sociale est encore là, on n’a pas résorbé les stigmates : le pouvoir d’achat, le niveau de vie, d’investissement, même s’il a augmenté.»

Une crise, pas tout à fait passée

Le gros problème reste le chômage, et ce, malgré une baisse de 22 500 de personnes sans-emploi en un an et de 69 400 au premier trimestre 2016. «Moins 0,5 point, ce n’est pas négligeable, on passe de 10 à 9,5 mais avant 2008, on était au-dessous de 7». Vigilance notamment avec le chômage de longue durée, qui concerne plus de 2,4 millions de personnes en avril 2016. «Les entreprises restent prudentes. Depuis 2010–2011, il y a eu des politiques d’austérité, mais il faut continuer à encourager la croissance». L’économiste craint le retour d’une politique restrictive qui étoufferait l’élan: «Ce n’est pas le moment de tout remettre en question». L’autre point à surveiller pour Mathieu Plane, serait les conséquences d’un éventuel Brexit. «On ne sait pas encore l’impact que cela pourrait avoir sur l’euro. Même si notre monnaie est compétitive. Nous devons surveiller comment la Commission européenne va réagir.»

Audrey Fisné

Article publié le 9 juin 2016 sur Libération.fr

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