LA Règle qui va changer votre vie.

Note : Il existe une version plus légère de cet article où je l’ai séparé en trois parties. Vous pouvez ici accéder ici : Partie 1  Partie 2 — Partie 3

Avant-propos : Au début de l’écriture de cet article, j’étais simplement parti sur l’idée de mettre, après une courte introduction, une vraie règle en photo (gros sens de l’humour ici).

Toutefois, après plusieurs recherches sur la notion de la “règle”, j’ai découvert plusieurs concepts intéressants qui touchent à la philosophie, la psychologie ou encore l’anthropologie.
Ce qui nous amène à un article bien différent de celui prévu à la base, mais qui je l’espère vous sera instructif.
De fait , le titre n’a pratiquement plus rien à voir avec le contenu de l’article. Mais je laisse quand même.

Enfant, j’étais fasciné par tout ces héros, anti-héros, aventuriers ou homme de l’ombre, dont la vie était régie par leur fameux “code de l’honneur”. Cet ensemble de règles qu’ils avaient forgé au cours de leur longue vie, et qui dictait aujourd’hui leur façon de vivre.

Leur code de conduite trouvait sens à chaque situation critique, et leur instituait une immunité sereine face aux différents aléas auxquels ils étaient confrontés.

La fiction est peuplée de ces surhommes ou “héros de l’ordinaire”. Que se soit la protection de la veuve et de l’orphelin, la recherche d’un idéal, ou la morale abstraite d’un héros solitaire, ces histoires passionnent et inspirent. Elles construisent un idéal fantasmé, dans lequel l’auditeur peut s’y projeter.

Aujourd’hui cet idéal, bien que toujours présent, s’est aussi démocratisé vers un usage plus pragmatique. Bien loin de ces pratiques chevaleresques, vous trouverez nombre de gourous d’Internet prêt à vous vendre la “règle miraculeuse” qui changera radicalement votre vie (Spoiler Alert : les 3/4 d’entre eux ne vous parlent que de Pareto).

Toutefois, le propos de cet article ne portera pas sur la découverte de cette “règle miraculeuse”, mais sur notre besoin de suivre des codes et des normes. D’où vient notre inclination à suivre une règle ? Et par la même, quelles différences entre appliquer et suivre une règle ? Comment pouvons-nous pratiquer une règle ? Comment notre environnement conditionne-il notre interprétation d’un commandement ? Existe-il une règle universelle ?

Alors armez vos neurones, et faites circulez votre noradrénaline, l’heure est à lecture !


SUR LA NOTION POLYVALENTE DE LA RÈGLE

Comment crée t’on un héros ? Si chaque histoire suit une trame narrative propre, il existe toutefois plusieurs similitudes dans nos héros modernes. Et bien qu’effectivement, Achille ne soit pas construit sur le même archétype qu’Iron Man (et encore), plusieurs schémas de construction peuvent se distinguer.

Par exemple, un héros est une personne auquel on peut s’identifier. Il porte une mission et affronte au cours de son parcours plusieurs épreuves et difficultés. Ce parcours, qu’il peut prendre seul ou accompagné, l’oriente vers l’accomplissement d’une quête. Une fois, cette dite quête accomplie, le héros est sensé avoir appris quelque chose de son aventure.

Le sandwich, arme ultime du super-héros moderne.

Ainsi, c’est par leur expérience, que ces héros arrivent à créer leurs règles et codes de vie. Chacun d’entre eux détient son propre savoir, chacun apporte aux travers de ses acquis, une plus-value différente.

Certains mettent en valeur l’art, le travail ou l’amour comme règles de vie. C’est à dire celle qui régit leur conscience. Car cette dernière qui désigne un état intellectuel, désigne aussi un état moral.

Rousseau aborde ce thème dans son livre “Emile ou De l’éducation (1762)”.
Il estime ainsi que la conscience est un “instinct divin”, car elle permet de reconnaître “le bien et le mal”. La conscience est ici une “voix intérieure” qui est “un principe inné de de justice et de vertu”. C’est elle qui nous responsable.

Ainsi, ces dites règles de vie définissent la morale et la vertu de nos héros. 
Et, suivre une morale, ce n’est rien que de plus, que de suivre un ensemble de règles qui dirige une conduite.


