Avis : les meilleurs livres d’écriture de scénarios

Par Baptiste Rambaud

Comment (apprendre à) raconter une histoire ? Comment écrire une série, un film, ou un court-métrage ? Je ne suis certainement pas scénariste de métier, mais avoue que de parcourir un simple manuel sur le sujet m’a amené à en dévorer plusieurs...

Classement non exhaustif et en toute subjectivité de ces lectures—plusieurs fascinantes, quelques unes beaucoup moins — puissent-elles inspirer certains auteurs en herbe !


📌 PRÉAMBULE :

Pour commencer, évacuons l’éternelle et épineuse question : faut-il suivre des règles d’écriture ? Utiliser des outils, guides ou manuels ? À vrai dire, plusieurs des ouvrages ci-dessous y répondent en préface, et à leur manière. Cela dit, pour ne rien vous spoiler, la réponse est généralement oui mais avec modération, ou non mais avec considération. Autrement dit, sachons quand tenir la main de ces dramaturges, et quand la leur lâcher.

La plupart des ouvrages ci-dessous sont américains, dont certains disponibles en français. Cela dit, j’en recommande les versions originales pour une question évidente de fidélité à la vision de chaque théoricien, et du fait que leur enthousiasme débordant s’avère difficilement dissociable de leur langage originel. Et aussi car les adaptations françaises (notamment de Dixit) manquent de charme et débordent souvent de publicités…

Enfin, j’attribue une note de un à dix suivant l’intérêt (relatif) de chaque lecture : quelles perspectives narratives supplémentaires propose-t-elle ? Mais suivant mes propres goûts bien sûr. Cinq, c’est déjà passablement instructif !


📌 SOMMAIRE

La liste s’allonge de plus en plus, cliquez sur le titre d’un livre pour en atteindre le paragraphe associé.


1. LA DRAMATURGIE

de Yves Lavandier

Surprise : le plus incontournable des livres sur le sujet à mes yeux est… français ! Véritable bible de la dramaturgie, cette brique — 600 pages tout de même — fait figure de seul guide académique sur le fonctionnement des histoires : pas de formules toutes faites, pas de raccourcis, mais une étude exhaustive des outils du récit où chaque supposition se trouve nuancée, contextualisée, démontrée, contre-démontrée, afin de nous donner VRAIMENT les clés sur l’usage de celle-ci. L’auteur évoque la majorité des notions fondamentales, satisfait tous les points de vue sur l’écriture ; et certains thèmes que les autres manuels ne font parfois que survoler méritent ici un digne traitement : la comédie, l’intention, le dialogue, l’ironie dramatique, le milking, etc. Enfin, s’il ne rejoint pas toujours la méthode américaine, Lavandier sait la considérer et appuyer ses divergences afin de concilier son traité avec les visions qui prédominent sur le “marché” ; le tout au moyen d’une rigueur sémantique permettant de définir et de différencier un large panel d’outils.

➡️ Ma note : 10/10 
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2. STORY

de Robert McKee

L’absolutiste et controversé Story de McKee s’avère aussi efficace sur le fond qu’étouffant sur la forme. Poussant son exhaustive théorie de la dramaturgie dans les retranchements les plus absurdes — jusqu’à recommander d’amener la nature d’une force antagoniste dans “le contraire de l’opposé” de la “valeur” en jeu — il n’en perd jamais sa pertinence, laissant le choix à l’auteur de l’amplitude de son en*ulage de mouches. Certains ouvrages vous imposent une structure, d’autres un mode opératoire, Story se concentre sur son propre terrain : la maitrise des mécanismes narratifs ; il fera passer 90% des autres ouvrages pour superficiels. Jusqu’au-boutiste dans sa conception de l’histoire, McKee vous remplira 40 fiches bien tassées, quand bien-même vous le liriez en dernier (ce qui a été mon cas), là où d’autres peineront à vous en accoucher de 4 ou 5. Pas toujours simple à suivre, parfois un peu réac’, McKee et son amour pour la dramaturgie nous défient sur la maîtrise de notre histoire, nous proposent des chemins de développement insoupçonnés, jusqu’à ouvrir considérablement le spectre de notre conscience des outils narratifs. S’il s’avère obstinément cartésien, Story se mariera parfaitement avec le livre suivant (de Truby), aux antipodes de sa conception rigide — et pourtant précieuse — de la dramaturgie.

➡️ Ma note : 9/10
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3. L’ANATOMIE DU SCÉNARIO

de John Truby 
titre original : The Anatomy of Story

Autre best-seller sur le sujet, L’Anatomie du Scénario ne souffre que d’une grande lacune : son ton. En effet, Truby aborde chaque notion en rappelant que les autres manuels l’enseignent mal, que les apprentis scénaristes ne savent pas l’appliquer ou encore qu’elle se veut encore plus incontournable que les autres. Mais derrière ce cynisme démesuré se cache un dramaturge très éclairé. Évitant d’imposer une mécanique d’écriture “universelle”, ou de lister des outils prêts-à-l’emploi, Truby déroule sa méthode suivant une approche décrite comme “organique” : partir d’une idée, et la décliner à l’infini afin que chaque composante de l’histoire trouve sa place au sein des autres. Plutôt que de plaquer des éléments — pitch, protagoniste, but, enjeu, structure — les uns sur les autres, cet ouvrage dense nous invite à les faire naître les uns des autres afin de produire un scénario unifié. S’il s’autorise un manichéisme presque irritant sur les bonnes et mauvaises façon d’écrire, l’auteur apporte surtout des théories fortes et inédites telle que la gestion du contexte (“story world”), le déroulement de l’histoire — 22 étapes flexibles vs. seulement une 12aine de rigides pour Snyder ou Vogler, et 5 de rigides également pour McKee — la différenciation des besoins “moral” et “psychologique”, ou encore son approche de la symbolique générale. Enfin, si beaucoup des notions évoquées chez Truby figurent ailleurs elles sont — par la nature même de son approche “organique” — traitées différemment et viennent donc compléter les précédents écrits sur le sujet.

➡️ Ma note : 9/10
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4. LES RÈGLES ÉLÉMENTAIRES POUR L’ÉCRITURE D’UN SCÉNARIO

de Blake Snyder
titre original : Save the Cat!

