L’allégorie de la valise

Pourquoi un duel Marine Le Pen - Jean-Luc Mélenchon est un cauchemar

(brève de campagne)

J’ai remis comme photo de profil sur FaceBook une valise avec quelques étiquettes qui résument bien ce que je suis : un français républicain, laïc, juif, de gauche. Cette valise, je l’avais « fabriquée » en 2015, quand la vague des « je ne suis pas Charlie » — un étrange mélange d’islamo-gauchistes, de fachos, d’intégristes religieux, d’intellectuels en déshérence, etc. — a pris de l’ampleur.

La nécessité d’avoir une valise prête m’a été transmise par mes parents. Mon père est arrivé en France en 1933, venant d’un pays ou l’antisémitisme était de plus en plus prégnant. Il venait en France, ce pays ou Dreyfus avait été innocenté et ou les juifs étaient heureux ! La guerre — qu’il a faite d’abord dans la Légion Étrangère puis dans l’armée britannique — et le destin de trop nombreux juifs en France (dont certains de ma famille) ont été un terrible signal rappelant à mes parents qu’il fallait se tenir prêt à repartir.

Tout au cours de ma jeunesse et d’une grande partie de ma vie d’adulte, ce sentiment d’insécurité s’est estompé. Seule une extrême droite marginale — que tout le monde combattait — cultivait encore la haine des juifs. La valise est revenue dans mon esprit en 2002, quand une vague d’anti-sionisme virulent — mêlée d’antisémitisme — a déferlé sur notre pays y compris dans mon milieu professionnel, les universités, ou les « progressistes » voulaient mettre les universitaires juifs israéliens au banc de la communauté académique internationale. Depuis l’antisémitisme est redevenu un élément banal de la vie en France. On a crié « juifs dehors » et « mort aux juifs » dans des manifestations. L’antisémitisme a tué plusieurs fois, sans grand retentissement. Il n’a été réellement pris en compte que lorsqu’il a été couplé avec l’assassinat de la rédaction de Charlie.

Pourquoi la possibilité d’un duel Mélenchon — Le Pen au deuxième tour des présidentielles m’a poussé à reprendre la valise/avatar ?

Chez Le Pen, les antisémites, plus ou moins cachés, sont légions et elle-même est loin d’être claire sur ce sujet, et c’est un euphémisme.

Je ne crois pas un instant que Mélenchon soit lui-même antisémite. En revanche on ne peut pas en dire autant de certains ses soutiens, y compris de quelques élus du FG qu’il a longtemps présidé. Je n’oublie pas non plus que lui et ses amis, les partis politiques qui le soutiennent, ont minimisé ou nié les agressions antisémites au cours des 15 dernières années. Qu’ils ont défilé avec des gens qui sont eux de véritables antisémites et qu’ils n’ont rien fait pour les faire taire. Je n’oublie pas qu’à l’été 2014, au lieu de condamner fermement les agressions antisémites, Mélenchon a préféré s’en prendre à ceux qui sont allés « manifester devant une ambassade étrangère » (Israël) tout en véhiculant le message du « peuple supérieur aux autres ».

Je ferais tout pour que Marine le Pen ne soit pas élue. Mais l’idée de devoir voter au deuxième tour de la présidentielle pour un candidat qui minimise en partie cette haine que nos grands-parents ont parfois payé de leur vie m’est insupportable. C’est un point de vue personnel, qui vient du plus profond de moi, de l’histoire de ma famille et de celle de mes proches, et que je me devais d’expliquer.