UNE VERSION MODERNE DE LA RÈGLE

Cette recherche de code moraux n’a constamment cessé d’exister au cours de notre histoire. Que ce soit le Bushido au temps des samouraïs japonais, les dix ou 613 commandements de la Bible, les 18 règles du Dalaï-lama, où même Les quatre accords toltèques, aujourd’hui l’obligation morale est ancrée dans notre culture.

Par exemple, l’on parle bien de règle de politesse, et nous suivons des règlements municipaux, où même des interdits et préceptes religieux qui régissent notre conduite.

Ces notions se retrouvent aussi dans un contexte professionnel, où chaque entreprise peut déclarer officiellement, au moyen d’un code de conduite, ses valeurs et pratiques commerciales. Le code de conduite rend la règle implicite, explicite. L’entreprise s’engage donc à observer ces normes. De plus, la mise en place d’une charte peut également rentrer dans un processus stratégique. Ainsi, l’entreprise peut mettre en avant ses pratiques sociales, éthiques ou environnementales.

De fait, vivre selon des règles fonde une morale et des valeurs communes. Chaque culture partage donc une même reconnaissance vis à vis de ces normes, règles, et morales qu’elles partagent et respectent.

Toutefois, cette notion est-elle universelle ? Et comment apprenons-nous une règle ? Comment se décide la construction de “règles de société” ? Quelle place occupe notre culture et notre environnement dans cet apprentissage ?


AUX ORIGINES SOCIALES DE LA RÈGLE

Toutes les sociétés humaines reposent sur des règles morales.
Rappelons que suivre une morale, au sens descriptif du terme, c’est suivre un ensemble de règles qui dirige une conduite; (a contrario, la morale au sens normatif signifie plus un état de valeurs, d’idéaux et de vertus).
Ainsi, les règles morales ne sont plus seulement celles énoncées par le droit et les lois (qu’on appelle alors “règles de droit”). Des règles non écrites définissent également ce qui est bien, et ce qui est mal.

Les règles et normes relèvent de la culture et varient selon les sociétés. Toutefois, le fait qu’il y ait des règles est bien une notion universelle. Par exemple, l’interdit de l’inceste est une règle commune à pratiquement toutes civilisations.

Selon Claude Lévi-Strauss (anthropologue et ethnologue français), cet interdit est même le fondement de la société humaine, car il oblige les hommes à nouer des relations avec des étrangers. Les hommes se trouvent dans l’obligation de trouver des femmes en dehors de leur communauté, ne pouvant fonder de famille avec leur sœur ou mère. C’est la prohibition de l’inceste (et les règles de parenté qui en découlent), qui lie la norme et la nature. Cette jonction représente donc le fondement social de notre société.

La règle représente un principe de vie en société. Vivre selon des règles, c’est vivre selon des normes acquises en société par un apprentissage régulier et générationnel.

Comme par exemple dans l’apprentissage d’un langage, je ne connait la signification d’un mot que lorsque je sais l’utiliser, et que cette utilisation fut approuvée par une appréciation publique. Ici, j’apprends la règle en l’appliquant.


UNE APPROCHE EXTERNE DE LA RÈGLE

Toutefois, si j’apprend effectivement la règle en l’appliquant, cette-dernière ne sous-entend pas l’application qu’elle énonce. C’est à dire qu’elle se détache du résultat.

La règle régit une signification, ce qui lui confère une valeur. Par exemple, la règle -ne parle pas- contribue à donner une signification au fait de rester silencieux; donc une valeur qui permet d’apprécier le fait de rester silencieux selon l’application de la dite règle, et de notre conformité (ou non) à celle-ci.

“ Sous ce rapport, la règle prend donc un double sens : elle fonctionne à la fois comme source de la signification dont les actes sont investis et comme critère de la valeur qui leur est attribuée.” 
JEAN-PIERRE COMETTI — Qu’est-ce qu’une règle (2008) — Page 139-148.

