Tous les voyages sont des aller simples…


Spoiler alert : ce papier ne va parler que marginalement de réseaux sociaux et de community management. Si ce sont ces sujets qui vous ont fait arriver sur ce medium, ils reviendront dès le prochain article !

Il fut un temps où l’espace physique que l’on occupait avait une importance capitale. On s’est battus pendant des siècles pour occuper le bon bout de terre, le bon bord de rivière, parce que ces endroits étaient directement liés à la subsistance que l’on en tirait. Yuval Noah Harari dans son admirable essai “Une brève histoire de l’humanité” avance que le concept de coopération précède et explique les concepts de monnaie, de société, de religion, qui lient les humains entre eux. Tous ces concepts sont appelés des “réalités intersubjectives” et englobent toutes les histoires que l’humanité a inventé pour mieux s’organiser entre ses membres.

Les premières coopérations visant à faire prospérer l’espèce, elles se sont naturellement cristallisées sur la satisfaction des besoins, donc sur l’occupation d’un espace délimité que l’on pouvait revendiquer au nom de la réalité intersubjective du moment… Et le grand cirque a commencé : la terre a été “promise”, “ancestrale”, “légitime” ou “contractualisée” selon que la réalité intersubjective appelée à la rescousse ait été religieuse, nationale, légale, ou monétaire.

Le point commun a toujours été que l’humanité a toujours trouvé une excellente raison pour adorer son bout de terre et par effet de rebond, se méfier de ceux du bout de terre d’à côté qui venaient nécessairement leur manger le pain sous le nez.


Bref, pendant des milliers d’années, la terre a été liée à la subsistance et pendant des milliers d’années, l’humanité a construit tantôt des ponts tantôt des murs pour séparer ceux qui étaient nés quelque part de ceux qui étaient nés ailleurs.

Et comme tant d’autres choses, la transition numérique est en train de remettre cet état de fait en cause.


Pour certains d’entre nous, l’image mentale associée à la “maison” n’est pas une question. Elle est évidente, on s’en éloigne et on y revient, facilement. Pour d’autres, elle est à construire. Tant parce que la maison d’origine est inaccessible que parce que l’on ne souhaite pas y retourner. Je l’ai longtemps cru avant d’avoir cette révélation :

Tous les voyages sont des aller simples

Quelque soit l’endroit d’où l’on vient, le nombre d’endroits où l’on va, on ne fait finalement qu’emporter avec soi un souvenir de chacune de ces terres. On peut bien sur décider que celle que sur laquelle on est venu au monde est la bonne, ou qu’une autre trouvée au hasard des chemins ou de l’histoire personnelle sera celle qui convient… Jusqu’à présent ces deux choix étaient sensiblement les seuls qui étaient compatibles avec une majorité d’activités professionnelles (rapport à la sustentation, une fois de plus), mais ça, c’était avant.

La transition numérique nous offre le choix de ne pas choisir

Depuis bientôt 2 ans, mes clients, associés, partenaires… Sont tous situés à environ 600km et ce matin encore, j’ai suivi une réunion téléphonique très sérieuse de préparation de crise… Allongé dans le hamac du jardin.

Désormais, pour ceux d’entre nous exerçant des professions intellectuelles, la présence physique dans un même bureau n’est plus une nécessité professionnelle…

Pas plus que dans la même ville…

Pas plus que dans le même pays…

Pas plus qu’au même endroit tous les jours !

Cette tendance naissante porte déjà un joli nom lisse et marketé comme le dernier bébé de chez Samsung, les Digital Nomads passent de ville en ville et de pays en pays, déliant leur avenir professionnel de leur activité économique.

Tout cela est bien joli, mais comment fait-on quand on est un trentenaire consommé, que l’on a dans ses bagages une pleine maison de trucs, une compagne et trois chats.

  • Pour les trucs, c’est le plus simple : se débarrasser de presque tout.
  • Pour la compagne c’est aussi simple : se déb… Non. S’assurer qu’elle pourrait aussi exercer son activité dans de telles conditions
  • Restent les chats. Ces animaux territoriaux qui ont besoin d’un espace habituel qu’ils pourront dévaster à loisir en recouvrant celui-ci d’une pellicule de poils au passage.

Bon, on peut être nomade avec des chats. Comme ça :

Option de vie nomade chat proof n°1

Reste que la solution à roulettes pose plusieurs problèmes. Entre le chat sautant sur le conducteur, la nécessité de trouver un endroit accessible où se poser, et l’obligation d’utiliser du carburant dès qu’on veut déplacer la maison portable… C’est tout un lot de contraintes qui deviennent rapidement compliquées…

Alors qu’il y a une autre solution. Écologique, offrant plus d’espace de vie, pouvant aller dans un nombre d’endroits bien plus important… Et permettant si l’on se cantonne à l’Europe de rejoindre une majorité d’endroits assez vite.

Ayant grandi aux Antilles, le bateau a été une grande part de ma vie pendant toute mon enfance. Et il est vrai qu’il faut accepter un certain style de vie si l’on veut s’y mettre…

  • L’espace est un luxe sur un bateau (du moins si l’on est pas millionnaire !) mais en bon geek quittant rarement les 3m² qui représentent mon bureau ça ne devrait pas être un problème…
  • Les petites choses du quotidien peuvent devenir des épreuves (comment on case une machine à laver dans un de ces trucs ?) si l’on est pas bien préparés…
  • Le mal de mer… Ou comment avoir envie de mourir comme après une bonne cuite sans les souvenirs pour contrebalancer. Je n’y suis pas sujet, ma compagne oui. Elle a décidé de tenter le coup tout de même, après tout une énorme majorité de notre temps sera à l’arrêt, à vivre une vie quasiment normale

D’un autre côté, plus besoin de se demander comment faire pour partir en vacances, juste combien de temps il faudra pour y aller ! 
Plus de trucs trainant partout pour finalement servir à… rien ?
La possibilité, lorsque la vue à la fenêtre devient lassante, d’en changer !

Si tous les voyages sont effectivement des aller simples, pourquoi devrait-on un jour s’arrêter de voyager ?

Nous lançons donc ces jours-ci le projet “Les geeks à la mer” pour essayer de vivre une vie plus simple, plus nomade, plus épurée, plus libre.

Quoiqu’il advienne de ce projet, merci infiniment à Esra Tat sans l’inspiration de qui cette idée serait sûrement restée avec les autres, au fond d’un placard.