Illustration de www.tylerhoehne.com

#Metoo: Oui, moi aussi.

Je me perds dans la lecture des récits rassemblés derrière les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc. Je lis des histoires évidemment consternantes. Je lis des commentaires dédaigneux qui le sont encore plus. C’est un sujet dont je serais capable de parler pendant des heures, sans même manger: ceux qui me connaissent savent qu’il s’agit d’un exploit. Mais là tout de suite, je voudrais juste vous dire. Apporter à mon tour une petite pierre à l’édifice…

En vrac: il y a bien sûr eu les remarques déplacées et dégueulasses à toute heure du jour ou de la nuit, dans les transports et dans la rue. Les inombrables, celles qu’on ne retient même plus. Dès 12 ans sur le chemin de l’école, les filles savent que passer devant le chantier de construction qui se situe à quelques mètres de l’établissement équivaut dans 100% des cas à des sifflements et des remarques désobligeantes. Nous sommes pourtant juste des enfants. Il y a eu les “hé mamzelle en jupe, je finis à 23h” de la part du serveur du resto devant lequel je passais. Il y a eu ce gars un peu bizarre que j’ai croisé un soir en rentrant du sport, que j’ai dépassé sur le trottoir et qui s’est senti obligé de me dévisager de haut en bas et de me faire savoir vulgairement que ma transpiration visible et mes cheveux en bataille le faisait bander. Le regard noir que je lui ai lancé sur le coup sans réfléchir m’a fait détaller jusqu’à chez moi, la peur au ventre qu’il lui ait pris l’envie de me suivre. Il y a eu ce garçon chez qui je passais la soirée et qui essayait de m’embrasser malgré mes refus répétés, qui a fini par utiliser la force en se couchant sur moi pour avoir ce qu’il voulait. Devant mon attitude désamparée envers toute possibilité d’actes sexuels avec lui, il me disait “T’as été violée ou quoi ? Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ?”. Il y a eu mes jupes, bien évidemement, mes jolies jupes et mon petit cul moulé dedans commentés à foison par un des mes supérieurs. Avec un petit geste obscène en prime. Il y a eu le gars qui me voit monter dans un train et sort du sien pour m’y rejoindre: il parle très mal français mais ça ne l’empêche pas de me poser tout un tas de questions très déplacées. Il comprend la majorité de mes réponses, à part “stop, je t’ai rien demandé, arrête de me parler”. Il y en a eu un autre, aussi, un soir en rentrant des cours. Il me suit dans la rue pendant 15 minutes en me parlant tout du long. Je finis par m’inventer un petit ami pour tenter m’en débarasser. Ca ne marche pas.

Ce qu’il se passe dans ma tête en ce moment.

Et au milieu de tout cela, il y a la peur, jour après jour. La petite peur quotidienne dont on s’accomode beaucoup trop bien. La peur de marcher seule dans la rue, de jour ou de nuit. La peur de croiser certains groupes de personnes, de passer par certains endroits, la peur des remarques qu’ils vont nous faire, la peur de leurs regards, dégradants, humiliants, dégoutants. Je n’ai pas envie d’avoir peur. La peur de ne pas être prise au sérieux, la peur d’amener la discussion aussi. Je sais ce que certains mecs me répondrons, j’ai tenté d’avoir ce débat un demi-milliard de fois: on me dira que c’est anodin, que ce ne sont que des compliments, qu’il n’y a rien de grave, qu’il faut passer au dessus. On ne passe pas au-dessus de comportements qui guident une société toute entière, qui finissent par guider notre propre conduite, et notre propre manière d’intéragir avec le monde. On ne passe pas au-dessus de ce qui crée un constant climat d’insécurité. On ne passe pas au-dessus de ce qui mène, dans certains cas, à des atrocités. L’internet tout entier dit, crie, vocifère ce que je viens d’écrire depuis un bon bout de temps maintenant. Beaucoup de gens restent pourtant encore profondément hermétiques à ce problème plus qu’avéré. Alors, les gars, on fait quoi ?

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