Mettons cette relation en rapport avec un autre domaine : les mathématiques. Les règles de l’arithmétique “font doublement jouer le sens et la valeur (du point de vue de l’exactitude) de toute opération sur des nombres.” Ainsi, l’opération ne se définit que par la règle qui lui donne un sens.

Sans cette condition, “1+1=2” ne serait qu’un acte sans aucun sens particulier. Cette opération est exacte, car la règle la souligne en tant que telle. De même, connaitre la règle me fait supposer que je suis en mesure de connaitre tous les résultats possibles qui en découlent, sans pour autant les avoir au préalable expérimentés.

Ainsi, comprendre cette relation, permet de comprendre que “l’attribution d’un sens à un acte, ou un geste, présuppose une norme (…) et entre donc dans le champ d’application d’une règle.” En d’autres termes, signifier quelque-chose ne peut se concevoir que de façon dépendante vis à vis d’une norme.


LE PARADOXE DE LA RÈGLE

Comment peut-on suivre une règle ? C’est le propos de Wittgenstein (philosophe autrichien du 20ème siècle) qui aborde au cours de ses travaux, la notion de “suivre une règle” dans son livre les Recherches Philosophiques (1953).

Ainsi, selon Wittgenstein, “suivre une règle, transmettre une information, donner un ordre ou encore faire une partie d’échecs” sont des coutumes. C’est à dire, des usages et des institutions.

En prenant l’exemple d’une partie d’échec, Wittgenstein tend à vouloir démontrer que le fait de “suivre une règle” consiste à se conformer à sa représentation. C’est à dire celle qui nous fait sens. Or, comment puis-je me conformer à cette règle, sans cette dite représentation ?

Le paradoxe de la règle se trouve ici : “Une règle ne pourrait déterminer aucune manière d’agir, étant donné que toute manière d’agir peut être mise en accord avec la règle.”

“On peut certes imaginer que deux membres d’une tribu où l’on ne pratique aucun jeu s’installent autour d’un échiquier, qu’ils exécutent les coups d’une partie d’échecs, et qu’ils le fassent même avec tous les phénomènes psychiques d’accompagnement. Et si nous les voyions, nous dirions qu’ils jouent aux échecs. Mais imagine maintenant qu’une partie d’échecs soit traduite, d’après certaines règles, en une suite d’actions que nous n’avons pas l’habitude d’associer à un jeu — des cris et des trépignements par exemple. Et imagine qu’au lieu de pratiquer les échecs sous la forme qui nous est habituelle, nos deux hommes se mettent à crier et à trépigner. Ils le feraient de telle manière que ces processus seraient traduisibles en une partie d’échecs au moyen de règles appropriées. Serions-nous alors enclins à dire qu’ils jouent à un jeu ? Et de quel droit pourrait-on le dire ?” WITTGENSTEIN — Recherches philosophiques — Pages 126- 127.

Le paradoxe de la règle met en évidence le fait qu’il est impossible de considérer le fait de “suivre une règle” comme une interprétation. Et ici interpréter une règle signifie seulement substituer cette “interprétation d’application de la règle” à une autre. Ainsi, suivre la règle est une pratique.

De ce fait, chacun peut pratiquer une règle comme il le souhaite. Ce qui définit le fait que l’on respecte une règle, c’est parce que l’on obéit à une majorité qui admet que telle application de la règle est correcte.


LA RÈGLE DE LA RÈGLE

Nous pouvons résumer l’essentiel en deux points :

  • La règle n’existe pas sans son application.
  • La règle ne contient pas par avance l’ensemble de toutes ses applications possibles.

De plus, parler de règle en tant que telle, appartient à l’idée, au domaine de la pensée. De ce fait, elle ne possède pas de caractère obligatoire et prédominant. Ainsi, il n’existe pas de “règle naturelle”, car nous ne sommes contraint que par les normes que nous pratiquons.

Dans la même mesure, l’idée même de la règle n’existe que dans un domaine social. C’est notre contexte public, qui détermine la source de nos codes, de nos normes. Nos relations, notre environnement dictent la façon dont nous comprenons ces règles. C’est ce qui nous permet de connaitre implicitement une règle, avant de connaitre son statut explicite. A partir de ce moment, nous ne faisons plus qu’appliquer une règle, en suivant un schéma pré-établis.

