Dmitry Rybolovlev : De la catastrophe de Berezniki à la COP 21

Dmitry Rybolovlev : Lorsqu’il assistera à la conférence sur le climat, du 30 novembre au 11 décembre 2015 au Bourget, le Prince Albert de Monaco aura-t-il une pensée pour son ami Dmitry Rybolovlev, l’ex-roi de la potasse de l’Oural, responsable d’une catastrophe écologique majeure lorsqu’il était patron des mines d’Uralkali ?

A 160 km au nord-est de Perm et à 1.200 km de Moscou, la ville de Berezniki est au bord du gouffre. Un vrai gouffre de 40 mètres de diamètres et d’une profondeur quasiment insondable. Une sorte de « trou de l’enfer » comme disent les géologues qui, brusquement, en 2006, a avalé une partie de la voie de chemin de fer et menace désormais d’engloutir des centaines d’habitations situées en surface. C’est même toute la ville qui, un jour, pourrait être « aspirée » par les trous formés dans le sol.

A l’origine de cette catastrophe, qualifiée de « plus grand désastre écologique du pays depuis Tchernobyl », l’inondation de la principale mine de potasse de la société Uralkali appartenant à Dmitry Rybolovlev. Les infiltrations d’eau ont atteint la structure en sel provoquant dans tout le sous-sol des émanations de sulfure d’hydrogène puis des microfractures qui ont fragilisé l’ensemble.

La case prison

L’exploitation outrancière de la mine et son manque d’entretien sont-ils la cause de l’affaissement brutal du terrain ? Le propriétaire, Dmitry Rybololev, est montré du doigt. Après des études de médecine, ce jeune homme aux ambitions mégalomaniaques fonde avec son père, également médecin, une compagnie d’investissement et une banque.

Au début des années 90, avec l’effondrement de l’URSS, le jeune et ambitieux oligarque rachète à moindres frais les mines de potasse de l’Oural et installe le siège de sa société Uralkali à Berezniki, une ville de 150.000 habitants, où l’extraction de la potasse et des usines chimiques de traitement du magnésium et du titane font la prospérité de la région depuis 1932.

En quelques années, Rybolovlev fait de son groupe le deuxième plus grand producteur de potasse du pays et le troisième du monde. Il exporte en Chine, au Brésil, en Inde. Il engrange des bénéfices record qui feront de ce patron impatient et sans scrupules l’une des plus grandes fortunes du monde.

En 1996, soupçonné d’avoir commandité le meurtre du patron d’une société chimique dont il venait de prendre le contrôle, Rybolovlev fera un tour par la case prison. Un témoin s’étant opportunément désisté, il sera libéré au bout de 11 mois.

Deux enquêtes

Deux ans plus tard, en 2008, Uralkali et Rybolovlev font l’objet d’une enquête de la part des autorités. Par chance, la commission d’enquête est présidée par son ami Yuri Trutnev qui conclura à l’existence d’une « anomalie géologique imprévisible ». Mais, d’autres trous apparaissent. Les dégâts sont considérables. Une seconde enquête diligentée par Igor Setchine, un proche de Poutine, reconnaît la responsabilité de Rybolovlev et de sa société et leur inflige une amende de 2,6 milliards de dollars, finalement ramenée à 230 millions.

Le vent a tourné pour le roi de la potasse de l’Oural qui préfère vendre ses affaires. Avec 6 milliards de dollars, il a de quoi refaire sa vie au bord du lac Léman puis sur le Rocher de Monaco où il dépense sans compter, achète immeubles de luxe et tableaux de maîtres, rachète à prix d’or l’AS Monaco en 2011 et devient l’ami du Prince Albert. Un ami un peu encombrant à vrai dire. Son divorce à l’Italienne et ses démêlés judiciaires avec un célèbre marchant d’art ont rendu Dmitry Rybolovlev infréquentable.