Hamilton House :

Un village dans la ville


Entre un Jésus version breakdance et un tag de Banksy, Hamilton House est le symbole de la culture alternative à Bristol. Studio de danse, salle de concert, restaurant et atelier d’artistes… Géré par l’organisme Coexist, cet immense bâtiment de briques rouges, situé au coeur de Stokes Croft, représente un lieu de rencontres et d’échanges. L’objectif : favoriser l’innovation artistique et intellectuelle grâce à la cohabitation des activités. Sur place, habitants du quartier et membres du staff, nous livrent leurs sentiments sur cette pépinière de talents. Regards croisés.


Courtney et Angus, étudiants, se rendent sur cette terrasse d’Hamilton House plusieurs fois par semaine.

Angus et Courtney ont 22 ans. Ils fréquentent le café du Hamilton House depuis trois ans. Si le premier avoue venir pour se détendre et boire des coups. Le second, lui, apprécie le lieu pour la philosophie qui s’en dégage.
Originaire du comté de Somerset, Courtney s’est installé à Bristol pour ses études. Sur cette terrasse de Stokes Croft, il retrouve ce qu’il affectionne au sein de sa ville d’adoption :

“ Au Hamilton House, comme dans le reste du quartier, on croise des gens de tous milieux, un peu comme à Londres, mais sans ce sentiment de ségrégation. Ici, les personnes sont beaucoup mieux intégrées. C’est comme un petit pôle multiculturel, les gens coexistent réellement.”

“Ici, les gens coexistent vraiment”


Un peu plus loin, Megan et Jasmine, de retour d’un long voyage en Amérique latine, aiment flâner sur cette terrasse. Megan apprécie de participer aux événements musicaux et culturels proposés par Hamilton House :

“C’est une vraie communauté, hospitalière et ouverte d’esprit. Les gens sont libres et tous les événements proposés permettent un mélange de cultures et des rencontres. C’est so Bristol !”

Pour Jasmine, 22 ans, serveuse :

“Ce lieu est à l’image de la ville, agréable et ouverte sur l’extérieur. C’est petit, mais les gens sont dans un même état d’esprit.”
Tout juste rentrées de leur voyage en Amérique latine, Jasmine et Megan ont déjà un programme bien chargé à Bristol, notamment au Hamilton House.

Rencontrer du monde et partager des moments de vie, c’est la volonté de Peter, 42 ans, chef cuissots dans un restaurant de Bristol. Habitué du lieu, la plupart de ses amis, il les a rencontrés au café du Hamilton, The Canteen.


“C’est toujours bien de croiser des gens de tous horizons. La diversité, ici, ça fonctionne !”

Sophie est originaire de Savoie. Si elle a réussi à s’intégrer à Bristol à peine arrivée sur le sol anglais, c’est grâce au Hamilton House. Après y avoir travaillé pendant quatre ans comme serveuse, elle dit tout connaître du lieu et de ses pensionnaires. Critique, elle n’hésite pas à écorner l’image d’un centre culturel où la diversité n’est pas parfaite. Pour elle, la mixité est plus artistique que sociale ou ethnique.

Venue à Bristol pour suivre son copain de l’époque, Sophie est finalement tombée amoureuse de la ville.
“J’adore cet endroit. Je l’ai vu changer. Au départ, c’était un genre de squat, ça craignait vraiment. C’était le ghetto. Maintenant, c’est devenu plus “trendy”. Mais même si la fréquentation des lieux est majoritairement “white middle class”, ça reste quand même une structure assez ouverte. Il y a des SDF qui viennent boire un café, dormir, ou juste pour trouver de la compagnie.”

Cette ouverture constitue un atout pour le Hamilton House qui attire, chaque année, de nouveaux artistes. Depuis 2008, il abrite le DMAC, un collectif de danse, de musique et d’art.

Norman “Rubba” Stephenson, l’un des huit directeurs du centre, a été séduit par le concept de Coexist, lors d’une visite de l’édifice:

“Le Hamilton House marche comme nous aimerions que le monde fonctionne. Notre but avec DMAC a été que les gens coexistent, vivent en harmonie en s’aidant les uns, les autres. Tout le monde travaille pour la communauté. Ce genre de structure, c’est l’avenir ! Nous avons créé une réelle communauté de personnes où de nombreuses nationalités sont représentées, mais aussi une sorte d’agence, car tout le monde met ses talents à disposition.”
Rubba, professeur de danse, est aussi porteur du projet “Mama Africa project”, pour la promotion de la culture africaine à Bristol et ses alentours.

“Se socialiser, manger, danser, faire de la musique, c’est ça l’Hamilton House !”

The Canteen, un lieu où les artistes se retrouvent en journée pour un rendez-vous ou un simple café et un concert en soirée.

Amie, 31 ans, travaille comme serveuse à The Canteen. Mais comme Rubba, elle est surtout pensionnaire du lieu. Réalisatrice de films d’animation, son studio se situe au deuxième étage du bâtiment. Au milieu d’autres artistes, elles vantent les mérites de ce centre culturel :

“J’apprécie d’être au contact d’autres artistes. À mon étage, il y a des créateurs de mode, des peintres, des designers ... Sans compter le prix de la location qui est très abordable. C’est stimulant de travailler dans ce cadre.”

Favoriser l’émulation d’idées, c’était le but de Coexist lors du rachat du bâtiment. Comme beaucoup d’autres immeubles de Stokes Croft, il avait été laissé à l’abandon. L’idée principale : remplacer le vide par la création. Construire une dynamique de groupe pour stimuler l’innovation.

Brandon Tate, directeur de Coexist

Créer un lieu qui alimente l’inspiration, c’est donc l’objectif revendiqué pour Brandon :

“Depuis notre installation en 2008, ce bâtiment connaît une renaissance avec des objectifs et des projets d’un nouveau genre. Tout a été pensé pour les artistes : les installations, les espaces de travail, jusqu’au prix de la location des bureaux et ateliers.”

Vincent Rymer, poète de 62 ans, est attablé sur l’estrade près du comptoir. S’imprégner de ce lieu, c’est sa méthode pour libérer sa plume :

“Je viens tous les jours depuis 3 ans, seul. J’aime cet espace, l’ambiance qui y règne… Je m’y sens bien. C’est vraiment un environnement propice à la création artistique. On peut échanger des idées. Il y a une sorte d’émulation. Tout le monde se connaît. C’est comme une communauté et les gens sont tolérants.”

Textes et photos : Anaïs Furtade et Anaïs Hanquet

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