Le voila. Ce fameux ouvrage sans concession, nous disant qu’écrire exactement et à quelle page. Enfin… De réputation. En réalité, ce manuel des plus enthousiasmants m’a comblé de son bon sens. Armé de conseils effectivement très spécifiques, le sarcastique Blake Snyder (paix à son âme…) ne propose QUE des conseils nouveaux et pourtant structurants, où tout est bon à noter. Du bon sens oui, mais peu d’évidences. Une vision fraiche, moderne, indépendante. Dédié exclusivement à l’écriture de longs métrages, les lecteurs malins sauront en adapter la mesure et les proportions à tout type de travail, vu combien les conseils de cet ouvrage redonnent goût à l’écriture. Parfois un peu arrogant, jusqu’à incarner sa propre parodie — comme auteur qui nous apprend la vie — la forme n’entache pourtant en rien le fond de ce livre, dont les précieux conseils nous arment d’outils solides pour fonder puis développer son histoire.

➡️ Ma note : 8/10
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5. LE GUIDE DU SCÉNARISTE

de Christopher Vogler
titre original : The Writers’ Journey

Dans Creativity, Inc. (voir plus loin), Ed Catmull vente les mérites de nos “concepts mentaux” : certains auteurs comparant une histoire à un voyage, d’autres à un combat, d’autres encore à une quelconque activité, le tout au service d’une analogie intuitive. Avec Le Guide du Scénariste, Vogler construit une théorie complète sur UN UNIQUE concept mental : une quête. Si réducteur cela puisse-t-il paraitre, force est de constater que la quête compte de nombreux archétypes (personnages) et de nombreuses étapes (l’histoire) ; tous universels et en parfaite harmonie. Sans s’avancer sur les outils ou usages de l’écriture de scénarios, l’auteur se contente de détailler cette analogie mythologique — héritée de Joseph Campbell — dans un ouvrage très accessible (d’ailleurs parfait pour débuter) : et si toutes les histoires présentaient la même essence symbolique, celle d’un héros en quête de son Élixir ? Une lecture certainement pas autosuffisante puisqu’au demeurant monomaniaque, mais incontournable pour le formidable “itinéraire de secours” qu’elle incarne.

➡️ Ma note : 7/10
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6. SCREENPLAY

de Syd Field

Field figure parmi les théoriciens les plus recommandés, et ce Screenplay aux allures de packaging Monoprix en demeure le best-seller. L’ayant lu il y a bien longtemps, je me rappelle essentiellement d’un élément : sa clarté. Grande est la tentation pour les dramaturges de lister d’innombrables éléments formant une histoire. Si vous trouvez ces manuels étouffants, respirez avec celui-ci : Syd Field se contente de quelques composantes narratives — un “paradigme” en 3 actes allégés, les notions basiques de scène, de séquence et de nœud dramatique, les fondements des personnages — et vise à les analyser en profondeur. L’auteur se concentre ainsi sur ces quelques grandes notions amirales, en extrait la substance, mais jamais ne s’aventure dans des concepts perchés, ni ne multiplie les dimensions narratives à l’infini.

➡️ Ma note : 7/10
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7. COMMENT ÉCRIRE UN FILM EN 21 JOURS

de Viki King
titre original : How to Write a Movie in 21 Days

Cet écrit au titre putaclic et adapté en français par le réalisateur des Taxi (!) démarre avec un sacré handicap. Pour autant, je ne saurais que trop le conseiller aux scénaristes “qui pensent trop”, aux abonnés de la page blanche et de la procrastination. Fondé sur la dissociation entre l’écriture d’une V1 d’une part et ses réécritures d’autre part, l’auteur oppose respectivement une phase de “spontanéité” à une phase de “réflexion” — d’où le sous-titre de l’ouvrage. Le calendrier si étroit que Viki King établit invite à affronter ses préjugés et à “écrire quand même”, 21 jours n’étant qu’une durée arbitraire mais une deadline nécessaire. De là, l’auteur nous pousse à désacraliser la dimension politico-philosophique d’une histoire, en nous remettant légitimement à notre place d’auteur sans prétentions. Ne pas sous-estimer nos acquis, avoir confiance en notre capacité future à ré-écrire la V1, ne pas peaufiner éternellement notre développement préalable, mais comprendre qu’au final, un scénario se construit au moins autant durant son écriture elle-même qu’en amont de cette dernière. Le parfait bouquin pour désapprendre, en somme. L’argumentaire fuse, nos exigences démesurées fondent, et nous voila rassurés, armés aux abords d’un projet dont on acceptera plus facilement les nombreuses zones d’ombre. Cela dit… L’expertise s’arrête là. Ce livre n’apporte pas ou peu d’outils supplémentaires, s’en tient à la vision limitée de son programme, et survole tant bien que mal les autres étapes du processus d’écriture.

➡️ Ma note : 6/10
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8. THE ART OF DRAMATIC WRITING

de Lajos Egri

Autre auteur, autre approche : l’écriture pour le théâtre. Si Lavandier ne vous a pas convaincus que les diverses dramaturgies se valent, ne vous méfiez de toute façon pas de cet ouvrage : il s’intéresse davantage à la narration d’une manière générale qu’à la narration théâtrale (si ce n’est dans les exemples sur lesquels il s’appuie). Relativement restrictive dans son propos, cette lecture très construite aborde donc encore différemment l’écriture. Des personnages à la prémisse en passant par les différents types de conflit, Lajos Egri recycle les thématiques éculées mais avec des propositions supplémentaires inédites, des compléments clairs et perspectives nouvelles. Enfin nouvelles… Jusqu’à ce que l’on s’aperçoive de l’année de publication de ce traité : 1942 ! Et pourtant : pas une ride.

➡️ Ma note : 6/10
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9. SAVE THE CAT! STRIKES BACK

de Blake Snyder

Le deuxième manuel de Blake Snyder analysait des scénarios, ce qui à la longue ne figure pas parmi mes méthodes favorites d’apprentissage. Je ne l’ai donc pas consulté. En revanche, suite à la lecture du premier volet Save The Cat! (traduit en français par Les Règles élémentaires de l’écriture de scénario, en 4ème position de ce classement), j’ai sauté sur le troisième : Save the Cat! Strikes Back. Sorte de prolongement du premier livre, cet ultime ouvrage de Snyder n’en présente malheureusement pas la même “quantité de génie”. Certains chapitres enrichissent et spécifient avec brio les outils qu’il établissait dans son premier livre. D’autres, malgré leur louable intention, s’apparentent plus à du développement personnel au service de l’auteur improductif. Je ne me formalise pas en dépit de me sentir visé, mais admet n’en avoir rien tiré de révolutionnaire. Enfin, plusieurs chapitres reviennent sur ces problématiques d’agent, de travail en groupe, d’Hollywood, de tous ces aspects vite abstraits pour nous autres, auteurs français solitaires (à tord ?). Du moins pour moi. Saupoudrez le tout d’anecdotes lassantes et vous obtiendrez un manuel tiède, avec ses quelques fulgurances ponctuelles — à ne pas manquer ! — mais loin du foisonnant Save the Cat!, premier du nom.

