Nioh : Je comprends rien au dernier Yokai-Watch.

Nioh (PS4)
Développeur : Team Ninja
Éditeur : Tecmo Koei / Sony Interactive Entertainment
Date de sortie : 8 février 2017

Fable, Metal Gear Solid 3, Dragon Quest VIII, Half-Life 2… 2004 c’était une année sacrément chargée pour le jeu vidéo. C’est aussi l’année où Koei a annoncé travailler sur le projet “Oni”, un jeu censé sortir en 2006 accompagné d’un film réalisé par Hisao Kurosawa, le fils d’Akira Kurosawa (Les Sept Samouraïs). Un projet à 3 milliards de yen. En 2005, le film est annulé, et le jeu est montré pour la toute première fois à l’E3, comme une exclusivité Playstation 3. Le jeu est toujours prévu pour 2006.

Après la fusion de Koei et Tecmo (Pour créer la boîte qu’on connaît aujourd'hui, Tecmo Koei), le jeu s’est fait discret, en dehors de quelques confirmations concernant son développement qui était alors toujours en cours. Il a fallu attendre 2015, pour que l’arlésienne qu’était devenu ce jeu refasse surface au Tokyo Game Show. Cette fois-ci, on nous le promet pour 2016. Durant l’année, différentes démos jouables furent mises entre les mains des joueurs, ce qui a permis de rapidement se faire une idée de ce qui nous attendait. Et heureusement, parce qu’on sait que repousser un jeu si longtemps, ça donne rarement le résultat attendu. Le projet a subi plusieurs redirections, et plusieurs équipes de développement s’y sont attaquées. Du coup, c’est plus que légitime de se poser des questions, et surtout une. Est-ce que ça valait le coup ?

Nioh est donc un RPG/jeu d’action développé par Team Ninja qui se déroule durant la fin de l’ère Sengoku au Japon, et plus exactement à la fin du XVIème siècle. Les guerres font rage aux quatre coins du pays, la famine ronge le pays suite aux catastrophes naturelles fréquentent qui déciment la population et les daimyō tentent tant bien que mal de gérer cette crise. Pour arranger le tout, les Yōkai ont décidé de foutre le zbeul. De l’autre côté du globe, en Angleterre, William est détenu dans la tour de Londres après avoir entendu des choses qu’il ne fallait pas. En effet, la reine compte utiliser de l’Amrita, un nectar divin aux pouvoirs surnaturels afin de renforcer sa force militaire. C’était sans compter sur William qui a bien décidé de mettre des bâtons dans les roues de l’alchimiste royal qui s’est emparé de son esprit gardien pour tenter de trouver le plus d’Amrita possible au Japon. Et si c’est un départ confus, ça ne fera qu’empirer étant donné que vous allez vous retrouver mêlé à la cause de Tokugawa Ieyasu après votre rencontre avec le légendaire Hattori Hanzō. Le pays des samouraïs s’ouvre à vous. Enfin pas vraiment, on a vu plus accueillant.

C’est un cadavre qui servira d’accueil sur les côtes Japonaises.

Le maître mot de Nioh c’est l’exigeance. La Team Ninja s’était déjà illustrée dans le domaine des jeux maîtrisés mais difficiles avec Ninja Gaiden, et elle frappe à nouveau un gros coup avec Nioh. En plus de ça, on ressent une certaine inspiration de la série des Souls de From Software. L’aspect die & retry avec des checkpoints rarissimes et des raccourcis tordus, la montée en niveau avec l’Amrita, obtenue en tuant des ennemis… Et comme dans la série de From Software, la maîtrise du jeu vous sauvera, autrement, bon courage. Après, tout ça c’est bien beau, mais Nioh parvient-il à se détacher de ses inspirations ? Est-ce qu’avec tout ce temps passé Nioh se serait pas taulé entre temps ?

Un des nombreux esprits gardiens présents dans le jeu

Sauce arlésienne ou samouraï ?

