Monsieur Sapin, vous n’avez pas répondu à la question de l’auditeur !

La question était simple pourtant : “je voudrais savoir si monsieur Sapin considérait que l’Europe actuelle est, selon lui, démocratique ?”, mais Michel Sapin répondra à côté. Transcript d’une question d’auditeur à Michel Sapin, 7–9 de France Inter, lundi 29 juin 2015 : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1120635 à partir de 6'10.

L’auditeur : Bonjour France Inter (…) J’avais une question pour monsieur Sapin qui était de savoir s’il considérait que l’Europe actuelle, qui a fait rentrer la Grèce sur la base de comptes truqués dans l’Union européenne (…), l’Union européenne qui a reçu une pétition contre le Tafta qui est actuellement négociée de manière totalement opaque, la France qui a voté contre la Constitution européenne qui du coup s’est retrouvée adoptée au Parlement, je voudrais savoir si monsieur Sapin considérait que l’Europe actuelle est, selon lui, démocratique ?
Michel Sapin : Chacun peut avoir le jugement qu’il souhaite sur ce point-là. Chacun des pays qui composent l’Europe fonctionne aujourd’hui démocratiquement. D’ailleurs il y a des alternances à peu près dans chaque pays aujourd’hui presque tous les 5 ans, j’espère que nous démentirons cette vision des choses.

La question était simple, donc, même si les attendus (comptes truqués, Tafta, référendum Constitution, et je n’ai pas tout mis) étaient nombreux, mais il faut bien cela pour expliquer le contexte de la question. Le début de la réponse aurait du être simple et direct : “oui, je le crois”, “non, vous avez raison”, “je comprends votre interrogation, et j’y réponds par l’affirmative en apportant quelques précisions” etc. pour permettre ensuite de développer quelques arguments selon la réponse.

Au lieu de cela, déviation première sur “l’ensemble des pays”. Les pays étant réputés être des démocraties, l’Europe le serait naturellement. C’est une logique étrange, et il faudrait déjà prouver que les pays en question sont des démocraties pleines et entières.

Mais nul doute dans l’esprit de Michel Sapin. Ce sont des démocraties puisque “il y a des alternances à peu près dans chaque pays aujourd’hui presque tous les 5 ans”, ce qui signifie que la démocratie est établie grâce aux élections tous les 5 ans, et des élections qui établissent une alternance que l’on peut voir en ce moment.

Eh bien, c’est tout sauf de la démocratie, soit dit en passant. Pour le comprendre, lire “Contre les élections” de David Van Reybrouck, cf. fiche de lecture ici.

Mais maintenant que Michel Sapin a établi que l’Europe était démocratique par transitivité, il peut revenir sur son propos antérieur, la raison de sa présence matinale devant les micros : la Grèce. Petit moment de paternalisme, de “c’est pas nous c’est les autres”, et de solidarité de façade, soit dit en passant.

Donc, oui les pays qui appartiennent à l’Europe sont des pays démocratiques, ont des valeurs qui défendent ces valeurs ; ensuite, nous avons un fonctionnement. Quand on adhère à une collectivité comme celle de l’Europe, il y a des règles ; ces règles doivent être respectées comme quand on est citoyen d’un pays comme la France on doit respecter ces règles énoncées, et c’est ce que nous demandons à la Grèce : vous avez choisi d’être dans l’Union européenne, vous avez choisi d’être dans l’euro, oui on vous a accueilli dans l’euro parce qu’on a pensé que c’était là votre place, il y a peut-être des critiques à faire à ceux qui ont accueilli à l’époque une Grèce qui n’était peut-être pas au niveau économique, mais elle est dans l’euro elle doit rester dans l’euro. Le risque de la sortie de l’euro pour la Grèce est un risque trop grand, elle ne doit pas courir ce risque, et c’est à elle-même qu’elle fait courir ce risque, pas au reste de l’Europe.

Trois quatre longues phrases, donc, sur tout à fait autre chose. Mais attention, attention, l’auditeur étant toujours à l’écoute, il faudrait voir à finir sur le thème de sa question. Petit moment de liaison du discours précédent sur la Grèce (c’était pas la question, vous vous rappelez ?) avec la question elle-même (de “Après” à “Union européenne”), mâtiné de complicité (“c’est un beau débat”), de renvoi au calendes grecques (“débat que je suis prêt à poursuivre”, même si je ne l’ai pas commencé du tout, hé hé), et d’un beau nœud coulant final pour emballer le tout à partir de “dès lors”.

Après, qu’il puisse être possible d’améliorer le fonctionnement, y compris le fonctionnement démocratique de l’Union européenne, c’est un beau débat et c’est un débat que je suis prêt à poursuivre dès lors que nous aurons résolu la question et les difficultés grecques.

Grand moment de “circulez je vais pas vous répondre et vous feriez mieux d’écouter une nouvelle fois la seule chose que je veux vous dire”. C’est lassant.

L’Uberisation de la parole politique is the Next Big Thing.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.