➡️ Ma note : 5/10
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10. INTO THE WOODS

de John Yorke

À l’inverse des autres manuels qui enseignent surtout comment raconter des histoires, celui-ci prétend en introduction nous rappeler davantage pourquoi on les apprécie tant. Dans un premier temps, John Yorke rappelle les éléments fondamentaux d’une histoire et — on ne peut pas lui reprocher — prend le temps de considérer tous les théoriciens les plus connus de la dramaturgie. Ainsi, l’auteur réhabilite les 5 actes historiques, dénonce le “Campbell pour les nuls” de Vogler, conforte ou renforce la majeure partie des notions dramaturgiques déjà vu ci et là, etc. Néanmoins… ce “premier temps” s’éternise, puisque le livre n’aborde qu’aux trois quarts de se contenu (!) la question du “pourquoi ?”. Sans d’ailleurs n’apporter quoi que ce soit de consistant, de nouveau. Ainsi, si certains ouvrages répondent à leur problématique mais manquent parfois de contextualisation, de rigueur, celui-ci multiplie les références et le name dropping mais au détriment d’approches originales ou indépendantes, et perd son intention de vue. Comme souvent, dispensable.

➡️ Ma note : 5/10
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11. THE SCREENWRITER’S BIBLE

de David Trottier

BOOM. Une “bible” en cinq “livres”. Imprimée au format A4. Et très recommandée. Potentielle mine d’infos ? Euh… Pas vraiment. De l’écriture de l’histoire en passant par la ré-écriture, le formatage et enfin le marketing du script, David Trottier aborde tant de grands thèmes qu’il en approfondit hélas bien peu. Les conseils banals défilent et se voient déroulés au rythme qu’ils semblent lui passer par la tête, aux antipodes de l’ouvrage de Lavandier tellement plus pointu. Faute d’une vision forte, d’un angle précis ou de simple bon sens, Trottier nous évoque toutes les situations envisageables et y répond abstraitement sur un mode purement prospectif. Difficile de rester intéressé, malgré les quelques outils inédits à grignoter ça et là... Deux chapitres promettaient néanmoins quelques conseils originaux. Celui dédié au formatage contentera par exemple les fétichistes de la mise en forme — dont je fais partie, mais doutant que l’industrie audiovisuelle française soit aussi rigoureuse à cet égard que l’industrie américaine. Quand mettre un “double-tirets”, savoir dissocier la didascalie V.O. de la didascalie O.S., les formulations à éviter, ce genre de précisions insignifiantes mais toujours bonnes à prendre. Autre chapitre prometteur : celui du marketing du script, ou comment convaincre les décideurs de le lire puis de le produire. Mais… Là encore aucune proposition forte, on en regrette le malheureux chapitre dédié du 3ème ouvrage de B. Snyder. Quelques anecdotes quelconques ancrées dans le contexte hollywoodien, un agrégat d’évidences, de conseils inapplicables, et la confirmation que ce livre manque cruellement d’âme, de parti pris. Cela dit, si vous craignez les manuels trop pointus et n’en avez jamais lu, peut-être trouverez-vous votre compte avec celui-ci.

➡️ Ma note : 4/10
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12. INSIDE STORY : LE TRAVAIL SUR L’ARC TRANSFORMATIONNEL

de Dara Marks
Titre original : Inside Story: The Power of the Transformational Arc

Considéré comme un des livres essentiels sur l’écriture de scénarios, Inside Story se divise en deux parties : les fondamentaux de la narration, puis l’arc transformationnel. Problème : McKee est passé par là pour la première partie, et Weiland est passée par la pour la deuxième. Du coup, considéré indépendamment, ce livre trouvera peut-être certains adeptes, mais considéré dans un corpus plus général, de nos jours, il m’a été compliqué d’y trouver une quelconque fraicheur… Très à cheval sur la question émotionnelle, légitimement, dans un contexte hollywoodien trop centré sur l’intrigue “externe”, cet ouvrage ne s’aventure pas aussi profondément ni aussi exhaustivement dans son sujet que le fait celui de Weiland. Ajoutez à cela une vision relativement dépassée du personnage central unique, et autres approches parfois limitées, et vous terminerez avec un écrit somme toute dispensable, à mon goût, apportant de nouvelles dénominations à des phénomènes que nous connaissons déjà.

➡️ Ma note : 4/10
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13. INVISIBLE INK

de Brian McDonald

La promesse de ce gourou — dont les masterclass auraient sévi chez PIXAR — réside ici dans la volonté de se concentrer sur le spectateur d’une histoire. Le titre Invisible Ink fait donc référence au fameux “sous-texte”, à l’émotionnel, à la précieuse participation de l’auditoire ; par opposition au spectaculaire et au sensationnalisme. Malheureusement, Brian McDonald échoue sur le fond comme sur la forme. Multipliant les chapitres et sous-chapitres de (souvent) une demi-page tout au plus (!), l’auteur reformule à sa sauce maladroite des théories certes essentielles, mais bien mieux traitées par ses confrères susnommés. Hormis une notion (celle des “clones”) et une poignée de formules inspirantes bien trouvées, le livre ne nous offre aucune nouvelle approche narrative, si ce n’est le regrettable et réducteur passage avançant qu’un personnage présente une énergie “féminine” et une “masculine”… On en est là, question modernité. L’auteur ferme même son ouvrage sur un long extrait de son propre scénario. Peut-être cet essayiste se verra alors plus convaincant dans son autre best-seller aux intentions tout aussi nobles, The Golden Theme ?

➡️ Ma note : 3/10
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1. CREATING CHARACTER ARCS

de K. M. Weiland

Jamais vous n’aurez autant lu les mots “vérité” ou “mensonge”. Et pour cause, cet ouvrage organise un paradigme exclusivement centré sur la prise de conscience progressive d’un personnage : depuis le mensonge à soi-même jusqu’à l’acceptation d’un axiome, en passant par l’action sans conscience, la conscience sans action et toutes leurs nuances. Ainsi, l’auteure déploie avec une extrême rigueur les étapes d’un changement crédible de comportement chez le protagoniste d’une histoire, dont la mise en pratique demandera à n’en point douter un doigté certain. Cette vision, bien moins centrée sur la caractérisation (souvent artificielle) des personnages que sur leur évolution significative, s’inscrit dans le schéma classique en trois actes et satisfait sans les aborder la majorité des grandes notions dramaturgiques : conflit, thématique, noeuds dramatiques et autres “show, don’t tell”. Ainsi cette théorie complète-t-elle aisément les autres écrits d’un aspect des plus essentiels : la place de l’humain dans l’histoire. Dommage néanmoins qu’un tel traité ne développe pas davantage la notion-même de vérité — ses limites et fondements — qu’elle exploite pourtant jusque dans ses moindres retranchements.

