La réaction et la peur
Il faut se garder bien sûr d’essayer d’analyser et d’expliquer des phénomènes sociaux à la seule lumière du fait individuel et d’une « psychologie spontanée ». Celle-ci m’a cependant semblé expliquer parfaitement une réaction dont j’ai été témoin la semaine passée. Comment expliquer autrement en effet le discours de ce professeur d’université au cours duquel j’assistais, après les attentats de Paris du vendredi 13 novembre ?
Il s’agit d’un professeur ordinairement plutôt bravache, faisant preuve d’esprit critique, qui nous a livré sans sourciller le discours guerrier, unanimiste, du gouvernement, sans le remettre en cause d’aucune manière. Quel dommage ! Comment peut-on passer ainsi d’un regard et d’une analyse critiques du gouvernement et de son action avant la date du 13 novembre, à la communication sans commentaires du plan communication de l’État, pourtant pointé du doigt par de nombreux observateurs, qu’ils soient intellectuels, journalistes, professeurs ?
Une explication possible est la peur. Ce jeune professeur parisien transpirait en effet la peur, par son attitude, dans sa voix. Habitué des sorties nocturnes et de la vie festive parisienne, il représente peut-être la cible que l’OEI a voulu viser lors des attentats et peut-être se sent-il donc particulièrement menacé. Peut-être a-t-il une une conscience juste de cette menace, ou bien son esprit l’exacerbe. A-t-il perdu des amis ou des connaissances ? sûrement.
Mais quelle tristesse de constater l’évanouissement de la pensée critique après de tels évènements, tout particulièrement dans ces lieux de création et d’échange du savoir que sont les universités. Le decorum, comme la minute de silence, le mot du président de l’université sont là, mais la pensée, la curiosité scientifique, ont disparu. Alors qu’il est si important de prendre soin de la jeunesse, si important de lui donner les outils pour se défendre face à des idéologies différentes et de créer une pensée autonome. Pour cela les tenants de la réaction sont bien servis avec une université démissionnaire, brisée par les coupes budgétaires et mise en coupe réglée par les professeurs opportunistes ou idéologues, comme dans les sections d’économie. Quant aux autres, aux esprits critiques, tenants d’une certaine idée progressiste, ou du moins d’une université favorisant l’autonomie de la réflexion, on les voit s’effacer ou se taire, comme ici.
J’ignore si cela est commun à l’université française en général, ou s’il s’agit juste d’une extrapolation à partir d’un cas particulier, mais on ne peut nier que les voix discordantes à l’unanimisme, à l’état d’urgence et à l’agenda sécuritaire du gouvernement, sont difficiles à trouver, particulièrement dans le monde universitaire. La peur est peut-être également la mauvaise conseillère de la politique de Messieurs Valls et Hollande depuis les évènements, à moins que le calcul électoral et politique ne suffise à l’expliquer. Ce n’est pas en faisant intervenir dans les universités des sénateurs sur la question de l’utilité du Sénat ou des députés PS passifs sur l’évasion fiscale que l’on va voir l’émergence d’une pensée citoyenne autonome, pourtant nécessaire en ces temps de crises économique et écologique majeures.
Où allons-nous ?