Hartcliffe / Clifton

Deux visages de Bristol

Episode 2


Tout les oppose.
L’un surplombe le centre-ville, l’autre ne l’aperçoit même pas.
L’un collectionne les vieilles pierres, l’autre les barres HLM.
L’un attire les touristes, l’autre les trafics illicites.
Immersion dans les rues de Clifton et Hartcliffe, deux des quartiers les plus singuliers de Bristol.

C’est le point culminant de Bristol. C’est ici que trône LA destination touristique la plus prisée de la ville : le “Suspension Bridge”, qui enjambe la vallée de l’Avon. Un petit coin de paradis perchée sur les hauteurs, dominant la plaine avec une certaine forme d’indifférence.
Au cœur du parc vallonné de Clifton, on se croirait presque dans une autre ville, tant la zone parait coupée du reste de la municipalité.

Avec ses 11.500 habitants, autant qu’à Hartcliffe, ce quartier de l’est Bristolien se hisse aux premières places de tous les classements : la qualité de vie, le taux d’emploi, l’éducation… En somme, comme l’admettent ses habitants, Clifton “ is the perfect opposite of Hartcliffe ”. Si Hareclive se classe parmi les 250 LSOA les plus défavorisés d’Angleterre, la circonscription de “Clifton Central”, elle, truste le haut du panier national.

Comparaison de LSOA Hareclive (rouge) et Clifton Central (bleu). PLus la courbe se rapproche du bord, plus la circonscription est bien classée au niveau national. SOURCE : http://profiles.bristol.gov.uk

Ici les signes extérieurs de richesse sont légions. Les grandes maisons individuelles se succèdent, tout comme les hôtels particuliers en pierres taillées aux noms ronflants, inscrits sur des panneaux rutilants : “ Manila Lodge ” , “ Freemantle House ”, en passant par “ Elisabeth Blackwell ”. Les école privées — les plus chères de la ville — se cachent derrière des grilles élevées sur lesquelles sont incrustées leurs armoiries.

L’imposante aire de jeux pour enfants est flambant neuf, la pelouse impeccablement tondue, les voitures qui la longent étincelantes et silencieuses. Les mamans en balade avec leurs enfants côtoient les joggeurs et les jeunes cadres en costumes.

Bref, un cadre quasi-idyllique, encensé par la population. “ C’est merveilleux. L’architecture est incroyable. Et ces arbres, cette verdure, c’est très agréable ”, confie Kate, une mère au foyer de 38 ans, venue d’Afrique du Sud il y a onze ans.

Même enthousiasme chez Sayid, un jeune psychologue de 21 ans, tiré à quatre épingles. Il s’apprête à passer un entretien d’embauche à quelques pas du Parc et compte bien travailler ici le plus longtemps possible : “ Ce quartier est sain, naturel. On vit mieux là que nulle part ailleurs à Bristol. Les gens sont en contact avec la nature et je suis persuadé que ça les aide grandement à se relaxer ”.

Sayid prépare son entretien d’embauche sur un banc du Suspension Bridge Parc

Le fossé — ou plutôt le canyon — qui sépare Clifton et Hartcliffe sur le plan économique est loin d’être une surprise. En revanche, on ne peut qu’être stupéfait par leur deux modes d’organisation sociale, aux antipodes l’un de l’autre.

La détresse financière et sociale qui règne dans la périphérie de Hartcliffe a fini par souder ses habitants, conscients d’être dans un même bateau à la dérive. Mais sur la colline, là où l’on ne manque de rien, si l’entre-soi est imperméable, l’esprit de communauté, lui, est aux abonnés absent.

C‘est très paradoxal, confie Antonia, 45 ans, qui promène ses trois chiens tous les jours dans le parc du pont suspendu. Les gens ont tout pour être heureux. Ils sont d’ailleurs très charmants, accueillants. Le coin est très joli, très chic, peu de monde peut se permettre de vivre ici. Mais la vérité, c’est que les habitants ne se connaissent pas. On ne forme pas de vraie communauté, a tel point que, parfois, je ne me sens pas tout à fait en sécurité ”.

Pas de point central, pas de grande surface, pas de Morissons. A Clifton, on ne s’agglutine pas, on s’éparpille, seul ou à deux. Le week-end, les quarantaine de petits cafés et restaurants, qui pullulent d’un bout à l’autre quartier, sont assaillis. Autour de Victoria Square, on ne compte plus les petites échoppes, plus ou moins authentiques, qui vendent ce qui a disparu depuis longtemps à Hartcliffe : de la porcelaine, des bijoux, et le traditionnel verre bleu de Bristol.

Ici, pas besoin de traverser deux fois une grande nationale pour trouver un cinéma. Tout est à portée de main : un théâtre, une galerie d’art… et même un zoo.

Une chance inestimable pour Kate, notre Sud-africaine :
La ville fait beaucoup de choses pour nous. Même à Hartcliffe, ils construisent des choses pour les habitants. Enfin, moi, je ne pourrais pas vivre là-bas, je n’y serais pas heureuse… ”.

Erwan Bruckert

Episode 3 : Deux mondes qui s’opposent, en quelques photos

Episode 1 : Hartcliffe, Cœur à Vif

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.