➡️ Ma note : 8/10
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2. LE RIRE

de Henri Bergson

Amis du lol : plongez plus d’un siècle en arrière, avec ces quelques dizaines de pages, pour redécouvrir ce qu’est le comique. D’une efficacité et d’une précision bienvenues, cet ouvrage retourne aux fondements constitutifs de l’humour : depuis son essence, en passant par ses mécanismes phares, l’aspect social qui en résulte ou encore sa comparaison avec la tragédie. Bergson ne se perd jamais ou presque dans des observations anecdotiques de procédés comiques trop spécifiques, pour nous offrir un condensé technique et pédagogique de son sujet, reposant parfois sur des analogies insoupçonnées qui vaudront certainement mille mots. Seuls bémols : cette dernière édition pêche par une mise en page désagréable, et l’auteur s’autorise à un moment une triste éloge du blackface, nous rappelant l’époque peu inclusive dans laquelle il a baigné.

➡️ Ma note : 8/10
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3. L’ART D’AVOIR TOUJOURS RAISON

de Arthur Schopenhauer

Mais… Pourquoi ce livre figure-t-il dans la liste ? Puisque la dramaturgie carbure au conflit, notamment les inévitables scènes de dialogue, je cherchais un livre sur l’argumentation afin de parfaire les joutes entre personnages. Me voila comblé. Moins d’une centaine de pages, moins de trois euros, Schopenhauer différencie une 40aine de méthodes didactiques dans ce traité. Résumant la totalité des armes de la mauvaise foi humaine, il saura guider nos personnages aveuglés par l’affirmation de leur point de vue, et enrichir nos scènes dialoguées d’obstacles comportementaux redoutablement pertinents et intéressants. Parfois un peu trop rigoureux dans ses dénominations latines, mettant un nom sur des techniques que nous connaissons pour certaines sans le savoir, ce livre incontournable vulgarise et résume la réthorique ; à mobiliser au service du point de vue de nos personnages, dont la recherche de la vérité leur importe naturellement moins que l’assise de leur égocentrique légitimité.

➡️ Ma note : 8/10
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4. MANUEL DE PSYCHOLOGIE DES PERSONNAGES

de H.M. Gluss et S.E. Smith
titre original : Reel People

Je cherchais un livre sur l’écriture de personnages. Intéressé par la psychologie, j’ai ici trouvé mon compte ! Ecrit à quatre mains par un psychologue et un scénariste, Psychologie des Personnages vulgarise et initie aux grands principes de ce domaine médical — troubles comportementaux, mécanismes de défense, moi/surmoi/ça — et en appuie des utilisations narratives possibles. Plutôt que de composer vos personnages avec des archétypes mythologiques (Vogler), il s’agira ici de leur composer un ensemble de troubles de la personnalité. Ayant conscience de ses limites, proposant des arcs transformationnels associés à chaque profil, ce livre répond parfaitement à sa promesse. Par ailleurs, ce-dernier est une mine d’or pour qui veut générer du sous-texte crédible, ou comment un personnage révèlera une névrose/peur en agissant de façon détournée et intéressante. Seul petit bémol — dont je me suis acquitté en parcourant les internets — il ne répertorie pas l’ensemble des mécanismes de défense (dénie, sublimation, refoulement, déplacement, etc.) dans un chapitre dédié, mais ne fait que nous en ouvrir la porte. Un livre très spécifique, peut-être pas en résonance avec votre propre approche, mais original et pragmatique.

➡️ Ma note : 7/10
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5. THE ART OF CHARACTER

de David Corbett

Je me suis procuré cet ouvrage en quête d’une vision cette fois large et complète de la composition de personnages. Premier couac : Corbett ne s’intéresse véritablement qu’à leur caractérisation, et ne dédie à leur évolution qu’un modique chapitre. Pour le reste, l’auteur alterne des conseils vus et revus avec des théories fraiches et ressourçantes. Globalement en accord avec l’intégralité du livre, le vrai bémol vient du sur-approfondissement que The Art of Character propose des théories du sus-nommé Lajos Egri ; accouchant alors de déroulés pénibles dont on ne voit pas la fin. Néanmoins, une fois sur ses propres rails, Corbett ne lésine pas sur les suggestions : depuis les “pierres angulaires” des personnages, à leurs “techniques” dans le dialogue, en passant par l’organisation des personnages secondaires ou le rapport personnel du scénariste au processus créatif, on a de l’inédit à se mettre sous la dent ! Non sans parti pris, Corbett se permet par ailleurs de solides rappels à l’ordre sur les approches réductrices de l’écriture de personnages — notamment concernant la “tyrannie de la motivation” — au moyen d’une (nécessaire) sagesse peu répandue chez ses homologues américains.

➡️ Ma note : 6/10
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6. THE SCREENWRITER’S WORKBOOK

de Syd Field

Autre ouvrage de Field à considérer, ce “cahier de travail” s’attarde sur les étapes non pas de l’histoire, mais de l’écriture. C’est votre ami d’enfance compatissant qui vous tape sur l’épaule pour chaque genou que vous posez à terre, vous rappelant que l’étape suivante n’est pas loin et qu’elle est atteignable. Passé une première partie parfois auto-paraphrasée de son autre livre, celui-ci considère toutes les désillusions que vous rencontrerez durant le développement de votre histoire. Aussi rassurant dans ces constats que pragmatique dans ses propositions, voila définitivement un de ces ouvrages qui permettent d’aller au bout, sans négliger la fastidieuse phase de ré-écriture. Avec un bonus pour les nombreuses et sages citations mémorables qu’il vous laissera.