Pour étayer cette réflexion, prenons exemple du problème fictif appelé le “Théorème des singes”. Ce dernier est une version modifiée d’une recherche effectué par G. R. Stephenson dans son écrit “Cultural acquisition of a specific learned response among rhesus monkeys”— Progress in Primatology (1967).

  1. Une vingtaine de chimpanzés sont isolés dans une pièce où est accroché au plafond une banane. Seule une échelle présente dans la pièce permet d’y accéder. La pièce est également dotée d’un système qui permet de faire couler de l’eau glacée dès qu’un singe tente d’escalader l’échelle pour rejoindre la nourriture. Rapidement, les chimpanzés apprennent donc qu’ils ne doivent pas escalader l’échelle sous risque d’une punition.
  2. Puis, le système d’aspersion d’eau glacée est ensuite rendu inactif. Toutefois, les chimpanzés ont conservé leur expérience acquise et ne tentent pas de s’approcher de l’échelle.
  3. Un des singes est alors remplacé par un nouveau. Ce dernier tente d’attraper la banane en gravissant l’échelle, mais les autres singes l’agressent et le repoussent violemment. Lorsqu’un second chimpanzé est remplacé, il se fait lui aussi agresser en tentant d’escalader l’échelle, y compris par le premier singe remplaçant.
  4. L’expérience se poursuit jusqu’à ce que tout les premiers chimpanzés qui ont du subir les douches glacée soient tous remplacés. Pourtant, les singes restants ne tentent pas d’escalader l’échelle pour atteindre la banane. Et si l’un d’entre eux s’y essaye néanmoins, il est arrêté par les autres.
P.S : La version véridique du théorème présentée par G. R. Stephenson -mais bien moins connue- met en place deux singes dans une cage, entraînés à manipuler un objet présent avec eux. Un troisième singe est alors introduit dans la cage. Il n’a pas reçu “l’éducation” nécessaire pour manipuler l’objet, il est considéré comme “naïf”. Les deux autres singes ont alors une posture menaçante et excluent leur nouveau partenaire. Et une fois ce dernier seul, il montre vis à vis de l’objet une posture défensive.
Ainsi, l’origine du théorème des singes dont les sources sont confuses serait alors une version modifiée de cette recherche. Le théorème serait également inspiré par les expériences sur la “Résolution des Problèmes par le chimpanzé”, mis en forme par Wolfgang Köhler, et appelé le “phénomène insight”. Enfin, il se serait aussi popularisé par sa mention dans “Competing for the Future (1996)”, célèbre livre en Business Development écrit par Gary Hamel et C. K. Prahalad.

DE LA RÈGLE AU CONDITIONNEMENT

Le problème posé par le théorème des singes, s’articule autour de la notion du conditionnement. C’est à dire, qu’ils (les singes) ont appris quelque chose qui a modifié leur comportement. Cette modification, nous pouvons l’observer et l’associer à un stimulus extérieur (l’eau glacée).

Les concepts du conditionnement et des stimulis sont des notions importantes en psychologie. Le conditionnement est une procédure d’apprentissage.

Il existe deux types de conditionnement : celui théorisé par Pavlov, (surtout connu pour avoir du chien) qui se nomme le conditionnement classique ; et celui décrit par Skinner, le conditionnement opérant. C’est ce dernier qui agit dans le théorème des singes. Chez Pavlov (type 1), on parle alors de réflexe, chez Skinner (type 2), on parle de comportement.

Le conditionnement opérant présente une condition. Dans notre exemple, nos singes ne se prennent une douche glacé que SI, ils escaladent l’échelle. C’est leurs actions qui entraînent une modification de leur comportement observable.

Saviez-vous, qu’il existait aussi une “constellation de la règle” ?

