Une monnaie locale pourrait s’implanter dans Paris

Dans plusieurs villes, des monnaies locales complémentaires existent et sont créées. (Photo AF)

Une association espère importer le concept, déjà lancé dans plusieurs villes françaises.


C’est une idée qui a déjà séduit plus d’une trentaine de villes en France: la monnaie locale. Elle pourrait gagner Paris. Le concept: consommer chez des commerçants qui s’engagent à se fournir en produits locaux, avec une monnaie complémentaire de l’euro et utilisable uniquement dans la capitale. Le but: privilégier les circuits courts, donc l’emploi et les produits locaux. «C’est un moyen de mettre en valeur des produits de qualité sur un territoire, et ce, de manière éthique», explique Lucas Rochette-Berlon, 19 ans, étudiant à Science Po Paris, fondateur et président de l’association Une monnaie pour Paris, qui porte le projet.

«Les gens ont envie de proximité, explique Virginie Monvoisin, professeur à l’école de management de Grenoble et spécialiste de la théorie monétaire. La défiance vis-à-vis de l’euro, de la finance est grandissante et l’on souhaiterait se réapproprier l’économie. C’est la même idée avec le financement participatif: on veut des outils financiers qui ont du sens».

L’association a prévu d’organiser une réunion publique lors de laquelle les citoyens pourront rejoindre le projet. Une charte sera établie et des noms potentiels pour cette nouvelle monnaie seront proposés. Créée par une quinzaine de personnes en 2016, «Une Monnaie pour Paris» a vocation à s’agrandir. La crainte, en effet, est de rester dans le microcosme de consommateurs issus des milieux associatifs.

«À Paris, il y a un potentiel important mais ce n’est pas parce qu’un bassin de départ est grand que le succès est assuré» Jérôme Blanc, professeur chercheur à Sciences Po Lyon.

Car l’écueil de cette nouvelle monnaie, c’est de ne pas réussir à convaincre assez de Parisiens et de commerçants. «Un maximum de prestataires permettrait une utilisation étendue, un choix plus grand pour les utilisateurs, souligne Jérôme Blanc, professeur chercheur à Sciences Po Lyon. À Paris, il y a un potentiel important mais ce n’est pas parce qu’un bassin de départ est grand que le succès est assuré.» La ville voisine de Montreuil, qui a lancé sa monnaie La Pêche en 2014, continue à subventionner l’initiative mais n’a pas encore vu d’effets positifs importants. «Il n’y a pas suffisamment de commerçants qui y participent. Du coup, les gens n’ont pas le réflexe de payer avec La Pêche», dit-on à l’hôtel de ville.

Dans le pays de Ploërmel, en Bretagne, où les habitants font leurs courses avec des Galais depuis décembre 2015, l’objectif de 400 à 500 usagers n’est pas atteint. «Après 8 mois d’exercice, nous possédons plus d’une centaine de prestataires et près de 300 consommateurs», recense Cédric André, de l’Association pour une monnaie locale complémentaire au pays de Ploërmel. «Le nerf de la guerre, c’est la communication. Nous devons varier nos supports et la couverture territoriale pour ne pas toucher les mêmes personnes», reconnaît-il.

À Paris, l’association n’a pas encore fait la démarche d’aller vers les commerçants, une phase qui n’aura lieu qu’en novembre.

À Paris, l’association n’a pas encore fait la démarche d’aller vers les commerçants, une phase qui n’aura lieu qu’en novembre. Mais elle peut d’ores et déjà compter sur un certain soutien politique. «Plusieurs mairies d’arrondissement ont réfléchi au projet. Une demi-douzaine de politiques souhaite nous soutenir», assure Lucas Rochette-Berlon. Reste à convaincre l’équipe d’Anne Hidalgo, maire de la capitale. Car les chercheurs en économie sociale et solidaire relèvent qu’il n’est pas envisageable, encore plus sur un territoire comme Paris, d’œuvrer sans le soutien du Grand Paris ou de la municipalité, qui servirait de caution.

«À terme, cela pourrait créer de l’emploi, relancer l’activité et même agir sur le PIB», espère Lucas Rochette-Berlon. Une vaste ambition, selon le chercheur Jérôme Blanc: «Il est impossible de visualiser des résultats en termes de PIB et d’emplois. D’autant plus que le PIB est déjà élevé à Paris. Une monnaie locale possède une visée plus qualitative que quantitative. En revanche, il est prouvé que le concept sensibilise à l’existence et la possibilité de faire appel à des producteurs locaux. Et certains objectifs ne se mesurent pas, comme le respect de l’environnement.» Pour Virginie Monvoisin, «cela peut agir comme un outil de fidélisation. À la manière des micro-crédits, on améliore un peu les choses mais on ne les modifie pas à grande échelle.»

Article publié le 03 août 2016 dans Le Figaro

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