Un coup fort, un coup faible, une esquive, un objet. On a les bases, et on les connaît déjà. Pareil pour la gestion de l’équipement, une pièce pour la tête, une pour le torse, une pour les mains, une pour les jambes et une pour les pieds. Deux armes qu’on peut échanger dans le feu de l’action, et deux armes secondaires. L’inspiration se ressent bien, et malgré cela, après quelques heures de jeu, on se rend vite compte que Nioh est unique. Impossible de jouer de la même façon, sous peine de se faire démolir par le premier vrai boss, et même par les premiers ennemis un tant soit peu coriaces. Les yōkai ne vous feront pas de cadeaux. Ils draineront toute votre vitalité, en plus de vous mettre des coups qui ne pardonnent pas. Pour les contrer, vous allez devoir commencer à gérer votre ki. Vous pourrez le concentrer après chaque coup afin de regagner de l’endurance, et de repousser le pouvoir des yōkai. Ces derniers sont toujours plus forts que les humains, et les plus gros font office de mini-boss, et souvent d’étape obligatoire pour passer à la suite.

Le Yoki est le premier Yōkai que vous croiserez.

Ce qui serait idiot, ce serait de sous-estimer les autres ennemis. Encore une fois, le pardon n’est pas au programme, et la moindre erreur de votre part risque d’être fatale. Des coups d’épée sont vite arrivés, tout comme une flèche dans la tête ou un piège. Le choix de vos armes et armures sont d’ailleurs très importants. À vous de voir si vous voulez sacrifier votre mobilité pour une meilleure attaque et une meilleure défense, ou si vous comptez mettre des coups rapides tout en esquivant chaque coup qu’on vous portera. Les catégories d’armes sont peu nombreuses, mais suffisantes. Du katana classique au kurasigama en passant par le marteau, vous aurez de quoi diversifier votre style de jeu, et de quoi recommencer le jeu avec des builds différents. Car oui, il va falloir gérer vos stats à chaque montée de niveau, mais ne vous inquiétez pas trop, car le jeu permet également de tout redistribuer ! Les aptitudes de votre personnage aussi sont importantes, et sont à prévoir selon votre style de jeu. Les points de compétence sont nombreux, mais pas moins utiles. Si vous vous spécialisez dans le ninjutsu plutôt que dans les gros revers de marteau, il va falloir faire en fonction. Et en plus de toutes ces possibilités, vous allez devoir décider de l’esprit qui vous accompagnera. Ces anges gardiens aux allures d’animaux de compagnie vous octroieront divers pouvoirs, et vous permettront également de déchaîner votre arme l’espace de quelques secondes pour vous sortir des pires impasses. Et quand je dis impasse, je parle principalement des boss. Vous allez vous arracher les cheveux, le jeu l’a prévu. Si vous avez toujours dans l’idée de continuer à jouer comme sur un Souls, c’est fini pour vous. Si le premier niveau qui fait office de tutoriel est plutôt gentil, le boss suivant est une bête monstrueuse qui va vous balancer des boulets à la gueule et vous mettre des coups de chaîne. Mais on reste dans le gentil, et il va vraiment falloir se concentrer pour gérer la suite des évènements.

Le monde des Yokai est encore moins accueillant que le Japon.

Si l’histoire ne vous intéresse pas, vous allez certainement rester scotchés au moins pour ce gameplay au poil. Le nombre de skills disponibles par arme est énorme, et permet un style de jeu qu’on peut changer en permanence. Bien entendu, les différentes stances que vous pouvez adopter en plein combat ne font qu’améliorer cet aspect du jeu. En plus d’être nerveux de base, il demande de s’adapter rapidement à la situation selon l’ennemi. Est-ce que vous allez privilégier l’esquive à l’attaque ? Est-ce que vous allez devoir vous défendre et contrer ensuite ? C’est à vous de voir, mais sachez que l’erreur est fatale la plupart du temps. La Team Ninja nous sert une merveille de gameplay sur un plateau d’argent, et on en vient même à se dire que si le jeu n’avait pas connu une histoire de développement aussi anarchique, on aurait eu quelque chose de bien moins impressionnant.