Le théorème des singes reprend donc les bases de la théorie du béhaviorisme. Cette théorie affirme que l’environnement est l’élément clé de la détermination, et explication des conduites humaines. Le processus d’une procédure d’apprentissage suit un schéma reposant sur trois grandes variables :

S > I > R

S = le stimulus provenant de l’environnement (des stimulis)
I = l’individu
R = le comportement ou réponse de l’individu par suite de la stimulation

Skinner compète ce processus en rajoutant la notion de conséquence (C). De plus, l’individu (I) n’est en fait, que très peu étudié. L’objectif du béhaviorisme est de spécifier les conditions et les processus par lesquels l’environnement (S) contrôle le comportement (R). L’était inconscient, non observable, est alors mis de côté. Ce qui nous amène à ce deuxième schéma :

S > R > C

Ainsi dans notre précédent exemple, lorsque le singe grimpe à l’échelle (l’action) , il reçoit une douche froide (le stimulus). De fait, il apprend “que grimper à l’échelle = flotte” (la réponse). Par conséquent, il n’accepte plus que quelqu’un d’autre grimpe sur l’échelle, par peur de se faire mouiller de nouveau (la conséquence).


LA RÈGLE DE DROIT CONTRE LA RÈGLE MORALE

Nous avons admis le fait que pour que la vie en société soit possible, il nous faut suivre des règles. Ces dernières s’imposent à nous. Par exemple, quand vous vous arrêtez à un feu rouge, c’est parce que le code de la route vous commande de vous arrêter. Et si vous deviez expliquer votre geste, vous le feriez en vertu de cette norme.

Or, cette norme, et la majorité des normes présentes dans nos sociétés, n’appartiennent pas au domaine des règles morales. Elles découlent des règles de droit.

Ainsi, dans la continuité de l’exemple de la partie d’échec de Wittgenstein, et du théorème de singes, il nous est impossible pour nous de savoir, (sans interprétation et connaissance implicite), si un comportement est régi par une règle ou non. Nous ne serions pas non plus, en mesure de connaitre les raisons de ceux qui adoptent ce genre de comportement. Or, c’est ce besoin de compréhension, et cette absence de règles, qui nous amène à l’existence et à la nécessité des “règles de droit”.

En principe, le droit existe pour faire régner la justice et conduire à la sécurité. La règle de droit sanctionne et contraint les individus à ne pas faire ce qui est défendu. Cette règle de droit est nécessaire, car la règle morale ne peut se suffire à elle-même.

En effet, si ces dernières proposent toutes les deux des règles de conduites, la règle morale, à la différence de la règle de droit ne propose aucune sanctioncontraignante. Ne pas suivre une règle morale, ne nous engage pas à réparer les conséquences de notre infraction. De plus, les sanctions morales ou intérieures qu’engendre la violation d’une règle morale, ne sont pas de nature à impressionner beaucoup de personnes.

Une sanction juridique est donc indispensable ; on ne peut pas se contenter, pour organiser la vie en société, d’une sanction d’ordre moral.

C’est cette contrainte [sanction] qui est la caractéristique essentielle de la règle de droit. Elle se manifeste sous quatre formes essentielles :

  • Par la force. “Ramène tes fesses ici, ou j’appelle les flics”, est une contrainte directe et brutale. La force publique va ici intervenir directement pour faire respecter la règle. (en langage légal pour indiquer que l’on a recours à la force publique, on emploi l’expression latine “manu militari”).
  • Par la suppression. “Ramène tes fesses ici, ou j’annule notre mariage !”. Cette sanction est celle que l’on appelle la nullité : l’acte est nul.
  • Par la responsabilité civile. “Ramène tes fesses ici, et rachète moi ce vase que tu viens de casser !”. Ici, la sanction consiste à condamner celui qui agit contre la règle, et à lui faire réparer les conséquences de ces actes.
  • Par la responsabilité pénale. En droit pénal, la sanction trouve sa forme dans des condamnations corporelles ou pécuniaires. À la différence de la responsabilité civile, où l’on parle de dommages et intérêts (pour réparation), ici on parle d’amende (pour peine). L’amende est versée au trésor public, les dommages-intérêts sont versés à la victime.
Je vous mets un petit gif, que vous puissiez faire une petite pause.

Il existe une autre raison pour laquelle la règle morale ne peux se suffire à elle-même, et supplanter la règle de droit.

