De Subotica à Subotica : la crise des réfugiés un an plus tard.

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Avril 2015, c’était il y a un an. Je me rappelle ce voyage de Belgrade à Subotica, la dernière ville avant la frontière hongroise. Le bus est plein. En plus des voyageurs habituels — majoritairement des étudiants serbes rentrant à la maison pour le weekend — un tiers des passagers vient de bien plus loin : Syrie, Irak, Afghanistan, etc. Il s’agit de réfugiés qui se dirigent vers la Hongrie après avoir voyagé depuis les côtes grecques via ce qui sera bientôt appelé la route des Balkans.

Une fois arrivés à Subotica, la majorité des réfugiés se dirige vers la file de taxis qui attend à proximité, et disparaît rapidement alors que les voitures s’effacent dans la nuit, en direction de la frontière.

Kelebija (sur la frontière même), le jour suivant : un sentiment de bout du monde. La zone est plate. Alors que je dépasse les dernières maisons du village, je suis entouré de moins en moins d’arbres, et de plus en plus de poussières et de ruines d’il y a plus de 100 ans, du temps où la frontière n’existait pas. À quelques centaines de mètre de la, un mirador Serbe surveille les environs depuis l’époque de la guerre froide.

Mirador serbe sur la frontière Serbo-Hongroise, Kelebija, avril 2015 — Photo: J.Cid

Tout à coup, j’entends un bruit : à 200m de moi, j’aperçois un groupe de six à huit réfugiés sur le point d’entrer en Hongrie, loin du poste frontière légal, J’observe le mirador, où je peux voir des policiers serbes : pas une seule réaction, et les réfugiés disparaissent rapidement dans la forêt hongroise. Ils sont désormais loin.

Réfugiés s’apprêtant à passer la frontière serbo-hongroise aà Kelebija, avril 2015 — Photo: J.Cid

Avril 2016, je suis de retour à Subotica. Officiellement, la frontière hongroise est désormais fermée (depuis septembre 2015), et la route des Balkans est désormais close (depuis février 2016). Pourtant, le bus de 19h45 que je veux prendre depuis Belgrade est plein. J’arrive finalement à obtenir l’un des derniers billets pour le car suivant. Les passagers m’y sont familiers : à nouveau ces têtes brunes et fatiguées d’hommes, femmes et enfants qui ont parcouru des centaines, des milliers de kilomètres, et qui se rendent vers la Hongrie. Alors que nous arrivons à la gare routière de Subotica, les mêmes taxis sont ici pour les transporter vers la nuit, alors que d’autres réfugiés se dirigent vers le sud de la ville. Très rapidement, ils se transforment en ombres, et disparaissent.

Réfugiés marchant à proximité de la gare routière de Subotica, mars 2016— Photo: J.Cid (Photo prise depuis un téléphone, ce qui explique la mauvaise qualité)
Réfugiés dans un bus entre Subotica et horgos, mars 2016 — Photo: J.Cid

Kelebija, le jour suivant. Un an plus tard, l’atmosphère est la même : les arbres, les ruines et le sable sont toujours là. Cette fois-ci, par contre, le lieu est réellement devenu le bout du monde, en tout au moins le bout du chemin, vu que le gouvernement hongrois a désormais construit un mur pour empêcher les réfugiés de passer. Plus aucun policier du côté serbe, mais je m’aperçois que la police hongroise suit mes faits et gestes de l’autre côté de la clôture.

La zone frontière (matérialisée par le poteau en bois et la borne frontière blanche) sur la frontière serbo-hongroise à Kelebija, avril 2015 — Photo: J.Cid
Le même endroit un an plus tard, avec une clôture en plus ! mars 2016 — Photo: J.Cid

Un an plus tard, de Subotica à Subotica, le silence est de retour, Durant quelques mois, la crise des réfugiés a fait la une des journaux. Mais depuis, l’Europe a résolu le problème : les frontières sont closes, et les réfugiés sont désormais renvoyés en Turquie

La zone frontière vue depuis les dernières maisons de Kelebija, avril 2015 — Photo: J.Cid
La même zone un an plus tard, avec une clôture qui est apparue ! mars 2016 — Photo : J.Cid

Et pourtant, les demandeurs d’asile sont toujours à proximité de la frontière. Ils essayent encore et encore de passer ce mur, et certains y arrivent. Les hongrois autorisent en effet un nombre très restreint à pénétrer leur territoire chaque jour, comme l’a observé Human Rights Watch. Les autres trouvent toujours un moyen de passer… illégalement.

Réfugieés irakiens attendant à la gare routière de Subotica, mars 2016 — Photo: J.Cid

Les frontières sont fermées, mais les gens passent. La route des Balkans est coupée, mais les gens la prennent. L’Europe a trouvé une solution, mais la situation n’a pas changé. Cette énergie, cette peur, cette haine contre les réfugiés, mais ils continuent de voyager. Derrière tout ça, l’illusion européenne s’écroule : aucune frontière ne stoppera la crise.

Policiers hongrois m’observant depuis l’autre côté de la frontière serbo-hongroise à Kelebija, mars 2016 — Photo: J.Cid
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