➡️ Ma note : 6/10
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7. OUTLINING YOUR NOVEL

de K. M. Weiland

Après avoir pris connaissance de son best seller sur l’arc transformationnel, je me suis dirigé avec enthousiasme vers un autre essai de K.M. Weiland, dédié à la préparation d’un roman, parfaitement transposable à celle d’une fiction audiovisuelle. Cette étape cruciale de l’écriture, située entre l’idée originelle d’un récit et la véritable écriture de celui-ci, permet de développer son histoire, de le placer sur des rails solides, de lui donner forme. Weiland détaille avec une grande pédagogie les enjeux de cette étape du travail sur l’histoire, qu’elle structure et théorise avec rigueur et en même temps flexibilité, sans s’éterniser sur les notions dramaturgiques fondamentales, légitimement considérées comme acquises. Si la théoricienne parvient à recentrer les priorités de “l’outlining” et à répondre aux principales craintes à son égard, elle ne nous apprend finalement pas tant de choses structurelles… Disons que cet ouvrage rassemble plusieurs éléments que nous savons pour la plupart déjà, tout en les ancrant et organisant plus spécifiquement au sein de cette étape de préparation.

➡️ Ma note : 5/10
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8. THE TV SHOWRUNNER’S ROADMAP

de Neil Landau

De nos jours, autant la véritable créativité audiovisuelle serait davantage issue des séries que du cinéma, autant les livres sur l’écriture de fictions sérielles ne courent pas les rues… Celui-ci navigue entre conseils d’écriture, interviews de showrunners à succès, et suggestions de stratégies professionnelles. Pour les premières, elles diffèrent finalement bien peu des conseils classiques de livres généralistes — enjeu, thème, contexte, fonction des personnages et compagnie — et n’appuient les spécificités de l’écriture sérielle que sur quelques conseils ponctuels. Pour les secondes, elles n’apportent que des anecdotes croustillantes de coulisses d’écriture, quelques storytimes inspirantes, et une poignée de conseils éclairés. Enfin pour les troisièmes, elles naviguent entre remarques évidentes sur les formats, et observations propres au marché américain. Pour le reste, notons quelques passages rafraichissants tout de même, telle l’analogie entre personnages de série et rapports familiaux, la notion de “moteur” d’une série, ou encore l’intégration des réalités du marché audiovisuel dès l’élaboration d’un concept. Une lecture instructive dans l’absolu, mais qui n’apporte pas grand chose en relatif.

➡️ Ma note : 5/10
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9. WRITING THE TV DRAMA SERIES

de Pamela Douglas

Deuxième lecture sur la narration sérielle… étonnement très semblable à la première : parle des mêmes oeuvres, des mêmes notions, alterne interviews retranscrites et conseils empiriques, traite de l’industrie des séries, etc. La structure se veut chronologique, depuis l’établissement des prémisses d’un format à sa diffusion à l’antenne, mais ne nous prive pas des notions hors sujet dispersées ça et là, au rythme qu’elles viennent à l’esprit de l’auteure, sans plus d’approfondissement. Ainsi, malgré quelques observations éclairantes et appropriées, l’ouvrage peine à s’adresser au scénariste qui connait déjà les ressorts généraux de la dramaturgie, et qui aurait préféré une plus rigoureuse exploration de l’écriture de séries.

➡️ Ma note : 5/10
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10. FAIRE D’UN BON SCÉNARIO UN SCÉNARIO FORMIDABLE

de Linda Seger
titre original : Making a Good Script Great

Un manuel plutôt conseillé, notamment en France. Son sujet ? La ré-écriture. Quand on connait l’adage du susnommé Syd Field “writing is re-writing”, on reconnait l‘importance de cette étape de l’écriture. Apaisant dans son ton, désintéressé dans son traitement passionné, ce livre me laisse malheureusement mitigé (et oui, quand on commence par des éloges, c’est qu’on s’apprête à dégainer le “mais”). À vouloir satisfaire toutes les sensibilités, toutes les théories, Linda Seger les invoque et les considère dans le sens large mais jamais ne s’aventure vraiment dans ses propres propositions. On pourrait s’attendre à une liste de symptômes, de diagnostics voire également de prescriptions potentielles, néanmoins l’auteur s’en tient à un traité assez quelconque : plutôt que de partir sur un scénario terminé, elle considère l’histoire dès sa conception-même et quitte sa vocation pour un guide plus aléatoire. Alors, beaucoup d’observations — de sa propre expérience — demeurent pertinentes, mais le livre d’une manière générale souffre du comparatif avec la somme des principaux théoriciens, dont il incarne d’ailleurs une forme de synthèse mesurée et sage. Cela dit, si tant est que l’on sache repérer et admettre les erreurs de nos propres V1, à travers le prisme de notre subjectivité, cette lecture rappelle quelques écueils centraux d’une histoire que l’on se croirait pourtant sûr d’avoir évités, et accompagne la difficile remise en question (importance du conflit, personnage actif, contrastes, structure rythmée, etc.).

➡️ Ma note : 5/10
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11. 20 MASTER PLOTS: AND HOW TO BUILD THEM

de Ronald B. Tobias

Dans Save the Cat, Blake Snyder ouvrait la porte à ce type d’ouvrage, avec un chapitre évoquant les quelques “types” clés d’histoires. Désirant approfondir la chose, me voila avec 20 Master Plots entre les mains, ou d’après son titre : comment construire les 20 intrigues les plus essentielles. Passé la couverture, la chute est rude… Après une introduction de plusieurs chapitres non sollicités servant une soupe de notions dramaturgiques interchangées et survolées, le livre développe enfin ce qui constituerait chacune des vingt histoires types : l’histoire d’amour, la quête, le sacrifice, la transformation, l’enquête, etc. Alors oui, mais non : chaque chapitre manque cruellement d’approfondissement. À chaque fois, l’auteur se contente de trois maigres étapes — aussi évidentes que “introduction de la victime”, “traque des indices” et “confrontation avec le tueur”, point — de conseils bateau sans consistance — “attention à avoir des enjeux solides”, “le personnage doit être motivé” — de théories générales paraphrasées chez ses confrères, n’ayant rien à voir avec ces “histoires”, etc. Là où ces-dernières nous sont présentées comme cloisonnées, fondatrices, élémentaires et exigeantes, l’auteur les différencie et ancre bien mal, s’improvise expert d’amour puis de philosophie de comptoir, multiplie les exemples censés parler d’eux-mêmes sans théoriser quoi que ce soit, bref contredit ses propres prémisses et nous abandonne aux portes d’un sommaire qui pourtant promettait de belles perspectives narratives, dont nous retiendrons les intentions plus que la substance.