La règle morale est par définition, impossible à atteindre. Elle suit un objectif de charité. Il faut être juste et bon. Elle est là pour nous dire ce qui est bien, ou non, et va de ce fait, au delà de la justice elle-même. C’est à dire sur le terrain, où il faut vaincre “le mal par le bien”. Nous ne sommes pas sur un principe de justice ; selon la règle morale, celui qui fait du mal à autrui, ne peut être puni.

A contrario, la règle de droit permet aux hommes de vivre en société. Elle suit un idéal de justice. Elle nous oblige à respecter ce qui est défini comme juste.


SUIS-JE PLUS FORT QUE LA RÈGLE ?

Revenons à nos héros deux minutes. Que se passe-t-il quand un héros décide envers et contre tout, d’enfreindre une règle ?

Admettons tout d’abord, que le héros n’existe que dans un contexte social. En effet, difficile d’être légitime, quand vous n’avez pas une horde de fans qui vous courent après.

Kick Ass approves this message.

Et bien, dans le cas présent, lorsqu’un héros se fait “justice soi-même”, il oppose ses propres règles morales aux règles de droit.

P.S : Avant de lire la suite, il faut bien comprendre la distinction entre le droit et la justice. Le droit définit ce qui est légal. La justice définit ce qui est légitime. Le droit appartient au domaine politique, et la justice appartient à la fois au domaine politique et moral.

Par exemple, Batman héros de Gotham City est quelqu’un qui est en opposition direct avec le droit et le pouvoir. Il défend la justice, et fait ce qui est légitime, mais non légal. En ce sens, il transcende et juge les lois. Enfaîte, Batman est juste un putain d’anarchiste.

Et justement, si l’on invoque la justice contre le droit, c’est bien l’anarchie qui menace ; chacun ayant sa propre conception de la justice. C’est pourquoi certains, comme Goethe (romancier allemand, 19ème siècle), disent préférer l’ordre à la justice.

Mais pour définir l’ordre juridique comme étant juste ou injuste, il faut fonder cette position en rapport à une norme. Si cette norme découle d’un “droit naturel”, alors notre héros est plus que légitime, il obtient le droit de désobéir. Ainsi, quand Batman affronte Bane à la fin de The Dark Knight Rises, même s’il affronte le “pouvoir en place”, il est dans la légalité, car ce dernier, viole le droit naturel. Le peuple lui obéit par contrainte et non par devoir [volonté].

Le droit naturel, fonde le contrat social (l’idée qu’il existe un accord “conceptuel” entre le pouvoir (l’Etat) et les individus).

Pour Hobbes par exemple, on confie nos droits naturels au pouvoir. Idem pour Spinoza, si ce n’est que l’on garde nos liberté d’opinions et de jugements. Locke au contraire inverse cette relation, où selon lui, le droit public (qu’on appelle positif) doit garantir le droit privé (naturel).

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen est en cela un bon exemple. Elle indique en effet, qu’il existe des « droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme ». Elle impose un droit préexistant et sacré dans les règles qui gouvernent les hommes.

Pour aller plus loin : Par la suite, Kant infléchis grandement le concept du droit naturel. Selon lui, le contrat social suppose uniquement la reconnaissance d’un devoir et non, un transfert de droit individuels ou privés.
Hegel quant à lui, bousille totalement cette notion. D’après lui, l’Etat n’est pas la “somme de volontés individuelles”, mais un “tout organique”, qui ne peut se réduire aux individus. Ainsi, aucun Etat ne pourrait dépendre d’un contrat social entre citoyens.

LA NORME, LA RÈGLE ET LE DROIT

Une dernière question reste toutefois en suspens. La règle de droit, est-elle issus d’un droit naturel (privé), ou d’un droit positif (public)?

Comprenons que croire au droit naturel, signifie que l’on croit que le droit vient et est inhérent à la nature même de l’homme.

Deux écoles s’opposent, celle qui affirme que le droit naturel nous est révélé par Dieu (Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin…), et l’autre qu’il est découvert par la Raison (Hobbes, Locke, Rousseau…). La liberté, l’égalité, la propriété sont alors les fondements du droit naturel.

