Trois hommes
pour un fauteuil


L’un est consultant-marketing. L’autre est architecte. Le troisième travaille dans la santé publique. Ils ont un point commun. Ils sont acteurs de l’essor de Bristol.

Marvin Rees : “J’ai grandi dans la pauvreté. Ma mère était une mère-célibataire. J’ai toujours vécu dans des foyers sociaux. Je connais le côté dur de la vie”.

Pour le candidat travailliste aux élections municipales, le maire n’est “pas assez proche du peuple. Il est le produit de son éducation social”. George Ferguson a grandi dans les quartiers bourgeois. Proche du parti démocrate-libéral, il se dit aujourd’hui indépendant.

Un fossé sépare le maire de son principal opposant. D’un côté, un jeune métisse, trentenaire, travaillant dans la santé publique. De l’autre, un soixantenaire blanc et architecte. Si l’un prône une politique sociale en faveur des pauvres, l’autre est apprécié des plus aisés. Le premier aime le “street art et la musique”, le second préfère “l’opéra et les galleries d’art”. Ce qui les rassemble : leur accessibilité et leur style décontracté.

Le troisième n’est pas de ces gens là.

Alastair Watson : “Je suis le premier citoyen de la ville, comme la Reine est la première citoyenne du pays. J’ai une fonction cérémonielle. Je représente Bristol”.

Le Lord Mayor, comme on l’appelle communément, habillé de sa robe rouge et de son collier en or massif, pose dans la “Mansion house”, sa maison officielle dans le quartier chic de Clifton. Il a été nommé pour un an par les conseillers municipaux. Une fonction honorifique, qui ne lui accorde aucun pouvoir exécutif.

Alastair Watson, Lord Mayor, boit son thé dans le salon de la Mansion House. (Crédit photo : Alice Fimbel-Bauer)

Voulez-vous d’un maire élu directement par le peuple ?

En 2012, 11 grandes villes du Royaume-Uni ont participé à un large référendum. “Faut-il un maire élu directement par le peuple ?” À cette question, seule Bristol a répondu “oui”. C’est la première fois qu’un homme, non membre de la royauté, ni nommé par le conseil municipal, prend la tête d’une ville anglaise. Un statut qui a considérablement changé la place de chacun dans la vie politique.

Marvin Rees : “Quand je me suis retrouvé au premier débat, j’étais clairement en position d’outsider”.
Et le candidat travailliste ne s’est pas trompé. Celui qui affirme avoir “connu le meilleur, comme le pire de la vie”, a été battu.

George Ferguson : “Marvin est un brave homme, mais il est trop contrôlé par son parti. Moi je suis indépendant”.

George Ferguson, Labor, Candidat aux élections municipales, boit son café au Watershed Pub. (crédit photo : Erwan Bruckert)

Mais la défaite n’est pas tant politique, que symbolique. Quand on demande aux jeunes Bristoliens pour qui ils ont voté, la réponse est unanime. “On n’a pas voté. On s’en fiche en fait”, avouent-ils. Comme eux, ils sont 75% à ne pas avoir participé à l’élection municipale. Ils n’étaient que 20% à se rendre aux urnes pour le référendum.

George Ferguson : “Il faut éduquer les habitants des quartiers pauvres à la politique. Leur montrer que c’est pertinent. Aujourd’hui ils ne savent pas pour qui ou pour quoi ils votent”.
Marvin Rees : “George n’a pas été propulsé au pouvoir. Le problème c’est que les gens qui le critiquaient au bar, ne sont pas allé voter”.
George Ferguson, maire de Bristol, boit une bière de sa propre brasserie au Saint Nicholas Market. (crédit photo : Alice Fimbel-Bauer)

Pour le Lord Mayor, avoir un maire élu est une bonne chose. “Cela permet de s’occuper plus précisément de situations locales. Tout le monde connait le maire. Il a une portée plus nationale et internationale. Il s’occupe de problèmes concrets”.

Son avis n’est pas partagé par la majorité du conseil municipal.

Alastair Watson : “Les conseillers ont perdu certaines responsabilités qu’ils avaient auparavant. C’est vrai qu’il est dur de regarder, sourire, et ne rien pouvoir dire”.
“Il est plus facile pour moi de devenir maire, que de diriger un grand groupe de banque”

Comme la Reine et son premier ministre, le Lord mayor et le maire se voient souvent. Ils discutent. Se respectent. Mais s’ils ne sont pas d’accord, le maire aura toujours le dernier mot.

Si le travailliste, Marvin Rees, est élu, la relation entre les deux leaders pourraient se dégrader. Aux antipodes, ils pourront toutefois s’accorder sur un projet : l’éducation. Dans la ville de Banksy, 23% des enfants souffrent de malnutrition à cause de la pauvreté. Une cause qui est, pour eux, une priorité.

La pauvreté, un sujet qui divisent les deux candidats à l’élection municipale, qui va se dérouler le 5 mai 2016. La “Green European Capital” est au coeur des débats.

Maire de Bristol. Un statut accessible à tous.

Marvin Rees : “Il est plus facile pour moi de devenir maire, plutôt que de diriger un grand groupe de banque”.

Le candidat travailliste ne sait pas encore s’il sera choisi par son parti pour le représenter en 2016.

George Ferguson est lui déjà dans la course. “Ce sera mon dernier mandat. Je ne veux pas consacrer toute ma vie à la politique”.

Alastair Watson, s’il n’est pas renommé, sera remplacé dans quelques jours, par un autre membre du conseil.


One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.