➡️ Ma note : 3/10
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12. HOW TO WRITE DAZZLING DIALOGUE

de James Scott Bell

Place aux dialogues, cet aspect abordé dans tous les ouvrages généralistes mais dont on imagine qu’un traité dédié ne serait pas du luxe. Et bien… pas cette fois. Non que je sois fondamentalement en désaccord avec J. S.Bell et ses remarques, mais ses conseils n’apportent presque rien d’original. Aussi vite lu qu’oublié, l’ouvrage part de conseils peu orthodoxes mais anecdotiques, transite par des banalités dramaturgiques maintes fois lues, pour atterrir dans des conseils exclusivement dédiées à la littérature — donc inapplicable dans notre cas (là par contre, c’est peut-être moi qui ne sais pas choisir mes livres…). Pour le reste, j’émets certaines réserves quant-aux éléments structurants que l’auteur suggère parfois à la légère de réviser à l’étape pourtant finale (donc tardive) du dialogue ; ou encore à l’usage abusif d’exemples qu’il s’autorise, pas toujours nécessaires et dont la longueur excède largement celle des conseils. Un ouvrage pertinent lorsqu’on débute, que l’on écrit plutôt des nouvelles ou romans, et que l’on souhaite aborder l’écriture sous cet angle spécifique. Je présume ?

➡️ Ma note : 3/10
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1. L’ANTI-MANUEL

des Cahiers du Cinéma (n°710, avril 2015)

Ah, il en fallait bien un pour casser l’ambiance, pour s’ériger en avocat de l’ange. Dans ce numéro spécial, les insoumis journalistes de cette légendaire et inattaquable revue de Cinéma (oui, celui avec un grand C) ont épluché les principaux manuels de scénarios, pour s’engouffrer dans les limites de leurs théories. Avouons qu’il y a de quoi nous remettre les idées en place. Plus d’une vingtaine de pages déroulent sans structure apparente pour dénouer tous les préjugés ou raccourcis dont nous n’aurions pas saisi les limites. Si cet Anti-manuel donne parfois paradoxalement raison à un guide en voulant en dénoncer un autre, il multiplie surtout les piqures de rappels sur des dimensions essentielles d’une histoire : le soucis de l’affect, de l’artistique, de l’imprévisible, de l’ambiguïté, de l’exploration. Surtout de l’artistique ; effectivement snobé par les dramaturges... peut-être par peur de paraitre orgueilleux ? Les Cahiers troquent alors le pitch pour l’idée, le développement de l’histoire pour l’exploration d’une question, le culte du personnage central pour celui de la communauté, un traité somme toute éducatif et politique, à la hauteur de ses prétentions. On en demanderait davantage, d’ailleurs.

➡️ Ma note : joker
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2. POÉTIQUE

d’Aristote

Seul recueil de commandements reconnu par l’incontournable scénariste Aaron Sorkin, cette brève antiquité nous plonge aux origines de la narration théâtrale (et indirectement audiovisuelle). À la suite d’une longue et nécessaire contextualisation contemporaine, Aristote déploie un dense enchainement de dogmes structurels, pour beaucoup méconnus, pour quelques uns dépassés ou moralisateurs, mais globalement instructifs. Au fil de ses enchevêtrements de subordonnées indigestes, l’auteur nous rappelle l’essentiel de l’art poétique — quel imbécile ai-je été, à craindre que cela traite de poésie — et nous file le vertige : les 2 300 ans qui nous séparent de son contenu n’ont rien amputé ou presque à sa pertinence. Nous voilà convaincus que cet art est intemporel, et que ses ressorts ne datent pas d’hier ! Par nature ultra-spécifique, ce traité saura trouver sa place au sein des théories plus vastes des théoriciens post-Jésus Christ, n’ayant pas encore dépouillé ce classique de l’intégralité de ses conseils.

➡️ Ma note : 8/10
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3. MORPHOLOGIE DU CONTE

de Vladimir Propp

Si vous êtes passionnés de structure, voilà un excellent complément aux écrits de Weiland, Snyder, Truby, ou encore Vogler. Vladimir Propp nous offre le plus rigoureux des traités, allant jusqu’à assigner des variables aux étapes d’un récit, afin de traduire la structure de chaque conte en une fonction mathématique. Ainsi, l’auteur appuie l’universalité de son paradigme en trente-et-une étapes, via une mise en parallèle rationnelle des structures régissant un corpus d’une centaine de contes. Pour les plus curieux d’entre nous, l’ouvrage démontre en amont les mauvaises façons de classifier des histoires, puis en aval les limites dont les auteurs doivent s’acquitter face à la structure et réciproquement. Si Vogler et Campbell souffrent des limites de l’analyse exclusive des mythes, Propp souffre de celle exclusive des contes, difficilement applicable à toute histoire ou tout sujet, mais éclairante tout de même sur les étapes complémentaires qu’il apporte.

➡️ Ma note : 7/10
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4. EXCEPTION FRANÇAISE : DE VIDOCQ AU BUREAU DES LÉGENDES, 60 ANS DE SÉRIES

de Pierre Ziemniak

Vous écrivez des séries ? Vous n’avez aucune idée du fonctionnement de l’industrie française ? Enfin un digne traité sur le sujet ! Remontant aux origines des fictions TV hexagonales, Pierre Ziemniak explore les problématiques et enjeux de notre industrie à travers les décennies, sous un angle tant artistique, que culturel, qu’économique, que législatif, ou encore que politique. Ancrant son analyse (copieusement référencée) dans un contexte plus global, considérant ainsi l’émergence des formats britanniques, américains et scandinaves, l’auteur nous propose un état des lieux particulièrement complet. Qu’il cherche à rentrer dans les cases ou à les défier, le scénariste contemporain profite ici d’une idéale carte routière : pas de conseils d’écriture à proprement parler, mais des informations précieuses sur l’horlogerie particulière que présente la production française de séries. Car, si les livres américains nous apprennent beaucoup sur la dramaturgie, aucun d’entre eux ne dépeint un contexte de production comparable au notre.