Mais si l’on admet que le droit naturel définit ce qui devrait être, alors il ne pourrait-être considéré comme un fait (c’est à dire qui désigne ce qui est effectif, ce qui existe déjà). Et le droit est autonome par rapport au fait naturel. Ainsi selon Kelsen (juriste austro-américain 20ème siècle), le droit naturel devrait lui aussi reposer sur des normes.

Il prolonge ainsi la vision de Kant, qui affirme qu’une existence de fait (la physique) doit être fondée rationnellement, pour être justifiée en droit.

P.S : Pour comprendre la distinction entre le fait et le droit, l’on emploi souvent l’exemple de la montre par Alain (philosophe français 20ème siècle). “ Si je possède une montre, que je la porte à mon bras, cela est un fait qui n’implique aucunement que j’en suis le possesseur, et que j’ai sur elle un droit de propriété. Le fait n’est pas un droit et il ne saurait être la source du droit. Le droit émane du « tribunal », celui-ci étant le seul agent de la transformation du fait en droit. Le droit doit être dit, reconnu publiquement ce qui n’est bien sûr pas le cas du fait.”

Admettre le droit naturel revient à supposer une volonté, non pas humaine comme en droit positif, mais au-dessus de l’homme comme source de droit naturel. Si l’on désire défendre le droit naturel, il faut donc poser que Dieu en est l’auteur.

Or, supposer Dieu et sa morale ne rentre pas dans une démarche scientifique. La théorie du droit doit se donner comme unique tâche de représenter le droit tel qu’il est. C’est cela que l’on appelle le positivisme juridique.

Pour aller plus loin : La Raison nous donne bien des normes, mais elle ne confie pas pour autant une autorité. Bien, que Descartes estime que la méthode universelle peut atteindre avec certitude la vérité, la raison ne nous fait rien connaitre sans expérience.
De plus, nous avons déjà démontré que notre rapport aux normes/règles passe par l’interprétation et l’apprentissage. La réalité des lois peut donc nous échapper, si l’on suit une approche purement rationnelle. Nous ne pouvons donc pas affirmer avec certitude, qu’une réflexion suivant les règles de la raison, soit à priori conforme à la réalité en soi.

Par conséquent, si le droit naturel repose sur une norme, alors qu’elle est la source de cette norme ? Et bien pour Kelsen, le fondement d’une norme, c’est juste une autre norme, qu’il qualifie de supérieure. Il existe donc une hiérarchie interne aux normes, et il fonde alors la pyramide des normes.

Au sommet de cette pyramide, se tient une [la] norme hypothétique, supposée et non posée qui est appelée la Grundnorm. Elle définit ce qui devrait-être, et elle pose un code de conduite juridique, mais non moral. En cela, elle diffère du droit naturel. C’est une norme qui détermine les modes de production des autres normes.

P.S : Il existe une confusion entre la Grundnorm et la notion du droit naturel. Enfaîte, Kelsen conçoit que l’on ne puisse parler de droit, qu’uniquement dans un système juridique positif. Le droit naturel n’existerait pas, il appartiendrais à la sphère morale. C’est ici l’usage du mot “droit” qui pose problème.
Nous ne développerons pas davantage les notions de la norme et du droit naturel ici. L’article est déjà bien assez long comme ça.

Ainsi, si l’on admet ces précédentes définitions, le droit naturel et le droit positif, ne s’opposent pas, mais se complètent. La sphère morale servant de base à la construction du droit objectif, c’est à dire aux règles de droit.
Etre capable de définir, si une loi ou décision juridique est juste ou injuste, c’est être capable de statuer sa valeur en fonction de nos règles morales.


Exercice de cas pratique :

“Vous vous donnez comme nouvelle règle de vous lever tout les matins à six heures piles, et d’enchaîner avec une heure de sport. Ces dîtes règles, font-elles de vous un super-héros?”

Vous répondrez en développant le caractère socioculturel cosmique de la prédominance de la règle de droit, morale, et celle de ta mère en usage et coutumes sociétales.

Et vous enverrez votre réponse à : jaipastrouvé@deconclu.com


Pour finir, voici une règle pour vous. Toujours applaudir un article ! ;)

Si tu as aimé cet article, tu peux en lire d’autres sur mon site, où le suivant sur les Confessions d’un hôte de caisse. A bientôt !