Vers une ville plus accessible, plus inclusive, plus accueillante

Le Conseil de Paris a donc voté à l’unanimité cet après-midi la nouvelle stratégie « Handicap, inclusion et accessibilité universelle » de Paris, qui couvrira la période 2017 à 2021.

Ce nouveau « schéma départemental », pour reprendre la terminologie officielle, aura été le fruit d’un long travail de concertation mené par les services de Paris avec leurs partenaires institutionnels et associatifs, les mairies d’arrondissement, les acteurs politiques et la société civile. Vous pourrez en savoir plus notamment en suivant ce lien ou en téléchargeant la synthèse du document ici.

Parmi les nombreux éléments développés, trois me semblent mériter d’être particulièrement retenus :

  • D’abord l’accent mis sur l’accessibilité universelle, entendue non pas seulement comme l’accessibilité du bâti ou de la voirie mais bien de la Ville dans son ensemble, y compris ses services (dont ses services numériques), et à l’égard de chaque type de handicap : physiques, sensoriels et cognitifs. C’est évidemment une question de dignité, d’égalité, d’inclusion, mais aussi une question d’innovation et d’inventivité puisqu’il faudra bien imaginer beaucoup de choses afin de satisfaire tous les besoins qui demandent encore de l’être, tous les progrès qui restent à accomplir. A noter que ce chantier, dont découlent peut-être tous les autres, excède largement celui de la Mairie elle-même ou du seul adjoint en charge du handicap : ce sont tous les élus qui doivent s’emparer du sujet pour que celui-ci soit vraiment connu de tous et approprié par toutes et tous, c’est Paris et ses acteurs dans leur ensemble qui sont concernés et qui doivent se mobiliser.
  • Ensuite l’évolution de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) en un véritable centre de ressources et d’information. Cette transformation permettra un accompagnement renforcé, plus individualisé et mieux adapté à l’ensemble des situations et en particulier des parcours complexes appelés à se développer ne serait-ce qu’en raison du vieillissement de la population. Ce centre de ressources sera aussi le moyen de mieux informer chacune et chacun sur le handicap, quelle que soit sa propre situation vis-à-vis de ce dernier, sur les différents dispositifs municipaux, nationaux, associatifs, privés…. existants. Il sera également un lieu dématérialisé où, à l’instar d’Améli pour les usagers de la CPAM, les parisiens en situation de handicap pourront consulter leur dossier individuel, facilitant ainsi leurs propres projets de vie.
  • Enfin l’attention portée sur les personnes autistes et leurs proches, d’abord avec un effort renouvelé en direction du dépistage précoce par les personnels de la petite enfance, ensuite avec un renforcement de l’accompagnement et de l’offre d’hébergement sur Paris et sa région en vue de mettre fin aux situations intenables que connaissent encore trop de familles, parfois contraintes de se rendre jusqu’en Belgique pour trouver des solutions.

En 1947 Taha Hussein, immense écrivain et penseur égyptien, fit paraître sous le titre du Livre des jours l’autobiographie dans laquelle il revenait sur sa propre vie de petit garçon, puis d’homme, privé du sens de la vue. On y trouve notamment ces quelques lignes :

« Il était le septième de treize enfants du même père, le cinquième de onze de la même mère, mais il sentait qu’il avait (…) une place toute particulière, distincte de celle de ses frères et de ses sœurs. En était-ll satisfait ? En souffrait-il ? La vérité est que cette question reste entourée d’obscurité et d’incertitude, et qu’il ne peut aujourd’hui formuler sur elle un jugement sincère. Il devinait chez sa mère la tendresse et l’indulgence, et chez son père douceur et bonté, il sentait chez ses frères une certaine sollicitude dans leurs façons de lui parler, de s’occuper de lui, mais rencontrait parfois chez sa mère une imperceptible nuance de dédain et, d’autres fois, de brusquerie. Il croyait aussi percevoir chez son père la même nuance de dédain, quelque peu distant, et l’éloignement, de temps à autre. De même la sollicitude de ses frères et sœurs le blessait, parce qu’il voyait une certaine pitié mélangée au mépris. Cependant il ne tarda guère à connaître la cause de tout cela, car il sut que les autres gens avaient quelque chose de plus que lui, et que ses frères et sœurs pouvaient entreprendre des tâches qui restaient au-dessus de ses moyens. Il sentait que sa mère leur permettait des choses qu’elle lui interdisait, et cela l’irritait. Mais cette irritation se changea bientôt en une mélancolie silencieuse et profonde. Elle lui vint d’entendre ses frères décrire des choses dont il n’avait aucune connaissance. Il sut alors qu’ils «voyaient » ce que lui ne verrait jamais…»

C’était une époque où les handicaps et plus largement les différences n’avaient, pour ainsi dire, guère le droit de cité ; dans le sens où la Cité ne les reconnaissait pas. Seules comptaient alors les solidarités que l’on pourrait qualifier de privées, personnelles, familiales.

On se demande ce que pouvait être la vie d’un homme tel que Taha Hussein, d’abord dans son milieu natal populaire et ensuite étudiant… à Paris.

Depuis bien des choses ont heureusement évolué. Il ne fait aucun doute que son existence serait plus facile aujourd’hui qu’elle ne le fut alors ; la Cité commence précisément, depuis plusieurs années, à considérer à leur juste valeur les personnes privées de la vue ou d’un autre sens — ou de leurs pleines capacités physiques ou psychiques — c’est-à-dire comme des personnes à part entière.

C’est un travail de longue haleine et qui est encore loin d’être achevé sur les plans pratique comme symbolique, tant il est vrai que les préjugés et les regards qui pèsent sur le handicap expliquent encore aujourd’hui beaucoup de retards et de difficultés. Chaque occasion pour avancer doit ainsi être saisie au mieux, quelle que soit son échelle. Une exposition sur les grilles de l’Hôtel de Ville, dédiée aux regards d’enfants autistes, permet d’approfondir notre compréhension de ce trouble (elle est déjà en place et sera inaugurée dans les prochains jours). Certains grands évènements comme Paris 2024 permettent d’accélérer la transformation de notre espace public. Les réunions, en particulier lorsqu’elles ont un rôle politique, doivent être rendues accessibles pour que chacun puisse se les approprier et y participer. Autant de petits gestes qui permettent de faire avancer la Ville, comme espace urbain et comme construction politique, vers l’accessibilité universelle, et qui participent pleinement de la démarche que nous portons depuis le début de cette mandature.

C’est un travail de longue haleine et qui est encore loin d’être achevé. Mais le pas franchit aujourd’hui est bel et bien un pas des plus importants.

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