➡️ Ma note : 7/10
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5. CREATIVITY, INC.

de Ed Catmull

Hors-série mais clairement essentiel : un cofondateur de Pixar nous éclaire non pas sur la narration, mais plus généralement sur la gestion de projets créatifs. Au fil de l’historique de la société du petit Luxo — un peu barbant dans ses premiers et derniers chapitres — Ed Catmull développe ses multiples et instructives expériences de manager. De la protection des idées nouvelles à la gestion des ressources humaines en passant par le confort au travail, il nous dévoile les modalités nécessaires au bon développement d’un projet collaboratif, remettant en question de nombreux fondements-mêmes du travail en entreprise. Ouvrage visionnaire dont les conseils confirment ces fameuses légendes urbaines sur le lifestyle des multinationales américaines, Creativity, Inc. bénéficie pour principale qualité de ne pas dérouler bêtement des axiomes inspirationnels. Exemples à l’appui, l’auteur contextualise comment chaque aspect de la gestion “classique” de projet nuit à sa concrétisation, voire comment les rares bons conseils sont vite mal interprétés, ou évoqués mais non appliqués. Ce pragmatisme, ce besoin de résultat au service d’un traité pourtant humaniste — un comble pour une telle société américaine — redonne non seulement espoir en l’Oncle Sam, mais aide surtout l’auteur à comprendre en quoi lui et ses collègues demeurent leur seul véritable frein. Par ailleurs et ironiquement, si les conseils de ce livre provoquent une ouverture d’esprit structurelle vis-à-vis de l’écriture, ils inspirent également des archétypes de personnages bornés sur le chemin d’une aventure — celle d’accomplir leurs projets — et subissant de nombreux conflits, précis et insidieux — les réalités du monde du travail. Ainsi, ce livre soulage autant l’auteur dans sa démarche socio-créative, qu’il peut lui révéler des mécanismes narratifs à exploiter. Double usage à la portée de ceux qui s’armeront des deux niveaux de lecture !

➡️ Ma note : 7/10
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6. FAIRE UN FILM

de Sydney Lumet

Considérons le film dans la totalité de ses étapes de production. Une œuvre audiovisuelle étant avant tout collaborative, son scénariste ne peut pas s’épargner la patte d’autres artistes : compositeur, metteur en scène, directeur photo, directeur artistique, etc. Après avoir quasiment “déifié” la dramaturgie par tant de lectures, rien de tel pour nous rappeler à l’ordre que de lire ce point de vue empirique du cinéaste Sydney Lumet, narrant les étapes de la fabrication de ses propres films, depuis l’aube de la pré-production jusqu’au crépuscule de la post-production. Au fil des anecdotes croustillantes pour nous-autres cinéphiles, le pédagogue nous délivre sans concession les nombreux combats à mener pour qu’un film se fasse correctement, en 13 étapes structurantes dont une seule consacrée au fameux scénario. Voila ainsi un bon prétexte pour se cultiver, tout en cernant combien et comment nous ne sommes pas seuls, scénaristes, à nous battre pour la création d’une oeuvre. Enfin… du côté artistique. D’autres lectures pourront alors nous rappeler les enjeux administratifs et financiers de cette industrie, afin de réaliser ce dans quoi nous nous embarquons aux abords d’un banal “INT. CHEZ MICHEL - JOUR : Fade in”.

➡️ Ma note : 7/10
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7. PSYCHANALYSE DES CONTES DE FÉES

de Bruno Bettelheim
titre original : The Uses of Enchantment

Tant de livres expliquent comment raconter une histoire, si peu explorent l’effet qu’elles nous procurent… Voilà de quoi combler ce manque ! L’auteur sonde ici l’esprit particulier des enfants que nous fûmes, et ne tarit pas d’éloges à l’égard des contes — qu’il différencie rigoureusement du mythe et de la fable — afin d’en dévoiler les nombreuses vertus exclusives. Si nous pouvons reprocher à ce traité, comme son titre le laisse présager, une dépendance trop importante aux théories Freudiennes dont les limites sont nombreuses (essentialisme, sexisme, etc.), il présente néanmoins de belles pistes de réflexion plus universelles qu’elles n’y paraissent, applicables aux histoires en général plus qu’aux simples contes. Lu sous un oeil moderne et dispensé de sa seconde moitié (qui radote et illustre sans fin), Psychanalyse des contes de fées tisse de précieux liens entre notre réception infantile des histoires et notre rapport au monde, à travers des théories aussi invérifiables que passionnantes : importance de la symbolique et de l’irréel, satisfaction de l’inconscient, considération des angoisses primaires de l’(ex-)enfant, etc. Petite précision culpabilisante : Bruno Bettelheim serait un escroc, maître du plagiat, qui aurait largement pompé les écrits d’un certain Julius e. Heuscher pour forger cette étude.

➡️ Ma note : 6/10
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8. ON DIRECTING FILM

de David Mamet

Voici un petit livre. 100 pages, par le scénariste et réalisateur David Mamet. Sous forme d’une retranscription de ses cours magistraux à la façon du passionnant traité de mise en scène par Eisenstein — souvent évoqué dans On Directing Film d’ailleurs — Mamet ne traite pas vraiment de la réalisation comme le titre le laisserait présager, mais plutôt d‘écriture audiovisuelle d’une manière générale. L’intérêt de cet ouvrage en un mot : minimalisme. Par deux fois, l’auteur nous conte simplement l’élaboration d’une scène, puis la ponctue de quelques paragraphes récapitulatifs. Son but ? Réduire le récit à son essence la plus irréductible, à sa méthode la plus triviale, sans développement préalable. Mamet focalise alors sa vision sur le simple fait de définir le but d’une scène, puis de la décliner en temps forts signifiants, et enfin en plans. Pourquoi tout un livre juste là-dessus ? Premièrement pour prévenir toutes les approches parasites, les fausses pistes pouvant dériver du sillon central de la scène, mais encore car la scène comme entité narrative “basique” bénéficie de trop peu d’études à sa juste échelle. Une lecture déroutante dans sa rigidité, aux quelques raccourcis souvent clivants, mais tellement optimisée et inédite que nos yeux en demeurent écarquillés. Et si les trois écritures — scénario, réalisation, montage — pouvaient n’être légitimement considérée que comme une seule ?

➡️ Ma note : 6/10
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9. ADVENTURES IN THE SCREEN TRADE

de William Goldman

Particulièrement réputées outre-atlantique, ces aventures dans le marché de l’écran s’inscrivent dans un contexte de crise Hollywoodienne, à l’aube des années 80. Trois parties les composent : d’abord une critique de chaque interlocuteur auxquels se frotte le scénariste (producteur, agent, réalisateur, acteurs, etc.), puis une autobiographie au rythme des films de l’auteur, et enfin l’auto-analyse d’un scénario spécifique. Concernant l’âpre première partie, l’industrie a bien changé depuis… donc difficile d’en tirer autre chose que quelques savoureuses punchlines, et de la culture générale bienvenue. Puis, la seconde partie nous abreuve d’anecdotes croustillantes… mais pour les privilégiés qui connaitraient la filmographie de Goldman. Enfin, la dernière partie gâche une belle forêt — soit la moitié de l’ouvrage — avec une longue continuité dialoguée, pour finalement n’en fournir une analyse que superficielle, comparée à ce que les ouvrages généralistes actuels sont capables de théoriser. Un classique qui m’échappe.