Main dans la main dans ta gueule

Le Japon n’est pas le pays du soleil levant où les cerisiers en fleurs vous accueilleront, en tout cas pas celui de Nioh. Ici la guerre règne, et les Yokai tuent, volent, et détruisent les villages. Bien entendu, le surnaturel ne suffit pas à calmer les Hommes, dont la majeure partie ne peut pas voir les esprits qui vous rendront fou. Heureusement, vous pourrez appeler amis ou inconnus à l’aide. Le découpage du jeu en mission rend l’aventure moins hostile que ce qu’on pourrait croire, étant donné qu’on peut toujours rentrer chez soi s’entraîner ou faire des courses. Mais cela permet également d’avoir une narration détaillée, et surtout d’avoir un mode coop solide. Il vous suffit d’appeler à l’aide à un autel ou avant une mission pour casser de l’esprit à deux, ce qui permet même aux joueurs les moins doués d’avoir une chance de venir à bout du jeu.

Les personnages du jeu vous prêteront aussi main forte par moments.

Les grandes zones à parcourir sont la plupart du temps bien adaptées au multijoueur, mais on regrette l’IA qui devient débile lorsqu’elle ne sait pas qui elle doit taper. Les monstres les plus impressionnants iront souvent tourner en rond, à défaut de choisir une cible à attaquer, ce qui change vraiment des affrontements où vous êtes seuls et où votre esquive et votre garde seront vos amies. Tout cela ne rend pas le jeu moins fun, loin de là. Nioh est un véritable plaisir à explorer à deux, et il est même possible de mettre au point des tactiques optimisées pour ces parties là. Et la tactique ne manque pas dans le jeu. La préparation est la clé du succès, encore une fois. En plus de répartir vos points d’expérience et vos points de skills, vous allez pouvoir modifier vos armes chez la forgeronne, transmettre des capacités uniques et personnaliser votre personnage, de l’armure à la coupe de cheveux, et même si c’est moins utile, quitte à démonter du Yokai, autant le faire avec style. Vous pourrez appliquer l‘apparence que vous voulez à l’armure que vous voulez afin de ne pas ressembler à rien, ce qui risque d’arriver vite étant donné le nombre impressionnant de pièces d’équipement sur lesquelles vous tomberez. C’est d’ailleurs vite ennuyant étant donné que la gestion de l’inventaire est loin d’être optimisée. Les menus ne sont pas très accueillants, et quand on ramasse une cinquantaine d’amures inutiles sur la route, on finit vite par tout vendre sans vérifier, sous peine d’y passer beaucoup trop de temps. Même problème pour les armes qui tombent à foison et qui rend la découverte d’une meilleure arme un évènement tout à fait banal. Heureusement, c’est l’exploration qui vous récompensera le plus. En plus de dénicher des raccourcis souvent vitaux, les coffres contiennent tout ce dont vous aurez besoin, quand ils ne contiennent pas un Yokai farceur qui a décidé de se cacher. Dans tous les cas, les zones sont tellement variées qu’on prend un plaisir dingue à fouiller dans les moindres recoins. D’un cimetière à un village abandonné en passant par des grottes et des plages, vous aurez l’occasion de voir du pays.

Surtout que les kodamas, petits esprits de la forêt qui vous apporteront des bonus, se cachent un peu partout dans les niveaux. En plus d’être incroyablement mignons, ils vous permettent de dénicher plus d’elixirs, ou d’avoir des stats plus élevées. Dans tous les cas, ils sont là pour vous et prendre son temps pour les trouver vaut le coup. Il y en a 150 cachés dans le jeu, et vous pourrez bien entendu explorer les niveaux plusieurs fois pour trouver ceux que vous avez laissés de côté. Par ailleurs, explorer les niveaux plusieurs fois permet également de remplir le bestiaire, dont les descriptions apparaissent au fur et à mesure que vous décimez des Yokai. On peut regretter leur variété, étant donné le catalogue incroyable que propose le thème des Yokai, mais les représentants présents dans le jeu sont tout de même assez convaincants. On vous propose ici un véritable cours de folklore japonais, en plus de proposer un cours d’histoire du côté des humains.

