Bristol Bad Film Club

Des navets à succès


Chuck Norris en est le plus célèbre représentant. Les nanars sont des films tellement ratés qu’ils en deviennent hilarants. Le Bristol Bad Film Club en a fait sa raison d’être. Le ciné-club de la ville projette un film par mois et transforme les pires navets -ou meilleurs selon le point de vue- en succès à guichets fermés.

“Regarde, ils ont une étagère entière avec tous les films de Nicolas Cage !” Au 20th Century Flicks, dernière boutique de location de DVD de Bristol avec ses seize mille titres, dont un paquet de navets, Timon Singh est comme un poisson dans l’eau. Ce trentenaire originaire de la ville est un connaisseur éclairé de l’acteur américain à la filmographie aussi géniale que catastrophique. Il y a deux ans, il crée le Bristol Bad Film Club. Tous les mois, le ciné-club projette des films “si-mauvais-qu’ils-en-deviennent-géniaux”.

Timon Singh, fondateur du Bristol Bad Film Club, a commencé à regarder des nanars avec ses amis à l’époque où il était encore étudiant à l’université. Il en a vu plusieurs centaines depuis..

“On regardait Samurai Cop chez un ami. Tout le monde était hilare, je me suis demandé : pourquoi personne ne projette ce genre de film ?”. L’histoire d’un expert en arts martiaux partant à la chasse aux Yakuzas à Los Angeles, un classique pour un film d’action des années 80.

Credits posters : Bristol Bad Film Club

Sauf que l’acteur principal, un américain du nom de Matt Hannon, a eu l’idée brillante de se couper les cheveux avant la fin du tournage. Il a donc été obligé de porter une perruque pas vraiment discrète pour les scènes restantes. “C’est le genre de petits détails qui créent l’intérêt des nanars”. Ajoutez à cela des dialogues hilarants et des scènes d’actions catastrophiques et on obtient l’un des plus grands nanars d’action de tous les temps.

“C’est un film parfait à regarder en groupe. Le réalisateur a tenté de refaire l’Arme Fatale. Il a raté. On voulait partager ça avec les Bristoliens”. L’année dernière, le club a passé le film dans un commissariat abandonné : “A guichets fermés. 150 personnes secouaient la tête pendant une heure trente, incrédules. La même réaction à chaque scène invraisemblable : comment des pros ont pu réaliser un film pareil ? Les retours ont été très positifs”. Et la soirée franchement animée.

C’est radicalement différent d’une simple séance de cinéma. Pendant le film les gens crient, rigolent, se plaignent du jeu des acteurs, des scènes mal tournées et des techniciens qui entrent dans le champ. C’est comme regarder un film dans son salon mais avec deux cents personnes.
— Laura Robins, 32 ans, addict aux nanars depuis janvier 2014

Jeunes et vieux, fans de films cultes et cinéphiles d’un soir traînés ici par leurs amis partagent consternation et éclats de rire autour d’une bière. L’ambiance joue un rôle important dans le succès des rassemblements. “On a montré Shark Attack 3, un téléfilm sur un requin géant mangeur de jet-skis dans un bateau, et Star Crash, une réplique ratée de Star Wars au sein d’un planétarium”.

Pour les 1 an du club, une diffusion en plein air de Masters of the Universe servait à récolter des fonds pour rénover Victoria Park à Bristol.

Les séances pour les deux prochains mois sont déjà complètes. Le Bristol Bad Film Club a trouvé sa place et relance la tradition des séances de cinéma en plein air. “Il y en avait beaucoup à la fin des années 90 dans les parcs publics de la ville”, se souvient Timon Singh. “Bristol aime le cinéma excentrique : Aardman animation (NDLR : le studio local, créateur de Wallace et Gromit et Chicken run) en est le parfait exemple”.

Séries B pour charité

Les tickets sont vendus 5 livres (6/7 euros) et la totalité des recettes reversée à des associations caritatives. En 2 ans, le ciné-club a récolté 12 000 livres, plus de 16 000 euros. “Le mois dernier, on a diffusé un nanar avec David Hasselhoff. En apprenant que l‘argent était reversé à une association, il nous a donné une interview exclusive”.

Nous y retournons depuis 1 an et demi pour les mêmes raisons : les mauvais scripts, les anecdotes que donne Timon avant le film et le fait de donner un peu aux associations locales.
- Tim et Liddy Browning, 56 et 57 ans

Le club essaie maintenant d’imaginer plus que de simples projections. Le 22 mars 2015, le Bristol Bad Film Club proposait au Kong’s Bar, un pub bien équipé en bornes d’arcades old-school, le tristement célèbre Street Fighter : The Movie avec Jean-Claude Van Damme. Elle Nash, responsable du bar était amusée par le concept : “nous avions le jeu-vidéo qui a inspiré le film. Ils ont organisé un tournoi juste avant la séance et montré une interview du réalisateur pour expliquer les raisons de la catastrophe”.

“J’aime bien donner du background sur le film, les conditions de tournage, la raison d’un tel drame ” — Timon Singh (Crédit photo : Kongs of King Street)

Après 23 rendez-vous, Timon Singh est satisfait du résultat : “Entre 100 et 300 spectateurs à chaque fois, ça suffit. Je n’ai pas envie de faire ça ailleurs, on s’appelle le Bristol Bad Film Club. On supporte les associations locales”.

François D’Astier de la Vigerie


Bonus

Pour une poignée de nanars de plus

Timon Singh nous donne son top 3 des navets les plus agréables à regarder

3ème place : Shark Attack 3 Mégalodon

“J’ai envie de citer un film de monstre vu qu’il y en a beaucoup parmi les nanars connus. Le personnage principal doit affronter un requin préhistorique de 60 pieds de long. Il y a tous ces plans volés à des documentaires vidéos National Geographic. Cela se voit tellement que les acteurs n’en ont rien à faire du tournage”

2ème place : The Room

“La vision d’un seul homme : Tommy Wiseau. Auteur, réalisateur, acteur et producteur de son propre film. L’histoire est nullissime : un homme voit sa fiancée le tromper avec son meilleur ami. Tout ce qu’il y a autour est juste dément. Il y a cette scène où la mère de la fiancée annonce son cancer du sein. Son cancer n’est plus jamais mentionné après ça. Un grand moment de cinéma”.

1ère place : Samurai Cop

“Réalisé par un iranien du nom d’Amir Shervan. Il a du faire un film en anglais sans comprendre la langue. Tout est mal écrit et mal filmé. Les dialogues sont catastrophiques. Ce film n’a aucun sens. L’exemple parfait du nanar pour moi”.

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