➡️ Ma note : 4/10
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10. LE HÉROS AUX MILLE ET UN VISAGES

de Joseph Campbell
titre original : The hero with a thousand faces

En quête de l’unique vérité à l’origine des mythes, Campbell invoque et mêle un condensé aussi indigeste qu’exhaustif de croyances ancestrales, de mythes divers, de religions et de légendes. L’auteur sonde alors les symboliques et cheminements propres à ces histoires, sous le prisme de l’éternelle, abstraite et très limitée psychanalyse. Si on ne peut pas lui reprocher sa documentation pharaonique, l’auteur nous noie dans des interminables citations d’exemples, observations métaphysiques écœurantes, et digressions. Classé à juste titre dans une collection “Développement personnel”, cet écrit s’adresse moins aux auteurs qu’aux historiens. Son intérêt pour nous s’avère avant-tout rétrospectif : nous lui devons les applications du précieux “mono-mythe” au récit. Si d’ailleurs, comme moi, vous vouliez remonter aux inspirations de Vogler, abstenez-vous et remerciez-le d’avoir su extraire et simplifier la matière de cet ouvrage — ou plutôt de sa première moitié — dans son pragmatique guide du scénariste.

➡️ Ma note : 4/10
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11. LE RÉFLEXE CRÉATIF

de Twyla Tharp
titre original : The Creative Habit

La créativité dans son sens large verrait ici, d’après les critiques, son meilleur catalyseur, son meilleur traité. Malheureusement — et cela tient sûrement beaucoup à mes goûts — je n’y ai pas trouvé mon compte. L’édition originale souffre déjà d’une mise en page archi-désagréable, au style inspirationnelo-pinterestien. Le contenu quant-à lui, dans sa forme et son ton, emprunte les codes d’un manuel empirique un peu naïf de développement personnel. Chaque chapitre, verbeux, multiplie les anecdotes personnelles, les métaphores parfois maladroites, les évidences connues de tout créatif un minimum expérimenté ; soit au final de quoi essorer quelques leçons intéressantes — dont le fameux rituel des créatifs, ou l’importance de la mémoire — et conceptualisations originales, pouvant aisément tenir sur une dizaine de pages chez d’autres auteurs à l’écriture plus dense et efficace. Si ma mauvaise foi ne ménage pas cet ouvrage, lui ne nous prend pas par la main, et vous demandera une forte implication dans la mise en pratique des exercices qu’il suggère, pour le moins capilotractés et à deux doigts de l’auto-parodie (comme crier “Begin !” en début de séance chez soi pour se motiver à démarrer…). Si je ne doute pas des talents de danseuse de l’écrivaine et encore moins de son énergie positive, ses capacités pédagogique me laissent perplexe. Mais au vu des avis encensants à l’égard de ce livre, je ne doute pas que certaines sensibilités y trouveront toutefois leur compte !

➡️ Ma note : 4/10
➡️ + d’infos : version française | version originale
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12. WRITING MOVIES FOR FUN AND PROFIT

de Thomas Lennon et Robert Ben Garant

Je pensais aborder un ouvrage parodique. La couverture suffit à prendre du recul, hein ? Ils ne peuvent pas être aussi simplistes, aussi réducteurs ? Ces auteurs n’ont pas été recommandés pour rien ? Et bien si : R. Ben Garant et T. Lennon marchent dans les pas de Snyder, à grands coups de bon sens et de sarcasmes totalitaires, mais en échappent le génie. Ni conseils inédits ni recul sur leurs propos, nos deux auteurs se moquent du lecteur-même, au nom d’une légitime décomplexité mais dont ils ignorent toutes les frontières. Beaucoup de “conseils” comportementaux et légaux s’adressent exclusivement aux scénaristes résidant à Los Angeles, quelques éléments nous enseignent les coulisses du crédit au générique, de la mauvaise foi des décideurs, mais peu de notions inspirantes subsistent. Un avertissement sort du lot, auquel ils accordent une pleine page : il faut toujours être en train d’écrire (nos scénarios). Tout le temps. Enfin quelque chose de sensé ; d’ailleurs fermons vite ce livre et à nos encriers !

➡️ Ma note : 2/10
➡️ + d’infos (à vos risques et périls…) : version originale
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13. TELL TO WIN

de Peter Guber

Hors-série pour cet ouvrage — réputé visionnaire— sur le sujet du storytelling. Dédié à la persuasion en milieu professionnel, Tell To Win ne s’adresse donc pas directement aux scénaristes. Mais… En réalité, on peut se demander à qui il s’adresse tout court. Malgré sa réputation et l’appui de Clooney himself en 4ème de couverture, Tell to Win se contente de raconter des histoires pour démontrer combien il est important de raconter des histoires. Voila. Ni vrais conseils ni structure, la SEULE remarque intéressante à tirer de cette autobiographie camouflée avance que le meilleur terreau pour générer une histoire réside dans nos faiblesses et nos premières fois. Voila qui vous économise une lecture.

➡️ Ma note : 1/10
➡️ + d’infos : Non. N’achetez pas ça. Non non non non non.
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📌 AVIS GÉNÉRAL :

Une fois les ouvrages généralistes dévorés, on s’ennuie vite à consulter leurs concurrents... Chacun y va de sa terminologie et crédibilise sa vision via sa capacité à rationaliser Pulp Fiction. À croire que prouver que Tarantino suit des règles revient adouber la dramaturgie… 
Il devient alors nécessaire de privilégier des livres plus spécifiques. On pense vite avoir tout lu, et soudain une méthode nous ouvre le champ des possibles sur le développement de personnages, le process d’écriture, la gestion du rythme, les étapes de l’histoire, la créativité, etc.

Je garde tout de même une certaine amertume. D’une part concernant un sexisme inconscient de nombreux auteurs américains, notamment les plus essentiels et sages, avec la dissociation systématique des personnages féminins/masculins, de leurs besoins dramatiques, de leur quête personnelle ; un bon coup de modernité ne ferait pas de mal…
D’autre part car, si certains s’y essayent, rares sont les auteurs — parmi ceux que j’ai lus — à avoir proposé une conception aboutie et cohérente des différents genres cinématographiques, même les plus archétypaux (et oui, j’ai l’amertume facile).

Mais terminons sur une note plus optimiste : ces manuels se complètent les uns les autres. Loin de la conception que je me faisais, où chaque auteur contredirait ses confrères, on enchaine insatiablement les lectures en quête de zones narratives inexplorées, d’approches enrichies, et de visions de secours. Il y en aura pour tous les goûts.