Si vous voulez plus d’informations sur ce Yokai, il va falloir retourner sur le champ de bataille.

D’ailleurs, faire les missions annexes vous permet d’avoir plus d’informations sur l’histoire, et même d’obtenir de nouveaux esprits gardiens, qui vont du loup à la chauve-souris en passant par le dragon. La direction artistique du jeu aurait pu faire honneur au esprits que vous aurez combattus, mais malheureusement, si vous comptez jouer en 60 fps sur une PS4 de base, le jeu se retrouve affaibli graphiquement, et rempli de flou et d’aliasing. Et même si vous jouez avec les graphismes au maximum, on a déjà vu tellement mieux qu’on ne peut s’empêcher d’être déçus, les environnements et tous les esprits auraient bénéficié de plus de soin. Du côté musical, c’est Yugo Kanno qui est derrière la bande-son. Le monsieur avait déjà travaillé sur les bandes-son des adaptations en anime des parties 3 et 4 de Jojo’s Bizarre Adventure, et il n’a pas chômé pour Nioh. On se retrouve avec des pistes qui veulent souligner le côté folklore japonais la plupart du temps, mais qui ne manque pas non plus d’être pleine de tension lors des affrontements importants. Un travail qui vous charmera certainement qui convient parfaitement à l’aventure qu’on nous propose.

Conclésion

Nioh n’est probablement pas à mettre entre toutes les mains. Les joueurs impatients se casseront le nez en fonçant sans préparation, et risquent d’en sortir énervés. La gestion de l’équipement en agaceront d’autres, et les menus n’aident pas. C’est un défi qui vous attend et il n’est pas facile. Malgré tout, il suffit de quelques heures pour s’habituer au jeu et se rendre compte qu’il est unique et réellement grisant à parcourir. Si vous êtes allergiques au Japon et que la simple mention du mot “saké” vous agace, le jeu ne vous surprendra pas ici, vous êtes au Japon, tout le monde parle Japonais et vous allez vous battre contre des Yokai à longueur de temps. Au niveau des graphismes, mieux vaut ne pas être exigeant, sous peine d’être vite déçu. Mais est-ce qu’on peut vraiment en vouloir à Nioh pour tout ça ? C’est difficile. Son gameplay au poil, son histoire remplie de détails et la possibilité de jouer en coopération avec un ami font que Nioh est définitivement un grand jeu, et un des meilleurs moyens de commencer 2017. Sa durée de vie assez folle de base se retrouve rallongée si vous comptez tester plusieurs armes, et on sait déjà que des DLCs sont en route pour permettre de passer encore plus de temps au Japon et vivre des moments historiques comme le siège d’Osaka entre 1614 et 1615. Et si c’est pas assez, le mode coop vous permet d’explorer le jeu à deux pour laisser place à toujours plus d’éclate, et de sang. Les comparaisons à la série des Souls sont inutiles tant les différences se font énormes au bout de quelques heures, et tant mieux. Tant mieux aussi si le projet a fini entre les mains de la Team Ninja, car ils nous ont livré ce qui a déjà de grandes chances d’être le meilleur jeu d’action de l’année, et il est peu probable que le jeu ait été si bon il y a 10 ans. En bref, si vous cherchez de l’action difficile mais bien gérée, foncez.

Plus :
-Un jeu d’action unique et réussi avec un gameplay au poil
-Le mode coop réussi qui rallonge une durée de vie déjà honnête (+ de 40h)
-Une bande son super agréable
-Une histoire prenante en plus d’être étonnamment instructive
-Une direction artistique déjà vue mais réussie…

Moins :
-…qui souffre de graphismes à la ramasse
-Un bestiaire qui se répète vite avec des color swap
-Une IA qui panique parfois en coop
-Trop de loot tue le loot
-Les menus bordéliques

8.5/10

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