Festival of Ideas :

la culture du débat

Andrew Kelly : “ Au détour d’un événement culturel, on peut être changé par ce que l’on a vu”

Directeur du Festival of Ideas, Andrew Kelly est avant tout un passionné. De culture en général, de cinéma en particulier. Mais aussi et surtout, il est passionné par les gens. Lorsqu’il entre dans le café du Watershed Centre, ce qui frappe en premier, c’est son sourire, chaleureux. Son costume bleu marine, tranche avec sa chemise ciel, déboutonnée au col. La tenue cache à peine son embonpoint. A l’heure du thé, il préfèrera le jus d’orange. Une boisson sans prétention pour un homme sans prétention. Accessible, franc, il livre sans détours sa vision du festival le plus culturel de Bristol.

La culture fait partie intégrante de votre carrière, pourquoi ce choix?
Travailler dans le domaine culturel n’était pas mon premier choix, je dois l’avouer. J’ai longtemps travaillé dans le domaine institutionnel, pour l’OTAN, notamment sur la thématique de la défense, des armes non-nucléaires… Je me suis intéressé à la culture par le biais du cinéma, une vraie passion. Je passais de plus en plus de temps dans les musées. Puis j’ai essayé de me construire une carrière qui regroupait toutes mes passions pour gagner ma vie en faisant des choses que j’aime. Je pense sincèrement qu’être engagé dans le domaine culturel est un très bon atout, non pas pour devenir une meilleure personne, ce n’est pas garanti (rires) mais cela permet d’avoir indéniablement une meilleure qualité de vie. Parfois, au détour d’un événement culturel, on peut être changé par ce que l’on a vu, influencé, inspiré, réconforté.
Comment choisissez-vous les thèmes des débats du festival?
Nous essayons de choisir des sujets qui intéressent la ville. L’immigration, la question des réfugiés... Je pense aussi que l’Histoire de la ville doit être relayée, dans ses bons et ses mauvais moments. Bristol a eu une tradition esclavagiste qui jette l’opprobre sur son passé, mais il est important d’en parler, d’en débattre. C’est de cette manière que nous choisissons les sujets de nos débats, entre Histoire et actualité. Par exemple, l’an prochain, nous ferons certainement des débats autour de plusieurs anniversaires qui concernent la ville, comme le quarantième anniversaire du Concorde.
Vous pensez que la culture et le débat d’idées peuvent changer concrètement une personne. Le Festival of Ideas peut-il être réellement le moteur de toute une ville?
Nous avons créé ce festival majoritairement pour encourager le débat d’idées, à l’occasion du concours de la ville culturelle. Il me semblait qu’ici, il y avait un bon terreau. Malheureusement, nous n’avons pas gagné, mais le festival est resté et nous avons pris soin de le peaufiner, année après année. Cet événement est un miroir pour la ville, il reflète ce qu’elle est, ce qui l’intéresse : l’environnement, la politique, le cinéma … Mais cela donne également une tribune aux bristoliens. Il leur permet d’apprendre et d’échanger. Le plus grand changement que ce festival a apporté à la ville est le débat sur la politique locale et tout ce qu’elle implique. Notamment l’an dernier, à l’occasion des élections municipales. Et c’était un pari compliqué à réaliser pour un festival qui, à la base n’est pas politisé. Tout ce qu’on espère, c’est élever le débat, encourager les gens à avoir une vision plus globale des choses en faisant des ponts entre les différentes thématiques abordées.
Quel bilan avez-vous tiré du festival depuis sa création?
La différence est énorme, dans le festival lui-même. A ses débuts, il était petit et plus court. Aujourd’hui, il comporte beaucoup plus d’événements, morcelés en plusieurs thématiques : politique, économie, environnement … Le pari semblait difficile à relever au départ. Beaucoup pensaient que Bristol n’avait pas grand chose à offrir en terme de culture et de débat d’idées. Aujourd’hui on peut même dire qu’il y en a trop et que d’une certaine manière, nous sommes victimes de notre succès ! (rires) L’intérêt du public lui-même s’est agrandi. Je pense que nous avons développé notre propre public, majoritairement local. Pour le satisfaire nous essayons de connecter le festival à l’Histoire de la ville. C’est de cette volonté qu’est né le projet sur la poésie romantique : elle est née à Bristol, alors elle méritait d’être célébrée !
Comment se mesurent les différences d’accès à la culture à Bristol?
Elle est liée à la différence de niveau de vie entre les habitants. De ce fait, nous essayons de faire des évènements gratuits, autant que cela est possible. Mais c’est aussi dû à un manque de confiance des populations les plus modestes, qui pensent qu’ils n’ont pas leur place dans ce genre d’évènements. Vous savez, j’ai grandi dans un milieu populaire et j’ai été confronté à ces questions-là. C’est l’école qui m’a permis un accès gratuit à la culture. C’est avec l’école que j’ai été au théâtre pour la première fois. C’est là que je mesure toute l’importance de l’accès à la culture par l’éducation. C’est elle qui doit renforcer le sentiment de confiance des jeunes, leur faire comprendre qu’ils ont leur place dans ce genre d’évènement, peu importe d’où ils viennent. Mais malgré cela, il y a toute un public qui ne se sent pas concerné par les thématiques culturelles. Il y a également un gros problème de transport dans la ville : comment voulez-vous que les jeunes se déplacent quand parfois il n’y a plus de bus pour les ramener, ou bien qu’ils ne peuvent pas se payer un ticket de transport?
Le festival aide-t-il les différentes communautés à mieux se comprendre?
Je pense que c’est là où nous avons échoué. C’est dû à une spécificité qui concerne la culture en général : elle n’est pas souvent multiculturelle. Nous avons essayé de promouvoir des thèmes qui engageaient plusieurs communautés. Comme le projet « Malcolm X » et son héritage en terme de débat. C’était quelqu’un qui était réellement accusé de racisme anti-blanc et à la fin de sa vie, il a changé de vision, en s’ouvrant aux gens. C’est donc un exemple en soi. Nous essayons d’organiser plus de thèmes qui soulèvent ce genre de discussions. Je pense que doucement, nous réussissons ce pari difficile, en abordant des thèmes comme les inégalités, le logement, l’accès à l’éducation …
Si vous deviez décrire ce festival, en un mot, lequel serait-ce?
C’est une question difficile… Je dirai probablement « débats » car c’est la base de tout le projet.

Propos recueillis par Sonia Hamdi

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